Pékin 2022 : les boycotts diplomatiques s'enchaînent

ATS

8.12.2021 - 21:30

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8.12.2021 - 21:30

Le Royaume-Uni et le Canada ont rejoint mercredi les Etats-Unis et l'Australie dans le «boycott diplomatique» des Jeux olympiques d'hiver de Pékin. Il s'agit d'un nouveau revers pour le régime chinois, accusé par les Occidentaux de bafouer les droits humains.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a averti les activistes et les ONG que la COP26 ne pourrait pas tout résoudre sur le changement climatique (archives).
La délégation britannique aux JO de Pékin sera composée de sportifs.
Keystone

«Nous sommes profondément troublés par les violations des droits humains du gouvernement chinois», a déclaré le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une conférence de presse.

Quelques heures plus tôt à Londres, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait annoncé qu'il y aurait «effectivement un boycott diplomatique des Jeux d'hiver de Pékin». Mais les athlètes britanniques se rendront aux JO, a-t-il poursuivi, soulignant que le boycott sportif n'était «pas la politique» du Royaume-Uni.

Réplique chinoise

«Le gouvernement chinois n'a pas invité» de ministres ou officiels britanniques, a rétorqué un porte-parole de l'ambassade chinoise à Londres, affirmant que les JO sont un rassemblement sportif, «pas un outil de manipulation politique pour quelque pays que ce soit».

«La politisation du sport est une violation patente de l'esprit de la charte olympique, en particulier du principe de +neutralité politique+», a poursuivi le porte-parole sur le site internet de l'ambassade.

Les sources de tension sont nombreuses entre Londres et Pékin, entre respect des droits humains au Xinjiang, recul des libertés dans l'ex-colonie britannique de Hong Kong et exclusion du géant chinois Huawei des infrastructures 5G britanniques.

Devant les députés britanniques, Boris Johnson a assuré qu'il soulevait régulièrement auprès du régime chinois la question des droits humains, au coeur de la décision des pays occidentaux.

Les Etats-Unis «paieront»

Avant les annonces britannique et canadienne, la décision des Etats-Unis avait suscité la colère de Pékin, et celle de Canberra, le mépris. Pour expliquer sa décision, l'Australie a invoqué la question du respect des droits humains au Xinjiang, mais d'autres différends existent entre Canberra et Pékin, allant de la question des lois australiennes sur l'ingérence étrangère jusqu'à la récente décision d'acquérir des sous-marins à propulsion nucléaire.

Interrogé lors d'un point de presse mercredi, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin, a assuré que son pays n'avait jamais eu l'intention d'inviter des hauts responsables australiens. «Tout le monde se fiche de savoir s'ils viennent ou non», a-t-il lancé. La décision de Canberra «montre aux yeux de tous que le gouvernement australien suit aveuglément les pas d'un certain pays», a estimé M. Wang, sans nommer les Etats-Unis.

Washington a en effet annoncé en début de semaine un «boycott diplomatique» au nom de la défense des droits humains. Pékin a rétorqué que «les Etats-Unis paieront le prix de leur mauvais coup».

Focus «sur les athlètes»

Interrogé sur le risque que ces décisions en cascade font peser sur les JO, le CIO a de nouveau invoqué sa «neutralité» pour s'abstenir de commenter ces «décisions purement politiques», se réjouissant surtout de l'absence de boycott sportif. «L'intégrité des Jeux, c'est l'intégrité des compétitions sportives, c'est pourquoi notre attention se concentre pleinement sur les athlètes», a martelé mercredi face à la presse Thomas Bach, le patron de l'instance.

Réagissant à la décision australienne, Sophie Richardson, directrice de Human Rights Watch en Chine, a salué de son côté une «étape cruciale vers la remise en cause des crimes contre l'humanité commis par le gouvernement chinois à l'encontre des Ouïghours et des autres communautés turques».

Selon des organisations de défense des droits humains, au moins un million de Ouïghours et d'autres minorités turcophones, principalement musulmanes, sont incarcérés dans des camps au Xinjiang. La Chine est accusée d'y stériliser de force les femmes et d'imposer un travail forcé. Pékin affirme que les camps sont en fait des centres de formation professionnelle pour lutter contre la radicalisation.

ATS