Commentaire «Downhill Skiers», bêtes de course ou courses de bêtes ?

Clara Francey

4.11.2025

Depuis une dizaine de jours, le Cirque blanc a posé son chapiteau dans les salles de cinéma avec la sortie de «Downhill Skiers», un documentaire signé Gerald Salmina consacré à la discipline reine, la descente. Si Marco Odermatt et ses coéquipiers suisses y ont la part belle, le sensationnel également. Un peu trop peut-être.

Clara Francey

Dix ans après «Streif - One Hell of a Ride», le réalisateur autrichien Gerald Salmina revient cet automne avec un nouveau documentaire sur le ski alpin après avoir suivi pendant la saison 2024/25 les plus grandes stars de la vitesse, de Marco Odermatt à Vincent Kriechmayr, en passant par les convalescents Cyprien Sarrazin et Aleksander Aamodt Kilde, ou encore le vétéran Dominik Paris.

Sorti le 22 octobre dans les cinémas suisses romands, «Downhill Skiers - Ain't no Mountain Steep Enough» dévoile les coulisses de la discipline reine où chaque centième se gagne au prix du risque.

Une claque visuelle

Visuellement, le documentaire de 126 minutes impressionne. Grâce notamment aux plans en caméra embarquée réalisés avec la complicité de l'ancien descendeur suisse Gilles Roulin, qui a joué les doublures de Marco Odermatt & Co sur des pistes mythiques comme le Lauberhorn et la Streif, le spectateur ressent pleinement la vitesse et la brutalité de la descente.

Le public est également amené à vivre de l'intérieur les plus grandes joies de la saison, à l'image de la première victoire en Coupe du monde du Valaisan Justin Murisier à Beaver Creek, à 32 ans, après quatorze années au plus haut niveau.

Le film met aussi en avant les belles valeurs qui font le ski alpin, et particulièrement les disciplines de vitesse : le respect mutuel entre les coureurs et leur complicité malgré la rivalité, que l'on comprend renforcés par les dangers du métier. La résilience des athlètes, incarnée par Kilde et Sarrazin, est magnifiquement mise en lumière. En obtenant le temps et la confiance des cadors de la vitesse, Gerald Salmina a réussi un joli tour de force. Mais on aurait aimé en découvrir davantage sur les athlètes et leurs sentiments profonds. Que ressentent-ils vraiment avant de s'élancer ? Peut-on seulement comprendre sans l'avoir vécu ?

«Trash» superflu

De plus, si la plongée dans les entrailles de la descente et l'intimité de ses stars, dans leur préparation estivale ou encore leur chambre d'hôtel, convainc, celle, littérale, dans le mollet sévèrement lacéré d'Aleksander Aamodt Kilde n'était pas indispensable. Les âmes sensibles n'ont pas le temps de s'abstenir. La séquence ajoute au documentaire un «trash» superflu alors que l'enchaînement de chutes, particulièrement nombreuses l'hiver dernier, suffit déjà à éprouver le public.

Bien que la sécurité soit un sujet qu'il convient plus que jamais d'aborder, l'oeuvre de Gerald Salmina accorde trop de place aux crashes sans que les moyens de les limiter ne soient véritablement explorés. Les spécialistes de vitesse, eux, acceptent un risque qu'ils savent inévitable, à condition qu'il soit encadré (pistes correctement préparées et sécurisées, dispositifs adaptés...) et travaillent dur à l'entraînement afin de le réduire au maximum.

Cible floue

Pas sûr que la surenchère de brutalité ne serve leur cause, ni les intentions du réalisateur, telles que décrites sur le site du film : «Si, à la fin, les spectateurs quittent la salle de cinéma avec le sourire aux lèvres et convaincus qu'il vaut la peine de se battre pour atteindre ses objectifs et de vivre ses rêves intensément, alors le film aura transmis le bon message et mon équipe et moi-même pourrons être satisfaits.»

Enfin, il est difficile de comprendre à qui s'adresse véritablement le film. Le diagnostic formulé par le journaliste Lionel Pittet dans «Le Temps» ne résume que trop bien le paradoxe de ce documentaire : «Downhill Skiers» «part de trop loin» pour le grand public et «ne va pas assez loin» pour les connaisseurs du Cirque blanc. Puissant, mais déséquilibré, le film aurait peut-être gagné à troquer un peu de frisson contre plus d'éclairages.

«Downhill Skiers» au blue Cinema

Dates et horaires

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