Cinq mois après la naissance de son fils Léon, Mujinga Kambundji revient pas à pas au sport de haut niveau. La Bernoise est de retour sur la piste à trois mois des championnats d'Europe de Birmingham (10-16 août), son grand objectif.
Lorsque Mujinga Kambundji est devenue mère pour la première fois en novembre, le sport de haut niveau est passé au second plan. Quelques mois plus tard, l'athlétisme rythme à nouveau son quotidien, même si les conditions ont totalement changé.
Le petit Léon est souvent présent lorsque sa mère s'entraîne. Des membres de la famille ou des collègues assurent le babysitting pendant que Mujinga travaille sur la piste à son retour sur 100 et 200 m.
«Je me réjouissais de reprendre l'entraînement», souligne la sprinteuse de 33 ans lors d'un point presse à la halle du Wankdorf. «Je ne connaissais mon corps que comme celui d'une sportive, j'étais donc légèrement choquée après l'accouchement. Je voulais retravailler mon corps», dit-elle.
De la rééducation avant l'entraînement
La double championne d'Europe du 200 m (2022 et 2024) a repris les séances un mois seulement après l'arrivée au monde de son fils. Mais on ne parlait pas encore de sport de haut niveau. «C'était davantage de la rééducation que de l'entraînement», explique-t-elle.
Les exercices de rééducation postnatale et de stabilisation étaient d'abord au centre du programme, avant l'ajout du travail de force. Ce n'est que quatorze semaines après son accouchement que la Bernoise a de nouveau pu s'entraîner intensément.
Pour une athlète dont la carrière repose sur l'explosivité, la stabilité et une tension musculaire maximale, il s'agissait d'une expérience totalement nouvelle. Des exercices qui lui semblaient autrefois évidents ne fonctionnaient soudain plus.
La grossesse a profondément transformé son corps, explique Mujinga Kambundji. «J'ai été surprise de voir à quel point j'étais loin de mon ancien niveau», avoue-t-elle. Mais les progrès ont aussi été plus rapides.
«Léon est un gourmand»
Elle enchaîne désormais à nouveau des séances intensives de sprint et de musculation, souvent avec sa soeur Ditaji, championne du monde du 100 m haies. Il apparaît toutefois que l'aînée n'a pas encore retrouvé physiquement le niveau qui était le sien avant la grossesse.
«Les ligaments, les muscles et les tendons ne sont pas encore au niveau du sprint. Tout est encore mou», précise-t-elle. Cela s'explique aussi par le fait qu'elle allaite toujours Léon. «J'ai besoin de calories en plus pour pouvoir allaiter. Je mange donc un peu plus que d'habitude, car Léon est un gourmand!»
«La rigidité du corps n'est pas encore là, beaucoup d'énergie se perd. Avant, je mettais 100% d'impulsion et j'obtenais 100%. Aujourd'hui, je mets 100 et il en ressort 60», explique la recordwoman du 100 m en Suisse. Elle illustre son état par une image empruntée au sport automobile: «Si on me compare à une voiture, le moteur est à nouveau opérationnel, mais pas encore le châssis.»
La comparaison directe avec sa sœur cadette est également parlante. Avant, c'était elle qui dictait le rythme à l'entraînement de sprint, tandis que Ditaji tentait de suivre. «Aujourd'hui, c'est l'inverse», souffle Mujinga. Malgré tout, l'aînée constate ses progrès avec satisfaction: «Je suis à nouveau proche de Ditaji.»
Retour en juin?
Son ambition, elle, n'a pas changé. «J'ai toujours la faim d'une compétitrice», insiste-t-elle, même si la date de son retour n'a pas encore été fixée. «Ce sera probablement en juin», indique-t-elle, avec d'abord des courses en Suisse avant les championnats d'Europe de Birmingham.
Mujinga Kambundji évite volontairement de fixer des objectifs chronométriques ou de parler de médailles. «Je ne sais pas encore de quoi je serai capable là-bas», admet-elle. Plutôt que de mettre les résultats au premier plan, elle veut d'abord mesurer à quel point son corps est redevenu compétitif. «Je me réjouis de voir ce que cet été me réserve.»
Son objectif principal en tant qu'athlète de haut niveau n'a pas changé avec la maternité. Il s'agit avant tout de «rester en bonne santé». Ce n'est que si son corps assimile correctement une charge d'entraînement toujours plus lourde qu'elle pourra vivre un retour sur la grande scène cet été.