Glisse, Covid et politique: les Jeux olympiques d'hiver s'ouvrent officiellement vendredi à Pékin, avec des restrictions anti-épidémiques inédites et leur lot de polémiques autour des droits de l'Homme en Chine.
Sous un soleil hivernal franc mais froid, les choses sérieuses ont commencé mercredi matin, avec le début du relais de la flamme olympique, qui doit traverser les sites les plus emblématiques de la capitale chinoise, dont la Grande muraille. Et avant même la cérémonie d'ouverture vendredi à 13h (heure suisse), les premières épreuves ont débuté dès mercredi.
Les Jeux de Pékin sont les deuxièmes de l'ère du Covid, après les JO d'été de Tokyo qui se sont déroulés l'an dernier, avec une année de retard. Mais, dans un pays fier de sa politique du zéro Covid, les mesures de protection contre l'épidémie sont nettement plus radicales qu'au Japon: les participants restent confinés dans une bulle sanitaire, dont ils ne sortiront qu'à leur départ du pays.
Ils y côtoient des dizaines de milliers d'athlètes, de fonctionnaires et d'employés locaux, qui eux devront observer une quarantaine à la sortie. Des tests de dépistage quotidiens sont imposés. En date de mercredi, 232 cas positifs avaient été dénombrés depuis l'entrée en vigueur du dispositif le 23 janvier.
Objectif: éviter à tout prix que la pandémie, initialement découverte en Chine fin 2019, y retourne via des visiteurs étrangers. Les autorités sont particulièrement inquiètes d'un regain de contagion à Pékin, qui a annoncé dimanche 20 nouveaux cas en 24 heures, soit le bilan le plus lourd dans la capitale depuis juin 2020.
Pour réduire les risques, Pékin a renoncé à vendre des billets pour assister aux Jeux et les spectateurs invités aux compétitions seront triés sur le volet. Le CIO a dit mardi espérer que les sites de compétition seraient remplis tout de même entre 30% et 50% de leur capacité.
Possibles «sanctions»
Pékin est la première ville à accueillir à la fois des Jeux d'été et d'hiver, 14 ans après l'édition de 2008. Mais, par contraste avec cette grande première, la compétition en préparation suscite moins d'enthousiasme parmi la population et le régime communiste n'a pas déployé son arsenal de propagande habituel à l'approche d'un grand événement international.
«La Chine s'efforce de faire tomber la température des Jeux olympiques», observe Simon Chadwick, expert du secteur du sport pour l'EM Lyon Business School. Explication selon lui: le pouvoir chinois s'est retrouvé ces derniers mois au centre de polémiques autour des droits de l'Homme. Plusieurs pays, Etats-Unis en tête, ont annoncé un «boycott diplomatique» des Jeux: ils envoient bien des sportifs mais ceux-ci ne sont accompagnés par aucune délégation officielle.
Washington entend particulièrement dénoncer le sort fait à la minorité musulmane ouïghoure dans le nord-ouest de la Chine, où les Américains accusent Pékin de se livrer à «un génocide» via des stérilisations forcées. Pékin rejette ces accusations et accuse Washington de mélanger sport et politique.
Dans ce contexte, des élus américains ont fait part lundi de leurs «inquiétudes» quant à la sécurité des sportifs. Les élus se sont dits consternés par les propos d'un responsable de l'organisation, selon qui tout «discours contraire à l'esprit olympique» et «aux lois et règlements chinois» serait «passible de certaines sanctions».
Une vingtaine de dirigeants seront tout de même présents lors de la cérémonie d'ouverture, au premier rang desquels le président russe Vladimir Poutine, au centre de l'attention du fait des craintes d'invasion de l'Ukraine par la Russie.
L'affaire Peng Shuai
L'approche des Jeux a en outre été marquée par une controverse lancée par la championne de tennis Peng Shuai, qui a accusé un ancien haut responsable chinois de lui avoir imposé un rapport sexuel.
Sa disparition dans les semaines qui ont suivi ces accusations a suscité l'inquiétude dans le monde du tennis, jusqu'à ce qu'elle s'entretienne avec le président du CIO, Thomas Bach, par visioconférence. M. Bach a prévu de la rencontrer de visu pendant les JO.
Quant à son agresseur présumé, l'ancien vice-Premier ministre Zhang Gaoli, il a été cité samedi par les médias officiels dans une longue liste d'anciens responsables qui ont reçu des voeux du pouvoir actuel à l'occasion du Nouvel an chinois. Le nom de M. Zhang était largement tabou à Pékin depuis l'éclatement de l'affaire.