Beat Feuz sur la Streif «Cet accident m’a servi de preuve que j'avais fait une bêtise»

ATS

21.1.2026 - 12:16

Beat Feuz s'est imposé trois fois en descente à Kitzbühel. Le Bernois a été le mentor de Marco Odermatt et l’analyse aujourd’hui sur SRF en tant que consultant. Interview.

Beat Feuz s’est confié avec les courses à Kitzbühel, où il a dompté la Streif à trois reprises.
Beat Feuz s’est confié avec les courses à Kitzbühel, où il a dompté la Streif à trois reprises.
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Il y a neuf ans à Kitzbühel, vous étiez le patron. Vous dominiez outrageusement quand, dans la Traverse, vous avez laissé filer votre première victoire sur la Streif à cause d'une erreur. Que vous est-il passé par la tête en fonçant à toute vitesse vers les filets?

«Pas grand-chose. Tu essaies juste de te rattraper pour ne pas finir dans les filets. Quand tu vois que c’est foutu, tu tentes d’y aller de façon à ce que ça fasse le moins mal possible.»

Vous vous en êtes sorti sans blessure grave. Est-ce que ce crash vous a poursuivi les années suivantes au moment du départ?

«Non. Cet accident m’a surtout servi de preuve que j'avais fait une bêtise. Je voulais dominer la course, ne pas me contenter d’une bonne perf, mais écraser la concurrence. Sur la Streif, c’est une erreur.»

Quatre ans plus tard et après quatre deuxièmes places, vous avez enfin décroché votre premier chamois d'or. Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour libérer tout votre potentiel sur la Streif?

«J’ai exprimé mon potentiel dès les quatre premières fois, mais il y avait toujours quelqu’un de plus rapide. La 2e place de 2018 m’a vraiment agacé, quand Thomas Dressen m’a devancé sur le fil. Il avait le soleil, pas moi. Mais on passe au-dessus. A l’époque, cela ne voulait tout simplement pas.»

Vous êtes souvent arrivé à Kitzbühel en favori, sans parvenir à l’emporter pendant longtemps. Comment avez-vous géré ça?

«Bien sûr qu'on veut gagner à Kitzbühel, surtout quand on s'est déjà imposé ailleurs. Mais sur la Streif, tout doit parfaitement s'aligner.»

Qu’est-ce qui distingue Kitzbühel des autres pistes de Coupe du monde comme Wengen ou Bormio? Pourquoi est-ce si dur d’y gagner?

«Déjà le mythe. C’est la plus grande course, la plus médiatisée: les nombreux spectateurs, les fêtes à gauche et à droite, l'ambiance people avec les célébrités partout. Et puis la piste en elle-même. Les 30 premières secondes sont parmi les plus dures du circuit, les 20 dernières aussi.»

«Marco sait ce qu’il faut faire pour performer sur chaque piste»

Beat Feuz

sur Marco Odermatt

Marco Odermatt semble taillé pour la Streif. Comme vous à l’époque, il domine la descente. Pourquoi n’a-t-il pas encore gagné à Kitzbühel?

«Parce qu’il n’a jamais eu 100% des éléments qui se sont parfaitement alignés.»

En 2023, il a trop forcé dans le Steilhang. En 2024, Cyprien Sarrazin a pris davantage de risques. L’an dernier, il avait gagné le Super-G le vendredi et avait admis avoir manqué de fraîcheur le samedi.

«Le vendredi à Kitzbühel, c’est une longue journée, je le sais d’expérience. Après une victoire, la concentration et la tension peuvent baisser. Même Marco est touché par ça.»

Qui peut menacer Odermatt sur la Streif?

«Franjo von Allmen a montré à Wengen qu'il était presque aussi rapide qu'Odi, s'il ne commet pas d'erreur. Franjo est simplement un peu moins constant. Je vois aussi Vincent Kriechmayr. Et puis il y a les autres Suisses comme Alexis Monney ou Stefan Rogentin, qui peuvent être plus rapides. Mais pour cela, il faudrait qu'ils soient dans un très bon jour.»

Odermatt a déjà été deux fois 2e en descente à Kitzbühel. En 2022, vous l’aviez battu sous le soleil. Vous souvenez-vous de ce que vous lui aviez dit?

«Non. On avait eu un beau duel, avec une grosse avance sur le troisième (réd: Daniel Hemetsberger). Marco s’était réjoui pour moi, j’avais applaudi pour lui. Il n’était pas mécontent de sa 2e place.»

Vous avez été son mentor durant votre carrière, lui donnant des conseils lors des reconnaissances. Comment ça a commencé?

«Cela s'est fait comme ça. A l'époque, il a rejoint l'équipe dans laquelle j'étais. Il s'est intégré, on a discuté ensemble. Et puis, à un moment donné, on s'est rendu compte que ces échanges nous faisaient du bien, à lui comme à moi. La veille au soir, on s'était mis d'accord pour sortir de l'hôtel en même temps et prendre la cabine ensemble.»

Comment expliquez-vous le développement fulgurant d’Odermatt dans une discipline où l’expérience devrait primer sur le talent?

«Maintenant, il a énormément d’expérience. Et il n’est pas arrivé en descente en gagnant dès son deuxième départ.»

Mais il a progressé plus vite que les autres.

«C’est vrai. Lors du premier entraînement, il n’était pas encore très rapide. Mais au deuxième, il appliquait déjà les conseils et était nettement plus à l’aise. Ca m'a aussi aidé. Malgré son manque d’expérience en descente, il avait déjà de bonnes idées. Il voyait les choses avec un regard jeune, sans préjugés sur certaines sections, sans connaître encore ses limites.»

Qu’est-ce qui caractérise Odermatt en descente?

«Il sait qu’il est actuellement le plus rapide. Et il sait ce qu’il faut faire pour performer sur chaque piste. La tête compte énormément dans le succès.»

Odermatt est champion olympique de géant, triple champion du monde, quadruple vainqueur du général. A 28 ans, il est encore jeune, à quel point est-il important d’avoir des objectifs comme une victoire à Kitzbühel en descente?

«Ca facilite la motivation. Avoir de tels objectifs est crucial. Ça vous pousse, même en pleine saison.»

Quel conseil lui donneriez-vous pour samedi, vous qui avez gagné trois fois à Kitzbühel et qui avez dû attendre vos 34 ans pour votre premier chamois?

«Faire ce dont il est capable. Ni plus, ni moins. Quand il exprime son vrai potentiel, peu de gens ont une chance.»

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