Marco Odermatt

Marco Odermatt : «La victoire de Kriechmayr, c’est le pire scénario»

Nicolas Larchevêque, à Wengen.

15.1.2022

Beat Feuz et Marco Odermatt ont une nouvelle fois sorti le grand jeu sur le Lauberhorn samedi en prenant respectivement la 2e et 4e place de la deuxième descente. Une course qui a été remportée par le controversé Vincent Kriechmayr. Réactions.

Vincent Kriechmayr (au centre) a remporté la descente du Lauberhorn devant Beat Feuz et Dominik Paris.
Keystone

Nicolas Larchevêque, à Wengen.

15.1.2022

Les courses de vitesse du Lauberhorn ont pris fin samedi après une semaine chargée avec deux entraînements, un Super-G et deux descentes. Un programme qui a mis le corps des athlètes à rude épreuve. «Aujourd’hui était, je pense pour 90 % des athlètes, l’extrême limite. Cinq jours sur le Lauberhorn, cinq jours de course... C’était déjà l’extrême limite et tout le monde a dû combattre aujourd’hui», a ainsi reconnu Beat Feuz, qui était malgré tout «vraiment très content» de sa 2e place.

Pour le roi de Wengen, un tel enchaînement ne doit pas devenir une habitude. «Je ne veux pas faire ça chaque semaine, c’est définitif (rires). Sur le Lauberhorn cette année, c'était bizarre. Nous sommes venus tôt pour les courses, pour tant de courses. Mais c’est sûr que pour le corps et l’esprit c’était la limite.»



Même son de cloche chez son compatriote Marco Odermatt, qui a brillé pour sa première participation dans la station bernoise avec une victoire en Super-G, un 2e rang vendredi et une 4e place samedi. «Je suis très très fatigué. Hier (vendredi) a été une très longue journée, et la tension de ce matin a amené du bon. C’est vrai que les jambes étaient aujourd’hui très vite fatiguées», a expliqué le Nidwaldien. Cela ne l’empêchera toutefois pas de se rendre à Kitzbühel le week-end prochain, où deux descentes l’attendent.

Si les résultats helvétiques durant ces trois jours ont parfaitement répondu aux attentes, la fête a quelque peu été gâchée par le cas de Vincent Kriechmayr. L’Autrichien, qui n’avait pas pu prendre part aux entraînements en raison d’un test positif au Covid-19, avait finalement été autorisé à s’aligner après «un départ» fictif, organisé exceptionnellement vendredi matin par la Fédération Internationale de Ski. Son succès de samedi n’a donc pas arrangé les choses et a relancé le débat autour de sa participation.



«C’est le pire scénario qui s’est déroulé avec la victoire de Kriechmayr», a ainsi lâché Odermatt devant la presse. «Avec Beat 2e et moi 4e, normal qu’il y ait des discussions. Cela aurait moins été le cas s’il avait fini 10e. Mais au final, il ne l’a pas volé, il n’a pas triché. Il a skié et sa victoire est méritée, même s’il avait un peu plus de fraîcheur dans les dernières secondes. Cela a aussi été plus facile qu’il soit aligné parce qu’il est champion du monde et pas trentième mondial.»

Feuz : «Sa victoire n'a absolument aucun arrière-goût pourri»

La performance du skieur de la Wunderteam a par conséquent privé Beat Feuz d’un quatrième succès historique (après 2012, 2018 et 2020) à Wengen, synonyme de record. Pas de quoi créer, néanmoins, de la frustration chez le descendeur de l’Emmental, grand seigneur à l’issue de la course.

«Il y a deux aspects. Kriechmayr a clairement montré qu'il avait plus de force que nous autres aujourd'hui. Mais en même temps, il faut dire qu'il n'y a pas cinq athlètes qui sont prêts, dans leur tête et dans leur corps, à faire leur course comme ça, de haut en bas, sans entraînement préalable. Sa victoire n'a absolument aucun arrière-goût pourri», a ainsi réagi Feuz.

Kriechmayr : «Feuz peut aussi gagner à Kitzbühel sans entraînement»

Le principal intéressé a également tenu à s’expliquer devant la presse après sa dixième victoire en Coupe du monde, sa deuxième à Wengen après 2019. «Feuz et Paris peuvent aussi gagner à Kitzbühel sans entraînement», a alors estimé Kriechmayr. «J’aurais bien voulu participer aux entraînements pour analyser les passages, mais je n’aurais pas penser m’imposer. J’ai essayé d’arriver avec la bonne mentalité, à 100%.»



Malgré sa position délicate, le skieur de 30 ans a apprécié que le public lui réserve un accueil chaleureux. «J’ai trouvé que l’atmosphère dans l’aire d’arrivée était fair-play. Je comprends les discussions autour de ma personne, mais ce n’est pas moi qui ai décidé si je pouvais m’aligner aujourd’hui. Beat, Odi, Dominik (Paris), mes coéquipiers m’ont dit que c’était bien que j’aie eu la chance de pouvoir m’aligner. C’est important leur avis. Après je n’écoute pas trop les bruits», a-t-il ajouté.

Traitement de faveur ou non, participation légitime ou pas, Vincent Kriechmayr a avant tout répondu sur la piste et a prouvé qu’il était toujours l’un des grands du Cirque blanc. Suffisant pour éteindre la controverse ?