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Signaler maintenantDe «la descente aux enfers» au sommet du triathlon longue distance, Marjolaine Pierré a surmonté des mois de galère, à devoir traîner un corps en constante souffrance, devenu trop faible à force de perdre du poids, pour finalement s'imposer championne du monde.
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Fin juin, sous le soleil de Pontevedra (Espagne), grand sourire aux lèvres, la Française de 25 ans a célébré pour la deuxième fois de sa jeune carrière un sacre mondial.
Trois kilomètres de natation, 120 de vélo et 30 de course à pied parcourus en 6h15 pour «renouer avec un titre» acquis déjà en 2023 et qui avait eu à l'époque une saveur toute particulière.
Cette performance valide à l'époque son choix de mettre de côté des études d'expert comptable, pour se lancer dans le triathlon, après avoir pratiqué la gymnastique et l'athlétisme. A 23 ans seulement, un âge précoce quand la plupart des professionnels atteignent «l'âge royal entre 30 et 35», explique-t-elle à l'AFP.
Mais en plus, ce titre lui «permet de souffler» après une année plombée par les blessures, qui trouvent leur origine dans le passé.
«Pas accompagnée» à ses débuts, Marjolaine Pierré ne s'en rend pas compte, mais elle ne se nourrit pas suffisamment au regard de ses efforts: «Pour moi, mes repas suffisaient (...) je ne mangeais absolument rien pendant le sport, donc au fil des semaines j'ai perdu du poids».
Les veines sont de plus en plus apparentes sur son corps, mais en parallèle, les résultats suivent. La Reimoise d'origine, qui a grandi à l'Ile de la Réunion, commence à gagner et pour elle «c'était hyper corrélé: je gagnais parce que j'étais super maigre».
Mais les conséquences ne tardent pas à se faire ressentir. Il y a la fatigue, mais pas seulement. Pendant quatre ans, la jeune femme souffre d'aménorrhée, l'absence de règles. Un symptôme dont «peu de personnes parlaient à ce moment-là donc j'avais l'impression d'être normale», poursuit-elle.
En 2022, Marjolaine Pierré touche le fond, accumule quatre fractures de fatigue. Des examens révèlent une ostéopénie (baisse de la densité osseuse).
Ses recherches personnelles l'amènent à prendre connaissance du syndrome RED-S, pour «syndrome de déficit énergétique relatif dans le sport».
Ce dernier, selon le dictionnaire médical Vidal, correspond aux conséquences d'une faible «disponibilité énergétique», soit «la différence entre l'apport énergétique journalier et la dépense énergétique» liée à une activité physique. Certains symptômes (absence de règles, santé osseuse dégradée...) font écho aux siens.
Sans solliciter les conseils d'un nutritionniste, elle se prend en mains. «Je voulais retrouver mes règles alors je me suis dit, je dois manger (...)», en plus «j'ai toujours fait du sport pour le bien être que cela procure et je me suis rendue compte que cela me détruisait».
Pas facile néanmoins quand «perdre du poids» est associé à «gagner» et quand, selon elle, reprendre des kilos est «signe de contre-performance à venir».
Fin 2022, elle participe à une de ses seules courses de l'année, au Bahreïn. La veille «je me suis prise en photo en train de me pincer le gras des fesses, en me disant ‹si je fais un bon résultat j'arrête de me prendre la tête avec le gras›. Et j'ai gagné», raconte-t-elle.
Relancée, elle est sacrée championne du monde quelques mois plus tard, avec neuf kilos en plus. Et ses règles reviennent en fin d'année. «Trois jours après Noël, c'était mon meilleur cadeau», dit-elle en riant.
Sur les réseaux sociaux, la sportive a décidé de prendre la parole pour mieux prévenir, réalisant avec tristesse le nombre «de filles qui souffraient». Dans le monde professionnel «certaines sont persuadées qu'on ne peut pas faire beaucoup de sport et avoir ses règles», souffle-t-elle.
Aux maux physiques à peine digérés, s'est enchaîné un burn-out début 2024 qu'elle a aussi surmonté et Marjolaine Pierré poursuit aujourd'hui sa quête de victoires, aux côtés de son compagnon triathlète Clément Mignon.
Après Pontevedra, elle vise désormais les championnats du monde Ironman à Kona (Hawaï) en octobre. Puis ceux de Marbella (Ironman 70.3) en novembre.
Et ce «petit bourrelet» contre lequel elle a tant lutté, lui rappelle aujourd'hui «qu'il (la) sauve presque des blessures».