«J'étais quelqu'un de timide», affirme dans un entretien à l'AFP l'Italien Alberto Tomba, star fantasque du ski alpin dans les années 1990, bien plus discret ces dernières années.
A 59 ans, «Tomba la Bomba» slalome désormais entre les demandes d'interview d'une presse qui a pourtant fait exploser sa popularité. Après des semaines de démarches, on le retrouve dans une librairie de Rome, très loin des ambiances survoltées et électriques, en pleine «Tombamania», quand le skieur aux 50 victoires en Coupe du monde entre 1986 et 1998 mettait à ses pieds Sestrières, Alta Badia ou Madonna di Campiglio.
Ce jour-là, des curieux et nostalgiques l'attendent pour la sortie de son autobiographie «Lo slalom piu lungo» (édition Sperling & Kupfer) à quelques semaines des JO-2026 de Milan Cortina (6-22 février).
Pas assez aux yeux de Tomba, qui harangue les clients pour faire groupe autour de lui quand son éditrice prend une vidéo destinée aux réseaux sociaux.
Le journaliste de l'AFP, dans l'attente d'un éventuel entretien, est bienvenu pour faire le figurant. Après avoir signé posters et casquettes, échangé plaisanteries et anecdotes, il accepte finalement de livrer ses souvenirs olympiques, avec gourmandise.
En commençant par ses premiers JO, à Calgary en 1988, marqués par cet incroyable et inédit doublé en slalom et géant: «à 21 ans, participer aux Jeux, c'était déjà quelque chose de grandiose, mais avec deux médailles d'or, ma vie a changé du tout au tout, mais tout était simple à l'époque», se souvient-il, songeur.
«J'avais déjà trop gagné»
Quatre ans plus tard à Val d'Isère, l'effet de surprise est dissipé et Tomba est le grand favori. «Ce sont de loin mes Jeux les plus difficiles, avec une pression énorme, à Albertville, la ville d'Albert (Charles-Albert de Savoie-Carignan, fondateur de la ville au XIXe siècle, NDLR) tout le monde attendait Alberto». C'est pourtant l'or qui l'attend en bas du géant et l'argent en slalom.
A Lillehammer, en Norvège en 1994, il repart sans titre olympique mais de nouveau avec l'argent du slalom. «Je me suis planté en choisissant mon dossard. Il faisait un froid, moins 30 degrés, j'étais douzième après la première manche à plus d'une seconde (1 sec 84/100e, NDLR). J'ai fini deuxième à 15/100e de Thomas Stangassinger, ce qui m'a valu d'être porté en triomphe par les Norvégiens, pas lui».
De Nagano, en 1998, il repart bredouille: «Peut-être que j'avais déjà trop gagné», dit-il en riant. «Je m'étais fait mal dans une chute spectaculaire en géant, j'ai essayé de faire le slalom, mais tout était moche, le brouillard, la neige».
Même s'il a mis un terme à sa carrière quelques semaines plus tard avec cinq médailles olympiques, un globe de N.1 mondial (1995) et deux sacres mondiaux (slalom et géant en 1996), son histoire avec les JO n'était pas terminée.
En 2006, les Jeux sont organisés par l'Italie à Turin: son envie de revenir en compétition fait long feu ("en ski quand tu t'arrêtes deux ou trois ans, c'est déjà beaucoup, alors huit"), mais la cérémonie d'ouverture lui a offert son plus beau souvenir olympique, «plus fort encore que mon doublé de Calgary».
Nausée
«Quand je suis rentré dans le stade avec la flamme olympique, 80'000 personnes m'attendaient, ce que j'ai ressenti à ce moment-là, est unique.» Pour ces JO-2026, il devrait aussi être célébré. Dans quel rôle ? «Je n'ai rien à dire sur le sujet», élude-t-il alors que la Gazzetta dello Sport annonçait mercredi qu'il serait l'un des deux derniers relayeurs.
Tomba, belle et grande gueule du sport italien, recevra les honneurs, mais ne les cherche plus depuis qu’il a rangé les skis à seulement 31 ans, fatigué par le jeu médiatique et la presse people.
«Je ressentais comme une nausée, j'étais fatigué, stressé, la presse était constamment sur mon dos en écrivant n'importe quoi.» Au point que près de 30 ans après ses triomphes, il confie avoir joué le rôle qu’on attendait de lui pendant ses années au sommet.
«J'étais quelqu'un de timide, mais une chaîne de télévision, toujours sur mon dos, a voulu faire du nouveau avec moi, j'étais le mec de la ville, différent du montagnard qui parle peu, et toute la presse, pour faire vendre, a profité de moi, de ce personnage», estime-t-il.
L'exubérant Tomba, coutumier des déclarations à l'emporte-pièce, est redevenu simplement Alberto: «Est-ce que je battrais les skieurs actuels ? Peut-être. Il faut demander aux experts, moi, je ne sais pas».