Défis potentiels qui se retirent, stars sur le départ, flou organisationnel... : la Coupe de l'America traverse une zone de turbulences à l'approche de l'officialisation de la date et du lieu de l'événement.
Dernier coup dur en date pour le plus vieux trophée sportif du monde, les Suisses d'Alinghi, victorieux en 2003 et 2007, ont annoncé mi-avril renoncer à participer à la prochaine édition, sur fond de tensions avec le tenant du titre Team New Zealand.
«Malgré tous les efforts déployés, nous n'avons pas réussi à trouver un accord avec le Defender de l'America's Cup sur l'avenir de l'événement», ont regretté les hommes du milliardaire Ernesto Bertarelli dans une déclaration transmise aux médias.
En septembre dernier, le magnat de l'industrie pharmaceutique, interrogé par Bloomberg, avait déploré le manque d'impact médiatique de l'événement, malgré les 135 millions de dollars investis pour reconstituer son équipe et construire son bateau pour 2024.
Selon les médias helvétiques, Alinghi souhaitait obtenir des engagements de la part de TNZ sur le lieu de l'événement et aussi sur la mise en place d'un championnat garantissant davantage de visibilité en amont de la Coupe.
Ineos sort du jeu
Mais pour le patron des kiwis Grant Dalton, cité par le New Zealand Herald, les Helvètes ont surtout eu «du mal à se remettre de leur performance médiocre à Barcelone» l'été dernier, où ils ont été éliminés en demi-finales de la Coupe Louis-Vuitton.
Quoi qu'il en soit, ce retrait «surprenant» selon Dalton, intervenait après plusieurs semaines délicates dans les coulisses de l'organisation de la 38e édition de la Coupe de l'America. Début avril, le défi britannique, finaliste à Barcelone et première équipe a avoir annoncé son intention de participer à la 38e Coupe, perdait son principal sponsor Ineos.
La structure Athena Racing, du quadruple champion olympique de voile Ben Ainslie, est donc lancée dans sa propre course contre-la-montre pour trouver les financements nécessaires, afin de repartir en campagne rapidement dans de bonnes conditions.
Et même pour le tenant du titre, rien ne semble facile. Le gouvernement néo-zélandais n'a pas souhaité investir suffisamment d'argent pour être le théâtre de la prochaine édition, tandis que le skipper Peter Burling a quitté l'écurie et va se concentrer sur le circuit concurrent, SailGP.
Pas «la fête de l'Humanité»
Contactés par l'AFP sur ces sujets, les organisateurs de la prochaine reine des régates n'ont pas répondu à ce stade. Pour autant, ces turbulences sont «habituelles», explique à l'AFP Bruno Dubois, manager de K-Challenge, dernier défi français en date engagé sur la Coupe en 2024.
«On entend parler de crise, de Coupe à la dérive, mais ça vient souvent d'un manque de recul historique sur l'événement», souligne-t-il, fort de cinq campagnes pour l'aiguière d'argent, au sein de différentes équipes.
«Actuellement, il y a des discussions entre les challengers potentiels et le defender, des jeux de pouvoir, des tensions politiques, mais s'il n'y avait pas ça ce ne serait pas la Coupe de l'America, ce serait plutôt la fête de l'Humanité», souligne-t-il.
Le format de cette compétition, née en 1851, donne au vainqueur le droit de définir la plupart des règles à son avantage pour l'édition suivante. Les coups de tonnerre sont fréquents à l'approche de la publication officielle du règlement, pour tenter de mettre la pression sur l'organisateur.
«Il y a des hauts et des bas comme dans toute négociation, mais le concret sera dévoilé sous peu, dans les temps et avec le financement», assure M. Dubois, confiant sur la participation de K-challenge à la prochaine édition.
Plus gros point d'interrogation, le lieu de la compétition doit être annoncé dans les prochaines semaines. Et du côté de la date, plusieurs parties prenantes ont fait part de leur envie d'avancer un peu le calendrier à 2027, pour éviter notamment de se retrouver en année olympique.