Cette semaine, Richard Chassot vit sa 20e édition à la tête du Tour de Romandie. Pour ce jubilé, le Fribourgeois de 56 ans ne pouvait rêver mieux entre un prologue dans sa commune d’origine et la présence du géant slovène Tadej Pogacar, qui a fait étalage de son talent dès la première étape à Martigny.
Ce mardi 28 avril 2026, Richard Chassot n’est pas prêt de l’oublier. Le directeur du TdR a non seulement lancé sa 20e édition de la boucle romande, mais qui plus est à Villars-sur-Glâne, là où il a passé les premières années de sa vie. «Techniquement, je suis plutôt du bas du village, au bord de la Glâne, là où on n’a pas pu faire passer la course. Mais la montée finale, c’est vraiment celle que je faisais à l’entraînement. Et puis, au début de cette montée, il y a l’église, là où mes grands-parents reposent», confie-t-il avec émotion.
Et puisqu’un bonheur n’arrive jamais seul, c’est à l’occasion de ce prologue en terres fribourgeoises que la grande star du cyclisme mondial a donné ses premiers coups de pédale sur le Tour de Romandie. «C’est vrai qu’avoir Tadej Pogacar au départ, c’est quelque chose d’exceptionnel. C’est un coureur fantastique, au talent complètement fou, généreux, qui veut gagner, qui respecte beaucoup l’organisation. Je pense qu’il va marquer ce Tour de Romandie. Après, à voir comment», estime Richard Chassot.
Une course plus ouverte qu’il n’y paraît ?
Mais attention à ne pas enterrer trop vite la concurrence. Le boss du TdR ne voit d’ailleurs pas le Slovène de 27 ans surdominer la course. «C’est sa première course à étapes de la saison, donc il aura envie de se tester. Mais il a deux-trois sérieux concurrents. Je pense notamment à Primož Roglič - qui a déjà gagné deux fois le Tour - et à Florian Lipowitz - l’étoile montante de cette équipe Bora - qui ont carte blanche comme Remco Evenepoel n’est pas là», analyse l’ancien coureur.
Et de poursuivre : «Attention aussi à Lenny Martinez qui, comme d’autres grimpeurs, pourrait voir ses ambitions à la hausse puisqu’il n’y a pas de contre-la-montre en milieu de semaine. Et côté suisse, il faudra surveiller Mauro Schmid. Qu’il y ait match entre deux ou trois grands coureurs, notamment sur la montée finale et l’étape de montagne (ndlr : la 4e), ce serait génial.»
Le podium de la première étape (Pogacar, Lipowitz, Martinez), disputée au sprint à Martigny, confirme cette lecture. «Pogi» aurait volontiers plié l’affaire dans la montée vers Ovronnaz, mais le Slovène a dû se résigner face à la résistance de ses rivaux, comme il l’a reconnu en conférence de presse : «Le plan était d’imposer un rythme soutenu dans la montée vers Ovronnaz, de rattraper l’échappée et de viser la victoire d’étape. Mais on ne sait jamais à l’avance dans quel état seront les jambes des autres coureurs. (...) J’ai vu que Lenny (Martinez) était en super forme et que je n’arriverais pas à le distancer.»
«Le Tour de Romandie est sous-estimé»
La décision s’est donc finalement faite au bout du suspense dans la cité octodurienne, où les spectateurs ont pu applaudir «Pogastar» et le peloton à plusieurs reprises. «Ayant été coureur professionnel, je sais que c’est quelque chose de rare d’avoir des étapes où tu as le départ, trois passages, et l’arrivée au moment endroit. Pour nous organisateurs, c’était une chance exceptionnelle rendue possible notamment grâce à la Ville», applaudit... Valentin Baillifard, président du comité d’organisation de cette étape martigneraine.
Cette boucle de 171 km a offert une belle vitrine à la commune valaisanne, mais pas uniquement. «Chaque pays a sa culture. En Suisse, le vélo est un sport respecté, mais ce n’est pas le plus populaire. C’est important de pouvoir donner à tout le monde, et notamment aux jeunes, la possibilité de vivre des journées comme celle-ci. À mon avis, le Tour de Romandie est souvent sous-estimé. On ne se rend pas toujours compte de la qualité des coureurs qui viennent», relève le Bas-Valaisan de 32 ans.
S’il a mis un terme à sa carrière sportive en 2017 déjà, le cœur de Valentin Baillifard n’a jamais cessé de battre pour la «Petite Reine», raison pour laquelle il s’implique aujourd’hui dans l’organisation de courses. «Ce que je trouve super dans le monde du vélo, c’est qu’il est peut-être petit, mais très sain. Tout le monde sait que le maître-mot, c’est de garder les pieds sur terre. Que s’il pleut et qu’il fait froid, tout le monde aura froid. Les personnes vénales n’ont pas leur place dans le milieu cycliste, il est fait pour les passionnés», explique-t-il.
Malheureusement, la passion ne paie pas les factures et, notamment en raison de l’absence en cette 79e édition de sponsor principal, le Tour de Romandie se trouve aujourd’hui dans une situation financière fragile malgré l’enthousiasme de ses organisateurs.