Beat Feuz

Beat Feuz : "Ce jour-là, il sera temps d'arrêter"

ber, ats

8.12.2020 - 10:17

La pandémie de coronavirus n'a pas d'impact sur Beat Feuz, dont l'expérience est un atout majeur en ce début d'hiver pas comme les autres. «Je ne perds que très rarement mon sang-froid», explique le Bernois de 33 ans, vainqueur des trois derniers Globes de descente.

Beat Feuz a remporté les trois derniers Globes de descente.
Keystone

Beat Feuz, vous faites partie des skieurs les plus détendus du Cirque blanc. Qu'est-ce qui pourrait bien venir vous perturber ?

«C'est difficile à dire. Je peux être contrarié lorsque les choses ne se déroulent pas comme je l'imaginais, lorsque je ne peux pas mettre en œuvre le programme que je prévoyais. Mais je ne perds que très rarement mon sang-froid.»

Votre tranquillité vous est extrêmement profitable. La situation actuelle doit tout de même mettre votre sérénité à rude épreuve...

«La situation est surtout particulière parce que nous ne savons pas de quoi notre hiver sera fait. Nous devons essayer de tirer le meilleur parti de cette situation spéciale, et nous ne pouvons qu'espérer que les courses auront lieu.»

Avez-vous dû faire des ajustements concernant l'entraînement ? Et est-il possible de faire une véritable planification dans cette situation ?

«L'automne fut assez compliqué. Il n'y a quasiment pas eu de chutes de neige, ce qui a compliqué notre tâche à l'entraînement. Et il a fallu s'adapter pour organiser les séances d'entraînement, avec des groupes plus petits. Chacun de nous a ainsi passé beaucoup de temps seul.»

Vous vous êtes essentiellement entraînés à Zermatt et à Saas-Fee. Mais vous vous êtes aussi retrouvés sur le versant sud du Cervin, dans le Val d'Aoste, où vous avez retrouvé votre compère Dominik Paris. Quelle impression vous a-t-il laissé après sa grave blessure au genou ?

«Nous avons passé une journée ensemble à Cervinia, et nous nous sommes également entraînés ensemble. Son genou a l'air très bien. Je pense qu'il est prêt à en découdre en compétition.»

Les courses seront forcément spéciales. Il n'y aura notamment aucun spectateur à Wengen et à Kitzbühel. Parvenez-vous à vous habituer à cela en tant qu'athlète ?

«Nous sommes des compétiteurs avant tout, et notre objectif reste le même, en l'absence de public également. Nous devons nous y préparer, surtout à Wengen ou à Kitzbühel où les spectateurs vivent véritablement les courses. Mais d'une certaine manière, ces conditions ne sont pas nouvelles. Les courses en Amérique du Nord se déroulent année après année pratiquement à huis clos».

 Dominik Paris revient de blessure, alors que Thomas Dressen est au repos forcé pour de longs moins après une opération à la hanche. De votre côté, vous n'avez pas connu de souci à votre genou gauche meurtri depuis sept ans...

«Tout est sous contrôle concernant mon genou gauche depuis 6-7 ans, parce que je lui apporte toute l'attention nécessaire. Et lorsque tout ne fonctionne pas comme prévu, je n'hésite jamais à réduire la dose d'entraînement».

Cela signifie-t-il que vous vous entraînez moins que vos équipiers ?

«Mes journées d'entraînement ne sont pas moins intensives. Seul le nombre de jours d'entraînement en été et en automne est plus faible chez moi que chez les autres. Et cela ne changera certainement pas.»

Votre constance fut l'un de vos principaux atouts au cours des trois précédentes saisons. Qu'est-ce qu'il faut pour figurer parmi les meilleurs sur chaque piste ?

«Si je le savais, cela ne ferait pas seulement trois ans que je serais tout devant (rires). Plus sérieusement, mon expérience est certainement précieuse pour connaître au mieux les parcours. Avoir la certitude que vous connaissez une pente, que les résultats des années précédentes étaient bons, cela facilite les choses. La routine aide également à d'autres égards, par exemple pour gérer son énergie : il s'agit de dépenser le moins d'énergie possible en dehors de l'entraînement et des courses. C'est comme ça que l'on arrive à être prêt lorsque les choses deviennent sérieuses.»

Vous aurez aussi besoin de vos capacités d'adaptation lors des Mondiaux de Cortina d'Ampezzo, où pratiquement tous les coureurs découvriront la piste.

«Cette piste constitue une nouveauté pour quasiment tout le monde, à l'exception bien sûr des Italiens. J'aurais aimé pouvoir découvrir ce tracé avant les Mondiaux dans des conditions de course. C'était malheureusement impossible en raison de l'annulation des dernières finales de la Coupe du monde.»

Vos capacités d'adaptation ne constituent-elles pas un réel avantage sur une piste que pratiquement tous vos rivaux vont découvrir ?

«C'est difficile à dire. Je ne pourrai en juger que lorsque j'aurai vu la piste ou que j'y aurai skié. Il y a des pistes où je me suis tout de suite senti à l'aise, et d'autres où il m'a fallu cinq ans pour m'habituer aux caractéristiques et aux conditions.»

Dans quelle mesure le succès influencera-t-il la suite de votre carrière ?

«Ce qui compte avant tout, c'est le plaisir de skier. Le jour où le succès ne m'apportera plus de joie, il sera temps d'arrêter. Mais le succès contribue aussi à entretenir la flamme. Si je termine aux alentours de la 30e place durant tout un hiver, je ne pense pas que le plaisir sera au rendez-vous au moment de reprendre l'entraînement l'été suivant.»

Retour à la page d'accueilRetour au sport

ber, ats