Après un début de saison consacré aux techniciens, place à la vitesse. Avant le traditionnel rendez-vous de Beaver Creek, la Coupe du monde de ski alpin fait halte en cette fin de semaine et pour la première fois depuis 24 ans à Copper Mountain, où un super-G ouvrira le bal de la vitesse. Le Valais y sera représenté par deux combattants : Arnaud Boisset et Justin Murisier.
Calendrier 2025/26 de la Coupe du monde de ski alpin
Du 25 octobre 2025 au 25 mars 2026, l'élite mondiale du ski alpin disputera plus de 80 courses. Voici le calendrier complet de ces épreuves, réparties dans 13 pays.
Ce jeudi 27 novembre, les spécialistes de vitesse valaisans Justin Murisier et Arnaud Boisset lancent leur hiver dans la station coloradienne de Copper Mountain. Après le premier super-G de la saison, les deux hommes prendront la direction de Beaver Creek, à une petite heure de route de Copper, où ne les attendent désormais plus qu'un super-G et une seule descente sur la «Birds of Prey». L'an passé, leurs destins y avaient divergé : l'un y avait célébré sa première et unique victoire en Coupe du monde, l'autre avait frôlé le pire, victime d'une terrible chute dont il combat encore les séquelles psychologiques.
Panser les blessures invisibles
«C'est une bonne chose pour moi que la saison ne recommence pas à Beaver, ça n'aurait pas été forcément facile psychologiquement», admet Arnaud Boisset. Après avoir prématurément mis un terme à un hiver 2024/25 marqué par trop de chutes, le Martignerain de 27 ans a pris le temps de panser ses blessures mentales.
«Durant l'intersaison, j'ai fait beaucoup de nouvelles choses que je ne faisais pas avant. J'ai notamment suivi plusieurs thérapies : une vraiment cognitive, pour retrouver les réflexes et travailler la gymnastique oculaire, et une autre plus psychologique, liée aux émotions. A ce niveau, il y a encore des petits blocages dans ma tête au-dessus desquels il faut que je passe avant d'être au départ d'une course», nous confiait-il début octobre en marge de la journée de remise du matériel de Swiss-Ski.
Un corps cabossé, une envie intacte
Si les cicatrices d'Arnaud Boisset sont invisibles, celles de Justin Murisier, elles, le sont bien. Au printemps, le Bagnard en a même «gagné» deux de plus. «J'ai eu beaucoup d'opérations du genou et c'était prévu que je me fasse opérer en avril pour régler deux-trois petits problèmes qui m'ont vraiment gêné pendant la saison. Et quelques semaines plus tard, alors que je m'étais déjà fait opérer du dos en 2022, les douleurs sont revenues et c'est rapidement devenu insupportable. J'ai donc malheureusement dû repasser une fois de plus sur la table d'opération», explique le skieur de Coupe du monde de 33 ans.
Malgré ces nouveaux coups du sort, Justin Murisier refuse toutefois de revoir ses ambitions à la baisse. «L'année passée, j'avais aussi subi une opération du genou et finalement ça ne m'avait pas empêché de gagner la première course de la saison, donc il n'y a pas de raison que ce soit différent cette année. Il faut simplement que je retrouve cette force nécessaire dans le genou. Pour le reste, je ne me fais pas trop de soucis pour mes performances», assure-t-il.
Du souci, ce sont surtout les autres qui aiment à s'en faire pour lui. Mais pour Justin Murisier, il n'a jamais été question d'arrêter. Ce corps qui le fait parfois souffrir est surtout devenu la preuve de sa résilience, un compagnon cabossé avec lequel il a appris à composer. «Chacun a son avis sur ce que je devrais faire ou ne plus faire, mais pour moi ça a toujours fait sens de continuer à me battre. Ma victoire à Beaver Creek l'a prouvé. J'ai 33 ans, je ne suis pas non plus vieux pour mon sport et je pense que j'ai encore de belles choses à réaliser en vitesse», défend le Valaisan.
«Retrouver le Arnaud d'avant»
De son côté, s'il se sent aujourd'hui «physiquement vraiment bien» et dit «avoir beaucoup appris sur lui-même et certainement gagné en maturité au fil de ces expériences négatives», Arnaud Boisset se montre néanmoins prudent à l'aube de cette nouvelle saison, sa troisième seulement au plus haut niveau, conscient que la confiance doit encore s'exprimer en course. Preuve que ses émotions restent à fleur de peau : le visionnage du documentaire «Downhill Skiers» au Festival du film de Zurich (ZFF) l'a chamboulé, comme il l'a confié à nos confrères du «Nouvelliste».
C'est pourquoi il ne s'est pas fixé d'objectifs chiffrés pour la saison à venir. «En premier lieu, je veux retrouver le mindset du Arnaud d'avant, celui qui était prêt à tout risquer. A l'époque de mon premier podium en Coupe du monde (ndlr : en mars 2024 à Saalbach), j'étais dans le flow, je ne me posais pas trop de questions. Si j'arrive à retrouver ça, tout va suivre j'en suis certain», soutient le spécialiste de vitesse valaisan aux 18 départs de Coupe du monde.
Justin Murisier non plus ne s'encombre pas d'objectifs chiffrés. «Jamais dans ma carrière je ne me suis fixé des objectifs très précis parce qu'un succès à Beaver Creek ou à Kranska Gora, ça reste un succès en Coupe du monde. Je n'ai pas, disons, le luxe de pouvoir décider où j'aimerais gagner. J'aimerais gagner partout (rires), donc c'est assez facile. Je veux performer partout au mieux que je peux. Bien sûr, qu'on a un petit oeil sur les JO, mais pour y aller, il faut performer dès le début de l'hiver.»
Après les doutes, place à la réalité du terrain, dès ce jeudi, sur les pentes américaines.
La Suisse a un problème de riche
- Aux Etats-Unis, Arnaud Boisset ne renouera pas avec la discipline reine. Le Valaisan paie le prix d'une équipe de Suisse plus compétitive que jamais, avec huit athlètes parmi les trente meilleurs du monde. Mais pas de quoi affoler pour autant le Martignerain. «Le retour sur les skis a été plus facile en super-G, parce que pour moi c'est plus instinctif et que ça fonctionne aussi très bien avec mon matériel. En descente, il reste encore un petit peu de chemin, mais je crois qu'il faut que je construise bien ma confiance en super-G pour pouvoir performer ensuite en descente. Ça a toujours été comme ça dans ma carrière», glisse-t-il.