Jasmine Flury a disputé sa dernière course en février 2024 et s'apprête à faire son retour en Coupe du monde à St-Moritz. La Grisonne de 32 ans revient sur une période difficile, mais aussi riche en enseignements.
La question de savoir si tous ces efforts en valait la peine, Flury se l'est posée plus d'une fois pendant ces mois de pause forcée. Surtout les jours où la spécialiste de vitesse ne voyait aucun progrès en rééducation et était constamment en proie à des douleurs. Elle se demandait non seulement si son genou lui permettrait de reprendre les compétitions de ski, mais aussi si son mental suivrait. Si elle pourrait un jour oser à nouveau prendre les risques nécessaires.
«Il n'y a pas si longtemps, j'ai pu répondre par l'affirmative à ces questions», déclare Flury lors de la rencontre avec les médias mercredi. Certes, elle a été légèrement retardée par une grippe lors de la préparation au coup d'envoi de la saison de vitesse à St-Moritz, mais elle semble néanmoins concentrée et déterminée. Le premier entraînement de descente a été «brutal», mais aussi très agréable. Il lui a rappelé pourquoi elle n'a pas abandonné malgré tous les revers rencontrés lors de sa préparation: «Parce que le ski est ce que j'aime le plus faire.»
Du travail pour augmenter le «volume des jambes»
En même temps, la championne du monde de descente de 2023 s'efforce de contenir ses attentes. Ce n'est plus comme avant sa blessure et elle n'est pas encore là où elle aimerait être. A la question de ce qui lui manque, Flury répond sa «petite jambe», qui pourrait volontiers devenir encore un peu plus grosse. «J'ai mis beaucoup de temps à me muscler et cela va encore durer un certain temps». Ce n'est pas qu'il lui manque la force nécessaire pour skier, mais que le volume n'est pas encore tout à fait revenu. En conséquence, une préparation minutieuse est importante: «J'ai l'impression de passer toute la journée à m'échauffer.»
Outre les muscles, le sport de haut niveau se passe aussi dans la tête, et là aussi, Flury estime qu'il y a encore du potentiel: «Pour l'instant, il me faut encore beaucoup d'énergie pour surmonter les difficultés». L'important est de retrouver la confiance pas à pas. C'est pourquoi elle veut essayer de faire abstraction de l'attention suscitée par son retour et de se concentrer uniquement sur ses performances. Ce n'est pas une tâche facile lors de la course à domicile, où beaucoup de ses proches seront présents et où elle sera sous les feux des projecteurs médiatiques. «Ce sera très spécial», prédit Flury, «je dois maîtriser mes émotions.»
Une mise en place «soignée»
Beat Tschuor, l'entraîneur en chef des skieuses suisses, appelle lui aussi à patienter. Le retour après une grave blessure est un processus qui prend du temps. Flury ne peut pas passer tout de suite de zéro à cent. «Elle a besoin de beaucoup de confiance et de calme», explique Tschuor. L'équipe d'entraîneurs a donc organisé son retour «avec soin». «Cela va définitivement dans la bonne direction chez elle»
Après la préparation intensive de l'été, les choses sérieuses vont s'enchaîner. Vendredi, la première des deux descentes aura lieu à St-Moritz. Avec le super-G de dimanche, trois courses sont au programme. Il s'agit donc d'économiser ses forces.
Huit ans après son premier succès
Flury a de bons souvenirs de la piste de Corviglia. En décembre 2017, elle y a fêté son premier podium en Coupe du monde en remportant le super-G. Sa carrière a ensuite connu des hauts et des bas, mais entre 2022 et 2024, elle a obtenu trois autres podiums en Coupe du monde ainsi qu'un titre sensationnel aux Championnats du monde à Méribel (tous en descente). La terrible blessure au cartilage est survenue juste au moment où elle commençait à s'établir parmi l'élite mondiale.
Mais Flury ne veut pas se plaindre: «Le succès, c'est bien, mais on apprend bien plus des moments où tout ne va pas bien». Pendant sa pause, elle a découvert de nouvelles facettes d'elle-même. Alors qu'auparavant, elle considérait la douleur comme un signe pour lever le pied, elle a dû apprendre, pendant la rééducation, à «aller au-delà de la douleur». Il y a eu des jours où elle était proche du désespoir. «Et puis, tout d'un coup, ça s'est amélioré. Je devais simplement m'accrocher, vivre le moment présent». Elle a emporté ce mantra avec elle, qui devrait la porter, dans le meilleur des cas, jusqu'aux Jeux olympiques de Cortina en février déjà.