JO 2026 - Humeur À Bormio, un calme olympien qui dévoile le revers de la médaille

Nicolas Larchevêque, à Bormio

13.2.2026

Se voulant durables en profitant d’installations déjà existantes, les Jeux olympiques de Milan-Cortina sont répartis sur sept sites éloignés les uns des autres par plusieurs heures de trajet. Un choix qui fait perdre un peu l’esprit et la magie olympique, surtout à Bormio. Nos impressions après quelques jours passés dans la station lombarde.

Nicolas Larchevêque, à Bormio

Quand on pense aux Jeux olympiques, on s'imagine une communion entre athlètes et fans. Une grande fête qui célèbre le sport et rassemble des personnes venues des quatre coins de la planète. Mais après quelques jours sur place, force est de constater que ces premiers Jeux de l'histoire à être répartis sur 7 sites et 22'000 km2 ont perdu un peu ce côté magique. Du moins, c’est le cas à Bormio qui accueille les épreuves de ski alpin et de ski-alpinisme.

«Il n'y a pratiquement aucun esprit olympique ici», relevait Marco Odermatt la semaine dernière lors des entraînements de descente. Et on peut difficilement lui donner tort, tant la ferveur olympique peine à prendre dans le village situé en Haute Valteline. Rares sont les boutiques et commerces à s’être revêtues aux couleurs de l’événement.

Pourtant, la soirée de vendredi dernier avait laissé présager le début d’une certaine euphorie dans la station thermale. Un cortège formé par des enfants et les Ski-Clubs de la région suivi d’une partie officielle ont en effet été organisés sur la place principale, avant la diffusion sur un écran géant de la cérémonie d’ouverture à Milan, Cortina d'Ampezzo, Livigno et Predazzo.

La Piazza Cavour s’est alors retrouvée envahie par quelques milliers de curieux venus assister au coup d’envoi de ces 25es Jeux olympiques d’hiver. Après l’hymne national italien entonné d’une seule voix et quelques applaudissements, cette effervescence est toutefois rapidement retombée, les lieux se retrouvant quasi déserts moins d’une heure après le début de la diffusion de la cérémonie d’ouverture, qui aura finalement duré 3h30.

On attendait donc avec impatience la journée de samedi et la descente masculine pour voir si cet bref engouement de la veille allait revenir. Dès les premières lueurs du jour, les rues de Bormio ont été prises d’assaut par des milliers de fans, essentiellement habillés aux couleurs suisses, se dirigeant vers le «Stelvio Ski Centre».

Une ambiance 100% helvético-transalpine s’est alors emparée des tribunes de l’aire d’arrivée, les skieurs de chacune de ces deux nations étant largement acclamés. Mais malgré le titre olympique de Franjo von Allmen et les deux médailles italiennes de Giovanni Franzoni et Dominik Paris, la fête n’a pas vraiment perduré dans la commune lombarde.

«Même pas au niveau d’une Coupe du monde»

Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment de place de fête officielle à Bormio, si ce n’est la petite scène à la Piazza Cavour et la cantine «Stelvio Après-Ski» à la Piazza Motta. Contrairement à la tradition, aucun podium n’a été installé dans le village pour la remise des médailles, celles-ci étant données aux athlètes directement après l’épreuve sur le site de compétition, au grand dam de plusieurs personnes et supporters croisés ces derniers jours.

Swiss Olympic, qui a transformé le petit et très sélectif - normes de sécurité obligent - «Bar Bormio» en Maison suisse, n’avait également prévu aucune festivité samedi en l’honneur de son héros du jour, Franjo von Allmen. Les médaillés du combiné par équipe lundi et du super-G mercredi y ont en revanche fait un saut dans la soirée.

Les rues retrouvent ainsi rapidement leur calme la nuit tombée. Seuls quelques bars et restaurants ou encore le «Stelvio Après-Ski» peuvent se targuer d’une forte fréquentation, l’ambiance restant davantage timorée dans le reste village. Certains habitués du Cirque blanc ont comparé ces JO à Bormio à une simple étape de Coupe du monde. «L’ambiance n’est même pas au niveau d’une Coupe du monde», avons-nous même pu entendre en salle de presse.

Un contraste saisissant avec Livigno

  • Et qu’en est-il de Livigno, le deuxième lieu de compétition dans la Valtellina ? En arrivant dans la station proche de la frontière suisse, située à environ une heure de bus de Bormio, le contraste est saisissant. Là où ont lieu toutes les épreuves de ski freestyle (skicross, slopestyle, Big Air, bosses, etc.) et de snowboard (géant parallèle, cross, etc.), on retrouve enfin une forme d’olympisme telle qu’on la connaît : un Snow Parc somptueux et gigantesque, avec une grande «fan zone», des rues animées même en semaine et un village qui vit au rythme des JO. En face, Bormio ressemble à un laissé-pour-compte...

Ce manque de ferveur dans la station thermale peut également s’expliquer par des prix d’entrée aux épreuves qui varient entre 100 et 220 euros. Si la descente a attiré les foules, les gradins n’ont en revanche pas fait le plein lors du combiné par équipe et du super-G. «Pour ne voir que quelques secondes de course et suivre le reste sur un écran géant, ça fait cher», nous confiait un supporter suisse, rencontré après la course de mercredi et venu découvrir les JO avec des amis pendant quelques jours.

En Suisse, et accessoirement en Autriche, il faut reconnaître qu’on s’est habitué à un certain «standing» avec des rendez-vous tel que Wengen, Adelboden, Crans-Montana ou encore Kitzbühel. Il faut aussi rappeler que Bormio, malgré sa mythique piste du Stelvio, n’est pas le rendez-vous de Coupe du monde le plus prisé des passionnés de ski alpin. Mais pour une quinzaine olympique, on avoue qu’on s’attendait à mieux.

Contacté par nos soins et interrogé sur la fréquentation dans la station durant ces Jeux, l’office du tourisme de Bormio n’a - dans l’immédiat - pas répondu à nos sollicitations.

Il semble qu'il faudra désormais s'habituer à ces JO hivernaux «éclatés» sur un vaste territoire. Dans quatre ans, ils se dérouleront dans les Alpes françaises, entre La Clusaz et... Nice, en passant par Val d’Isère, Courchevel ou encore Isola 2000, selon le plan provisoire présenté. Et en 2038, les potentiels Jeux en Suisse se tiendraient également sur l'ensemble du pays, de Genève aux Grisons, sans oublier le Tessin.

Alors oui à des Jeux durables et plus responsables. Mais au prix de l'esprit et de la magie olympique, en laissant presque de côté certains lieux de compétitions ? On est immédiatement moins emballé...


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