Romain Pilliard : «On quitte le monde des terriens»

AFP

4.1.2022

Après des semaines de reports successifs, Romain Pilliard et Alex Pella sont partis mardi après-midi de Lorient (Morbihan) pour tenter un record du tour du monde à la voile à l'envers, contre les vents et courants dominants.

French skipper Romain Pilliard poses while sailing his Ultim multihull
Romain Pilliard est prêt à relever un immense défi.
AFP via Getty Images

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4.1.2022

Dans le premier épisode de leur carnet de bord pour l'AFP, les deux skippers au bonnet orange se montrent partagés entre l'émotion de quitter leurs proches pour trois ou quatre mois et la joie de se lancer enfin «sur la route des grands aventuriers».

«L'attente fait partie du jeu»

Leur «Use it again», le trimaran avec lequel Ellen McArthur avait battu le record du tour du monde «à l'endroit» en 2005, devait partir en décembre de Cadix, près du port de départ de l'expédition de Magellan il y a 500 ans (1519-1522).

Pour des raisons sanitaires, l'envol est resté breton, en petit comité. Mais les skippers ont bien profité des longues semaines à attendre des vents favorables.

Romain Pilliard: «Lors des premières fenêtres de départ, on finissait notre préparation, on était encore dans le rush. Là on a été beaucoup plus cools, on a pu passer un bon moment de détente en famille. Avec ma femme et mes trois enfants, on s'est isolés sur les îles bretonnes, pour ne pas attraper le Covid ou autre chose. On était très bien tous les cinq (...). L'attente fait partie du jeu, ça rajoute un peu de piment à l'aventure».

Alex Pella: «Quand tu fais ce genre de défi, le seul moment où tu as un peu le choix de la météo, c'est la première semaine (...). Il faut être patient. Je l'avais déjà vécu, c'était mon 5e stand-by pour un record de tour du monde. C'est pas simple, parce que tu ne peux rien faire. Il ne faut pas se blesser, pas choper le Covid. Tu ne peux rien lancer comme projet. Pour moi qui voyage beaucoup, c'est bien tombé. J'ai une petite famille, deux bébés à la maison. C'était comme le confinement (du printemps 2020), j'en ai profité pour rester un peu avec eux. On dirait presque que c'était fait exprès, pour les fêtes de fin d'année».



«Un petit pincement au coeur»

Romain Pilliard: «On quitte le monde des terriens, on quitte la famille. C'est sûr que c'est un peu particulier. C'est une transition qui n'est pas simple. Ça fait toujours un petit pincement au coeur mais on a envie de rejoindre cette famille des grands aventuriers, des grands marins, qui ne sont pas si nombreux que ça à avoir fait ce tour à l'envers. On se dit qu'on attaque un morceau potentiellement historique (...). On a à coeur de bien faire les choses, calmement. De prendre soin de notre bateau. Et surtout, surtout, d'aller au bout. On démarre cool, parce que la route est longue. On accélèrera quand il le faudra».

Alex Pella: «Dans quelques jours on sera plus dans le défi, mais pour l'instant je suis encore en train de lâcher la terre (...). C'était vraiment difficile pour moi cette fois-ci parce que j'ai fondé une famille tard dans ma vie. Ce n'est pas évident de les quitter. D'un autre côté, j'ai vraiment envie de faire ce parcours. Par rapport à Magellan, parce que j'adore l'histoire. Ça fait au moins trois ans que je regarde le parcours tous les jours. Mais aussi pour le plaisir d'être en mer, de voir des trajectoires nouvelles. On va passer par des endroits exotiques, dans le Pacifique, des endroits où on ne va pas d'ordinaire dans la course au large»