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L’équipe Peugeot en endurance traverse une période difficile en terme de résultats.
IMAGO/PsnewZ
«J'ai un peu du mal à avaler d'être là pour faire de la figuration». Pour Jean-Eric Vergne, l'un des piliers de l'équipe Peugeot en endurance, la pilule ne passe pas. Comme toute son équipe, le Français est convaincu que le déficit de performance de la marque au Lion aux 24 Heures du Mans n'est pas seulement imputable aux défauts de sa voiture.
Chez Peugeot, la victoire est inscrite dans les gènes. A part en F1, où son bref passage (1994-2000) n'a pas marqué l'histoire, la firme sochalienne a brillé sur tous les terrains où elle s'est aventurée, en rallye, au Dakar, ou au Mans (victoires en 1992, 1993 et 2009). Et l'échec de l'actuel programme d'endurance fait tache dans ce tableau.
Les déboires ont commencé avec la conception du prototype, réalisé pour la saison 2022 sans aileron arrière. Un choix que l'écurie a payé cher. La nouvelle version 2025 fonctionne mieux, mais les résultats ne sont toujours pas à la hauteur des ambitions: deux neuvièmes places, aux deux premières manches de la saison, au Qatar et à Imola.
Pour la troisième manche en mai, aux Six Heures de Spa, les Peugeot se sont spectaculairement rapprochées des meilleures en performance pure. Mais la course s'est soldée par une décevante onzième place, en partie causée par une erreur de stratégie.
Et au Mans mercredi et jeudi, patatras ! Les qualifications ont laissé les deux 9X8 loin derrière la concurrence. Elles partiront en 9e ligne, 17e et 18e du peloton des 21 Hypercars, la catégorie reine qui vise la victoire.
Comme Vergne, Paul Di Resta, le pilote de la N.93, a beaucoup de mal à cacher sa frustration: «Nous avons la meilleure préparation que nous ayons jamais eue, mais nous ne sommes pas dans le coup, nous en sommes très loin, pour différentes raisons», souffle-t-il. Quelles raisons ? «Je pense que c'est une question que vous devez posez à un étage supérieur»... Suivez son regard.
Car selon Peugeot, le mal vient du règlement, qui handicape ses voitures. Le sujet, officiellement, est tabou. Pour rejoindre le championnat du monde dans la nouvelle catégorie des Hypercars créée en 2021, les équipes se sont engagées à ne jamais commenter la «BoP»', la «balance de performances», qui permet aux organisateurs de rééquilibrer les forces en présence en infligeant des handicaps (poids, puissance) aux prototypes les plus véloces.
Mais vendredi, les hommes de Peugeot avaient du mal à tenir leur langue. Pour Loïc Duval, pilote de la N.94, si les responsables du championnat ont à ce point handicapé la Peugeot, c'est qu'il y a une raison: «Ce qu'il en ressort apparemment, face aux données et aux informations qu'ils ont, c'est que la Peugeot est la meilleure voiture du plateau», assène-t-il.
Interrogé sur la différence de performance entre ses 9X8 et les favoris à Spa, puis au Mans, le directeur technique de Peugeot Sport Olivier Jansonnie hoche la tête: «C'est une question à laquelle je n'ai pas le droit de répondre, mais c'est assez évident, vous connaissez la réponse», dit-il, avant d'ajouter, désabusé: «Je crois qu'il est clair que ça n'a pas de sens pour Peugeot de venir au Mans sans être en position de gagner la course».
«Nous n'avons que deux options, poursuit Jansonnie, l'une, c'est qu'ils (les organisateurs) modifient radicalement la façon dont ils calculent la BoP au Mans, l'autre, ce serait que nous fassions une voiture totalement différente. C'est la seule voie, et nous sommes en discussions avec eux.»
Aucune décision n'a été prise à ce jour. La seule certitude, c'est que la marque n'a pas envie d'abandonner: «Sous réserve que nous soyons dans des conditions qui nous permettent d'être performants, on a tout à fait l'intention de continuer», assurait à Spa le directeur général de Peugeot Alain Favey.