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Ex-figure du ski alpin croate, Vedran Pavlek est soupçonné d'avoir détourné près de 30 millions d'euros.
imago
Millions détournés, chirurgie esthétique et villa sur la côte... un spectaculaire scandale de corruption à la fédération croate de ski est en train de saper la confiance entre athlètes, entraîneurs et sponsors.
Les 3,8 millions de Croates se surpassent régulièrement, que ce soit aux JO ou lors la coupe du monde masculine de foot. Mais le ski tient une place particulière dans leur cœur. Les dix médailles olympiques remportées par Janica et Ivica Kostelic sont depuis longtemps une source de fierté dans un pays sans infrastructure de sports d'hiver.
Alors quand, en mars, une enquête a été ouverte contre six personnes dont l'ancien directeur des équipes nationales de ski alpin, Vedran Pavlek, soupçonnées d'avoir détourné près de 30 millions d'euros, tout le pays a été sidéré.
M. Pavlek a entre autre, selon le communiqué du procureur, utilisé au moins 1,9 million d'euros «pour financer la construction d’une villa appartenant à sa société», et «le reste des fonds a été dépensé pour des interventions esthétiques pour plusieurs femmes, des séjours dans de nombreux hôtels à l'étranger, des biens de luxe et des retraits d'espèces».
Depuis, l'ex-patron du ski croate est parti au Kazakhstan, d'où il lutte de toutes ses forces contre une extradition, et des enquêtes ont été ouvertes sur d'autres fédérations, selon plusieurs médias. Le ministère des Sports a annoncé des changements dans la publication des comptes de ce secteur et une surveillance accrue des sources de financement.
Mais pour Viktor Simunic, élu local et figure de la lutte anti-corruption dans le sport, il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg. «Ce n'est pas une erreur individuelle. C'est le système qui ne marche pas», explique à l'AFP le maire sans étiquette qui a, à plusieurs reprises, mis au jour des affaires de corruption en utilisant le droit à l'information. Mais ce qui s'est passé à la fédération de ski dépasse ce qu'il avait déjà vu.
«Ils volent l'argent obtenu grâce aux sportifs. Avec cet argent ils auraient pu former de nouveaux Janica et Ivica. A la place, ils ont acheté des villas et payé des opérations de chirurgie esthétique». «Si cela ne change pas maintenant, rien n'évoluera jamais», estime-t-il.
Toutes les fédérations sportives croates dépendent principalement des fonds publics distribués notamment par le comité olympique national. Mais les récentes accusations ont ébranlé aussi bien la confiance du public qu'une source de revenus importante: les sponsors, souligne le journaliste sportif Dean Bauer. Les scandales «ont donné l'impression que le blanchiment d'argent, la triche et le vol sont généralisés dans le sport, ce qui est très loin de la réalité», ajoute M. Bauer.
«Cette atmosphère est très négative pour le sport croate dans son ensemble», abonde l'ancien joueur de water-polo et médaillé olympique Perica Bukic. Valent Sinkovic, médaillé d'or olympique en aviron, regrette lui aussi les retombées. «Il est extrêmement difficile d'attirer des sponsors, et les récents scandales ont instauré une certaine distance vis-à-vis du sport», a-t-il déclaré à la presse locale.
Le rameur espère que quelque chose «de positif» puisse sortir des évènements de ces derniers mois. «Les contrôles sur l'argent entrant dans le sport pourraient être renforcés, ensemble nous pourrions regagner confiance dans un système qui nous a déçus», dit-il.
En attendant, le premier ministre Andrej Plenkovic, a réclamé «des actes» et l'historique patron du comité olympique croate, Zlatko Matesa, a démissionné pour permettre «de la transparence».