Marianne Fatton est devenue jeudi à Bormio la première championne olympique de l'histoire en ski-alpinisme. La Neuchâteloise de 30 ans s'est parée d'or sur le sprint.
La femme des grands rendez-vous, c'est bien Marianne Fatton. La championne du monde en titre n'a pas craqué et a enrichi sa collection d'une médaille d'or olympique. «Elle est lourde», a dit la championne en rigolant. Quand on lui fait remarquer qu'elle sait être présente le jour J, la Neuchâteloise établie à La Roche doit presque se pincer pour y croire. «C'est complètement fou, parce que quand on y repense, j'ai gagné trois sprints ces trois dernières années et c'étaient les Championnats d'Europe, les Championnats du monde et les JO, énumère-t-elle. Sinon je n'ai rien gagné!»
Marianne Fatton a su se sublimer pour battre l'immense favorite, la Française Emily Harrop, quasiment imbattable dans la discipline depuis deux ans. La championne du monde en titre a fait la différence sur les transitions qu'elle avait beaucoup travaillées à l'entraînement. Ce sont deux passages clés, surtout au moment de dépeauter, où elle a pu devancer Harrop. La Française a dû se contenter de l'argent. Le bronze est allé à l'Espagnole Ana Alonso Rodriguez.
«C'était mon moment»
La Neuchâteloise, qui a réalisé le meilleur temps en finale en 2'59''77, a forgé son succès sur la dernière partie de la montée, comme elle l'explique. «Je me suis dit qu'il fallait que je reste un peu au contact jusqu'à la fin des diamants (réd: ces moments de la montée où les athlètes ont le choix d'aller à droite ou à gauche) et qu'après c'était mon moment.»
A l'entendre, la Gruérienne d'adoption a commencé à y croire après le passage dans les escaliers. «Quand j'ai remis mes skis, je suis repartie première et là je me suis dit que je devais tout donner, explique-t-elle. Je n'avais plus rien, mais j'ai quand même tout donner pour rester devant.»
La joie de la Neuchâteloise faisait plaisir à voir lorsqu'elle a su qu'elle était officiellement la première championne olympique de l'histoire de son sport aux JO. «J'ai pensé à ma mère qui a fait les JO (réd: Anna Janouskova en 1992 en ski de fond sous les couleurs de la Tchécoslovaquie), j'ai pensé à mon copain qui m'entraîne depuis maintenant 4 ans et qui donne tout pour moi, lâche la championne olympique. J'ai aussi pensé à son père qui m'a construit des escaliers à côté de chez moi pour que je puisse m'entraîner. J'ai pensé à tous ces gens qui m'ont tellement aidé et c'est aussi pour eux que je suis aussi heureuse.»
Lietha chocolat
L'autre sprinteuse helvétique engagée, la Vaudoise de 23 ans Caroline Ulrich, n'a elle pas passé le cap des demi-finales.
Cela s'est également moins bien passé chez les messieurs. Arno Lietha a fini 4e et Jon Kistler 6e. La victoire est revenue à l'Espagnol Oriol Cardona Coll, devant le Russe Nikita Filippov et le Français Thibault Anselmet. Dommage pour les deux Alémaniques qui avaient enlevé chacun leur demi-finale, mais qui ont perdu trop de temps sur les transitions.
L'introduction du ski-alpinisme au programme olympique avait créé une controverse, certains puristes estimant que la fédération internationale «vendait son âme» au CIO, parce que le sprint, plus télévisuel, ne représentait pas les valeurs d'un sport qui se joue souvent sur des distances plus longues en pleine nature. Les larmes de joie de Marianne Fatton et d'Ana Alonso Rodriguez ont lavé toute tentative de polémique. Cette émotion pure et sincère renvoie à l'essence même des Jeux olympiques, surtout pour un sport très peu médiatisé.