Malgré tous ses succès, Marco Odermatt conserve une ambition sans bornes. En marge du vernissage de sa biographie «Meine Welt» (réd: Mon univers), le Nidwaldien évoque sa passion inébranlable, une rivalité particulière et son envie d'être toujours le plus rapide.
Marco Odermatt, votre biographie est parue mardi. Comment ce projet a-t-il vu le jour?
«Il est né d'une première idée, puis de nombreuses demandes. Avec mon manager Michael Schiendorfer, nous sommes arrivés à la conclusion que, puisqu'il y avait tant d'articles et de demandes, nous préférions prendre les choses en main et monter nous-mêmes un projet, avec des auteurs avec lesquels nous voulions travailler et auxquels nous pouvions vraiment apporter quelque chose. Je préfère cela à la publication de livres «random», comme cela s'est déjà produit.»
L'ouvrage contient également des extraits de votre «journal». Pourquoi écrivez-vous un tel journal, depuis quand et pourquoi continuez-vous à le faire?
«C'est un journal de course, pas un journal «intime» traditionnel. J'y note des remarques sur les courses auxquelles j'ai participé, peut-être le soir même, peut-être un, deux ou trois jours plus tard, selon le temps, l'énergie et l'envie que j'ai. J'ai commencé il y a environ quatre ou cinq ans, car nous retournons souvent au même endroit chaque année. Cela m'évite d'oublier l'état de la neige et le matériel que j'ai utilisé. Avec le temps, j'ai également commencé à y noter mes pensées et mes émotions. Mais la raison principale est que ces notes m'aident à retrouver, dès mon arrivée, les sensations de l'année précédente.»
La question que tout le monde se pose est également abordée dans le livre, pourquoi êtes-vous si rapide?
«C'est difficile à répondre, même pour moi. En ski, il faut assembler de nombreuses pièces du puzzle pour être rapide. Il est important que chaque pièce soit d'un très haut niveau. Mais je pense qu'il n'est pas nécessaire d'être le meilleur dans tous les domaines. Il y a certainement des athlètes qui skient mieux techniquement ou qui ont plus de force ou d'endurance que moi. En fin de compte, il faut amener les différentes pièces du puzzle au plus haut niveau possible, puis les assembler au bon moment. Je pense que j'y parviens souvent très bien.»
Vos parents Walter et Priska, ainsi que vos anciens entraîneurs, citent le plaisir de skier comme votre seule grande motivation. D'où vient ce plaisir?
«C'est la passion d'un petit garçon qui adore tout simplement skier. Le fait que le ski soit devenu mon métier a quelque peu changé les choses. Mais cette joie est toujours profondément ancrée en moi, je la ressens toujours.»
En raison des nombreuses obligations, la vie d'un skieur au top ressemble à celle d'un hamster dans sa roue. Comment parvenez-vous à conserver cette aisance permanente?
Calendrier 2025/26 de la Coupe du monde de ski alpin
Du 25 octobre 2025 au 25 mars 2026, l'élite mondiale du ski alpin disputera plus de 80 courses. Voici le calendrier complet de ces épreuves, réparties dans 13 pays.
«Mon entourage m'aide beaucoup, il me soutient et me procure sans cesse de nouvelles joies, qu'il s'agisse de mes amis, de ma famille ou de mon équipe. J'apprécie de voyager avec l'équipe et non avec une structure privée. Je suis toujours avec mes copains pendant les déplacements. Vivre tout ça ensemble rend simplement la vie beaucoup plus agréable.»
Qu'est-ce qui vous semble le plus difficile dans votre quotidien de skieur?
«Quand le moment sera venu et que je mettrai un terme à ma carrière, je suis sûr que je ne regretterai pas les valises à faire et à défaire sans cesse. Rentrer à la maison, faire la lessive, refaire ses valises et repartir... A un moment donné, j'en aurai assez de vivre avec une valise. Mais il est aussi possible que cela me manque assez rapidement.»
Avant de vous quitter au printemps 2024, Kurt Kothbauer, votre préparateur physique, qui est aussi un ami, vous a encouragé à trouver une nouvelle approche pour rester motivé après tous ces succès. L'avez-vous trouvée?
«Honnêtement, rien de vraiment nouveau dans ce sens. L'addiction ou plutôt le sentiment de gagner, la volonté d'être le plus rapide et le meilleur, d'avoir relevé le défi au mieux le jour J, cela me motive toujours suffisamment et me procure toujours beaucoup de joie. Je continue de considérer comme un privilège de pouvoir ressentir ces émotions particulières, que ce soit après une bonne course en solo ou avec l'équipe. Ces émotions continuent de me motiver.»
Beaucoup de vos compagnons de route soulignent votre soif d'apprendre et la rapidité avec laquelle vous mettez en pratique ce que vous avez appris. Savez-vous pourquoi vous assimilez les choses si vite?
«Non. C'est en voyant ce livre que j'ai vraiment pris conscience que les entraîneurs disaient tous cela de moi. S'ils le disent tous, c'est sans doute vrai, mais je n'en avais pas vraiment conscience.»
Aleksander Aamodt Kilde apparaît dans le livre au chapitre «Mes proches». Le Norvégien et vous entretenez une rivalité particulière, marquée par un respect mutuel, qui s'est transformée en amitié. Y a-t-il eu d'autres rivalités plus acharnées au cours de votre carrière?
«Je dirais que les rivalités sont généralement plus fortes dans les disciplines techniques que dans les disciplines de vitesse. Peut-être sommes-nous plus proches dans les disciplines de vitesse, car nous passons forcément plus de temps ensemble. Lors d'une semaine de descente, nous sommes cinq ou six jours au même endroit et nous nous entraînons sur la même piste. Et nous partageons les mêmes risques dans ces disciplines. Sans doute que le respect mutuel grandit plus vite dès le départ.»