De la «fusée» Bjorn Daehlie, plus grand fondeur de l'histoire et héros à Lillehammer, à Lindsey Vonn, championne olympique de descente à Vancouver 2010, revenue avec un genou en titane pour un ultime défi à Cortina : voici le troisième et dernier volet des légendes des Jeux d'hiver.
La «fusée» du fond
Bjorn Daehlie
À Lillehammer, les Jeux d'hiver sont organisés en 1994 deux ans seulement après Albertville afin de les découpler des JO d'été. Pas de quoi perturber la star du fond Bjorn Daehlie!
En France, le Norvégien, 24 ans, a dû s'incliner lors du 30 km. Mais il a ensuite raflé trois titres (poursuite combinée, relais et 50 km), et la mémoire de ces exploits est encore vive quand s'ouvrent ces Jeux 94 «à domicile». Ils sont des dizaines de milliers à applaudir à tout rompre «rocketman» -«l'homme fusée»-, qui décroche quatre nouvelles médailles dont deux d'or. L'échec du relais norvégien, au bout du suspense et devant plus de 100’000 supporters, laisse toutefois un goût amer.
À Nagano 98, Daehlie s'offre une nouvelle revanche en retrouvant l'or du relais, et réalise un ultime doublé en individuel, s'écroulant de fatigue à l'arrivée du 50 km. «La course la plus dure de ma vie», confiera-t-il. Avec ce 8e titre, il devient l'athlète le plus titré des Jeux d'hiver. Blessé au dos, le nonuple champion du monde prend sa retraite en 2001, suscitant une émotion considérable dans son pays.
«Herminator», phénix des Jeux
Hermann Maier
Des décennies après, c'est l'image d'une chute davantage que celle de ses exploits qui colle aux skis d'Hermann Maier.
Quand il prend le départ de la descente des JO 98, le natif de Flachau revient de loin. Dix ans plus tôt, jugé trop chétif, il n'a pas été conservé par l'académie de Schladming. Devenu maçon, il prend du volume et, persévérant, finit par s'ouvrir les portes de la sélection autrichienne. Il gagne sa première épreuve de Coupe du monde en 1996 et Nagano arrive à point nommé.
Mais, en ce vendredi 13 février, le dossard no 4 aborde trop vite une porte, bascule en plein saut à la perpendiculaire de la piste et rebondit tel un pantin désarticulé au-delà des filets. Le concurrent américain Kyle Rasmussen, qui assiste à la scène, résume l'effroi. «J'ai tout de suite pensé ‘Mon dieu, il est mort’». Mais alors que le titre revient à l'outsider français Jean-Luc Crétier, l'Autrichien s'est relevé, miraculeusement indemne. Et il entend écrire une autre histoire.
Dans les jours suivants, il réalise le doublé super-G et géant. Puis, en 2001, égale le record de 13 succès en une seule saison de Coupe du monde de Jean-Claude Killy. Mais l'histoire déraille à nouveau: victime d'un accident de moto, il déclare forfait à Salt Lake City. En 2006, à 34 ans, le phénix du ski est pourtant à Turin, où il pare sa légende olympique d'argent et de bronze. Retraité en 2009, fort de 54 succès en Coupe du monde, il s'agacera d'être sans cesse ramené à sa chute de Nagano.
«Le Cannibale»
Ole Einar Bjorndalen
Six JO disputés, sur deux siècles, 14 médailles, des chiffres qui illustrent la trace laissée par le plus grand biathlète.
Lorsque la Norvège retrouve les JO à Lillehammer, Bjorndalen a 20 ans et il est encore un peu vert. Quatre ans plus tard, au Japon, il ouvre son compteur (or au sprint, argent en relais), mais sa grande oeuvre attend le siècle suivant: à Salt Lake City et Turin, où des affaires de corruption et de dopage font la Une, «OEB» offre le meilleur de l'olympisme, réussissant un grand chelem (quatre titres) dans l'Utah.
Celui qu'on nomme le «Cannibale» remporte encore un titre à Vancouver-2010, en relais. Puis, surmontant des saisons difficiles, ressurgit à Sotchi pour arracher deux fois l'or (sprint et relais mixte), dépassant ainsi Bjorn Daehlie comme athlète le plus médaillé des JO d'hiver.
Le quadragénaire qui aime «rendre l'impossible possible» vise une 7e participation, à PyeongChang. Mais, à 44 ans, il est écarté, laissant le Français Martin Fourcade devenir son digne successeur avec six titres. Dans la foulée, il prend sa retraite. «Un des plus grands sportifs de tous les temps», salue le patron du CIO, Thomas Bach.
La «reine Marit» au sommet de l'Olympe
Marit Bjorgen
Vous pensiez avoir tout vu avec Daehlie et Bjorndalen? C'était sans compter sur Marit Bjorgen, qui va les détrôner comme athlète la plus titrée de l'histoire des JO d'hiver.
La native de Trondheim assiste, adolescente, aux exploits du premier nommé à Lillehammer. Elle est en revanche dans la délégation norvégienne lorsque «OEB» réalise le grand chelem à Salt Lake. Mieux même puisqu'elle décroche sa première médaille, d'argent, en relais. Quatorze suivront!
En méforme à Turin 2006, elle ne fait pas mieux, avec une médaille d'argent au 10 km classique. Mais elle l'assurera plus tard, c'est là qu'un déclic se produit, avec un changement de méthode d'entraînement et une leçon de vie: «j'ai beaucoup appris, notamment qu'il était primordial d'être heureuse». À Vancouver, la «reine Marit» récolte cinq médailles dont trois en or (sprint, skiathlon et relais). Elle poursuit sa moisson à Sotchi, y ajoutant un sacre inédit au 30 km, avant de faire une pause pour devenir mère.
Les JO 2018 font office de consécration. Cinq nouveaux podiums, le dernier au 30 km, où la «Michael Phelps» du fond conserve son titre et glane sa 15e médaille. À 38 ans, elle peut mettre un point final: qui dit mieux? Personne.
La «tomate volante»
Shaun White
Génie du skate et du «snow», Shaun White a vaincu l'adversité dès son plus jeune âge, à même pas un an -une malformation cardiaque congénitale-, avant d'apparaître très vite comme un surdoué et d'empocher logiquement ses deux premiers titres olympiques en 2006 et 2010. Il gagne le surnom de «tomate volante» en raison de sa tignasse rousse.
Mais la terreur des X-Games, été comme hiver, voit l'adversité le rattraper, d'abord à Sotchi, où il termine 4e, puis lorsqu'il chute gravement à l'entraînement en 2017. Soixante-deux points de suture plus tard, il se couvre à nouveau d'or à Pyeongchang. Il tente un ultime défi en 2022 à Pékin mais échoue à nouveau au pied du podium. Qu'importe, ému aux larmes, il s'exclame: «je vais enfin pouvoir dormir la nuit plutôt que de penser aux runs».
Genou en titane, mental d'acier
Lindsey Vonn
Son portrait en bref
- Etats-Unis
- JO 2002 à 2010, puis 2018 à ce jour en ski alpin
- 3 médailles dont 1 en or
Peut-on monter sur un podium olympique à 41 ans avec un genou en titane? C'est le pari que Lindsey Vonn veut relever à Cortina, «l'endroit parfait pour arrêter (sa) carrière une nouvelle fois», a-t-elle déclaré dans une interview à l'AFP.
Son histoire d'amour avec la station italienne remonte à 2004. C'est là que la skieuse du Minnesota, 19 ans, décroche son premier podium en Coupe du monde, prélude à ses 84 succès à ce jour. Deux ans plus tôt, elle a découvert les JO dans son pays, mais dans l'anonymat. C'est tout l'inverse à Turin en 2006, où l'Américaine fait figure de favorite, mais chute à l'entraînement.
À l'image de Stenmark, la gloire olympique semble la fuir et la pression est forte sur la double championne du monde en titre pour les JO 2010 de «Vonncouver», comme les nomment déjà les médias américains. Le sort semble s'acharner quand elle chute à nouveau à une semaine des Jeux. Mais, mental d'acier, elle serre les dents et décroche l'or en descente puis le bronze au super-G. «Je suis championne olympique et personne ne pourra jamais me l'enlever», savoure-t-elle.
La suite est un éternel recommencement, avec une blessure et un forfait à Sotchi. À force d'abnégation, elle revient encore, bat le record de victoires en Coupe du monde à... Cortina, avant de remonter sur le podium à Pyeongchang (3e en descente). Retraitée en 2019 après une énième blessure, l'Américaine fait son comeback en 2025 grâce à une prothèse en titane à son genou meurtri et ne tarde pas à répondre aux sceptiques en regoûtant à la victoire fin 2025 à St Moritz, sept ans après son dernier succès. L'histoire est en marche.