Kitzbühel Odermatt : «Cette année, je laisse moins de place aux émotions»

par Pascal Vogel, Kitzbühel

23.1.2026 - 17:17

Tout le monde sait que la descente de Kitzbühel est le grand objectif de la saison de Marco Odermatt. Il ne s'est donc pas ému outre mesure de son succès vendredi lors du super-G, pendant que son jeune coéquipier bernois Franjo von Allmen, passé à trois centièmes de la victoire, laissait parler ses émotions.

Keystone-SDA, par Pascal Vogel, Kitzbühel

Juste après avoir franchi la ligne d'arrivée au pied de la Streif, Marco Odermatt image avec ses doigts l'infime écart au chrono, puis désigne celui qu'il vient de battre pour trois centièmes: Franjo von Allmen. Dans la «leader box», le bolide de Boltigen fulmine.

La frustration du Bernois de 24 ans ne s'est pas encore dissipée lorsqu'il répond aux questions des journalistes dans l'aire d'arrivée. «C'est rageant, je suis déçu», lâche le deuxième de la course, avant d'ajouter, avec un sourire: «Mais c'est mon premier podium ici à Kitzbühel, le premier Chamois que je peux ramener à la maison».

La performance de Von Allmen est en réalité remarquable, puisqu'il reconnaît avoir été prudent et ne pas avoir skié «à la limite», contrairement au style qui le caractérise. Le champion du monde de descente a volontairement conservé une marge de sécurité.

«Ca commence à m'agacer de commettre toujours des erreurs qui me font reculer au classement», dit-il pour expliquer ce changement d'approche. Lors de la descente de Wengen la semaine dernière, une faute dans le Kernen-S lui a effectivement coûté une place sur le podium, voire même la victoire.

Odermatt garde son calme

Comme l'an dernier, le Chamois d'or du super-G est donc revenu à Marco Odermatt. La course a été à nouveau serrée – il s'était imposé avec 0''11 d'avance sur l'Autrichien Raphael Haaser en 2025 -, mais les centièmes étaient encore une fois du côté du Nidwaldien.

«Ce n'était pas une manche parfaite», analyse «Odi», qui estime avoir très bien démarré, mais n'avoir pas parfaitement négocié le Lärchenschuss ni la Hausbergkante. «Heureusement, je n'ai pas perdu mes nerfs et j'ai pu gagner suffisamment de vitesse pour sauver trois centièmes sur la ligne.»

Marco Odermatt remporte le super-G de Kitzbühel

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23.01.2026

Ce nouveau succès sous le soleil du Tyrol est le 53e du patron du Cirque blanc en Coupe du monde, son 99e podium. Il pourrait atteindre le cap symbolique des 100 podiums dès samedi, idéalement avec cette victoire tant attendue en descente. L'an passé, Odermatt était clairement passé à côté.

«Il y a un an, j'avais réalisé un rêve en gagnant le super-G: j'étais vainqueur à Kitzbühel», explique-t-il pour justifier son manque de rythme ressenti le lendemain en descente. Les obligations qui suivent un succès sur le site le plus prestigieux du circuit sont énormes et énergivores. Mais comme sur les skis, le champion apprend vite.

«Cette année, je gère cette victoire avec plus de retenue, je laisse moins de place aux émotions. C'est nécessaire pour ne pas perdre autant d'énergie que l'an dernier», assure-t-il, pleinement concentré sur la course qu'il veut absolument gagner.

Sur les traces de Cuche

Samedi, Marco Odermatt pourrait imiter son idole d'enfance Didier Cuche, le dernier à avoir accompli l'exploit de remporter le super-G et la descente de la Streif en l'espace de 24 heures. Plusieurs concurrents veulent l'en empêcher, notamment l'Italien Giovanni Franzoni, relégué au 12e rang vendredi. Et qui sait, peut-être que Franjo von Allmen inversera la tendance en descente et aura les centièmes de son côté dans la discipline reine.

En revanche, ce n'est sûrement pas un rhume qui risque d'affaiblir Odermatt. Alors qu'Alexis Monney a skié malade vendredi, le chef de file de Swiss-Ski est en parfaite santé. «J'ai été malade au Chili, aux Etats-Unis et à Livigno. J'ai donc eu la grippe sud-américaine, nord-américaine et européenne, et suffisamment d'anticorps», s'amuse le Nidwaldien. De bien mauvaises nouvelles pour la concurrence.