Dominatrice en Coupe du monde, la star américaine Mikaela Shiffrin semble rattrapée par ses démons olympiques à Cortina, quatre ans après le fiasco de Pékin, et la pression s'annonce forte sur elle dimanche lors du slalom géant.
La situation est d'autant plus délicate pour la skieuse aux 108 victoires sur le circuit mondial qu'elle n'a pas encore retrouvé toute sa confiance en géant, après sa grave blessure à l'abdomen de fin 2024.
Elle devra en outre batailler face à l'Italienne Federica Brignone, sacrée jeudi en super-G malgré ses douleurs à une jambe, ou encore l'Autrichienne Julia Scheib, quatre succès en géant cette année.
Shiffrin, elle, pouvait espérer capitaliser sur son podium (3e) obtenu fin janvier à Spindleruv Mlyn, le premier en géant depuis sa chute qui a gâché la seconde partie de sa saison 2024-25.
Mais c'était avant... Avant cette invraisemblable contre-performance mardi lors de la manche de slalom du combiné, où elle a terminé 15e à une seconde du meilleur temps. Du jamais vu depuis des années!
La skieuse de Vail avait pourtant été parfaitement lancée par Breezy Johnson qui, dans le sillage de l'or de la descente, avait réussi le meilleur temps en matinée.
Persuadé, comme tout le monde, que le titre était une formalité, le public américain était venu en nombre voir la N.1 mondiale dérouler en slalom, où elle n'a perdu qu'une seule des huit épreuves de l'hiver. La douche fut glaciale, avec une 4e place finale pour cette «Team USA». Pas de faute majeure mais une impression que la reine du circuit, 30 ans, était restée dans le portillon de départ.
«Occasion d'apprendre»
Comme souvent, Shiffrin a fait preuve de philosophie. «Je n'ai pas trouvé le niveau de confiance», a dit à chaud la star américaine. «Je n'ai pas réussi à ressentir la piste sous mes pieds, mais je fais attention à ne pas me chercher des excuses. (...) Je prends ça comme une belle occasion d'apprendre», a-t-elle ajouté.
Le tracé plutôt plat et rectiligne, qui nécessitait d'aller chercher de la vitesse, a pu lui jouer des tours, alors qu'elle a expliqué avoir souffert de stress post-traumatique après sa blessure de fin 2024 à Killington, en géant, et avoir du mal depuis à lâcher les chevaux.
Mais ce raté a aussi semblé réveiller les fantômes de Pékin, en 2022, quand l'Américaine survolait la saison. Dix-huitième en descente, 9e du super-G, elle n'avait terminé ni le géant, dont elle était tenante du titre, ni le slalom, où elle avait décroché l'or olympique en 2014.
«Les JO nous amènent à prendre un vrai risque sous le regard du monde entier (...). Nous ressentons la douleur de la défaite car nous avons goûté au triomphe. La désillusion et le succès vivent côte-à-côte. Je suis reconnaissante d'être ici, motivée et j'ai hâte» à la suite, a-t-elle renchéri jeudi. En cas de nouveau revers, il lui restera donc le slalom, mercredi. Mais la pression n'en sera que plus intense.
Brignone, malgré la douleur
A l'inverse, il est en une qui va débouler dimanche le coeur léger - mais les jambes lourdes - après son triomphe du super-G: Federica Brignone.
L'Italienne de 35 ans a désormais tout gagné, et réussi un exploit majuscule en s'imposant chez elle, alors qu'elle n'est pas encore totalement guérie de sa double fracture tibia-péroné de la jambe gauche survenue il y a dix mois.
En début de Jeux, elle a longuement expliqué les douleurs, les séances de kiné, les médicaments anti-inflammatoires... Puis, jeudi, c'est son bonheur qui a irradié, tandis qu'elle devenait la championne olympique la plus âgée de l'histoire du ski alpin.
De quoi aiguiser son appétit pour le géant, discipline dont elle détient le titre mondial et où elle a remporté 17 de ses 37 succès en Coupe du monde ?
Tout doux, a rétorqué l'Italienne après son triomphe. «Au lendemain de la descente olympique du 8 février (elle a terminé 10e), je n'arrivais plus à skier!», a-t-elle relevé. C'est en géant que la douleur est la plus vive, a-t-elle en outre noté dans la Gazzetta dello Sport de samedi. Mais «Fede» sera là dimanche, au départ de la «Tofane», a-t-elle confirmé.