Heinz Günthardt «Contre Björn Borg, le bruit des avions était insupportable»

par Marcel Hauck

1.9.2025 - 09:28

Heinz Günthardt est le premier Suisse à avoir atteint l'élite mondiale dans les années 1970. Dans une interview accordée à Keystone-ATS, le capitaine de l'équipe de Suisse de Billie Jean King Cup parle de son expérience particulière à l'US Open, ainsi que du tennis d'hier et d'aujourd'hui.

Heinz Günthardt a partagé ses souvenirs de l’US Open dans un entretien accordé à Keystone-ATS.
Heinz Günthardt a partagé ses souvenirs de l’US Open dans un entretien accordé à Keystone-ATS.
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Keystone-SDA, par Marcel Hauck

Heinz Günthardt, vous avez joué contre Björn Borg au 2e tour en 1978, lorsque l'US Open s'est déroulé pour la première fois à Flushing Meadows. Quels souvenirs en gardez-vous?

«Les dates ne m'intéressent pas vraiment, mais je me souviens du match contre Björn Borg. Surtout qu'il y avait un trafic aérien extrêmement important. C'était un match de nuit et un avion arrivait toutes les 40 secondes environ, juste au-dessus du Center Court.»

C'était encore avant que les routes aériennes ne soient modifiées par la suite.

«Et c'était tellement bruyant qu'il était impossible de comprendre quoi que ce soit. On ne peut pas comparer avec aujourd'hui. Tout le court central se mettait vraiment à vibrer. C'était vraiment incroyable, tellement extrême. On n'entendait pas les balles quand elles étaient frappées. Björn et moi avons essayé deux ou trois fois de laisser passer les avions, mais il y en avait déjà un autre à chaque fois. J'ai alors eu de grandes discussions, c'était en fait insupportable pour tout le monde.»

En double, vous avez atteint la finale de l'US Open, vous avez même gagné en mixte avec Martina Navratilova. Que pensez-vous du nouveau format en mixte, qui a été organisé sur deux jours la semaine précédant le tournoi proprement dit?

«Rien du tout. C'est un pur tournoi de spectacle, où tu essaies de remplir le court central avec de grands noms pendant la semaine des qualifications. Sportivement, ça ne vaut rien. On peut se demander si c'est une bonne tendance de réduire à néant toute une compétition sur le plan sportif pour gagner encore plus d'argent.»

De manière générale, le tennis est en plein boom malgré le retrait de Roger Federer et de Rafael Nadal. Etes-vous surpris que deux si grands joueurs soient sortis en même temps, Alcaraz et Sinner?

«C'était en fait une surprise que personne ne se soit révélé de la sorte pendant si longtemps. Les trois grands ont tellement dominé que pendant trois ou quatre générations, personne n'a atteint leur niveau. Cela montre à quel point ils ont été des joueurs d'exception. Et il est aussi logique qu'il y ait de nouveaux noms quand ils s'arrêtent.»

Mais maintenant, deux se détachent à nouveau si nettement du reste. Sont-ils vraiment si bons ou est-ce que le niveau général n'est pas non plus si bon en ce moment?

«On ne peut pas le savoir, c'est comme si tu disais ‹Usain Bolt›...»

Mais avec Bolt, on peut mesurer si la génération suivante est aussi rapide...

«C'est vrai, c'est l'avantage au tennis, tu ne peux justement pas le faire. Ainsi, tout le monde, John McEnroe en premier lieu, peut raconter que, vu la manière dont Sinner et Alcaraz ont joué à Paris, Nadal n'aurait eu aucune chance.»

Qu'en pensez-vous? Sinner et Alcaraz sont-ils aussi bons que les trois autres?

«Je ne sais pas, mais dire qu'un Rafa au meilleur de sa forme n'aurait eu aucune chance contre ces deux-là à Paris, c'est absurde. Absolument absurde» (rires).

Mais Alcaraz aurait peut-être eu une chance, non?

«Je ne sais pas, on ne peut pas du tout comparer. L'avantage de l'athlétisme, c'est que l'on peut comparer les performances, mais c'est en même temps l'inconvénient. Jusqu'à aujourd'hui, aucune femme n'a jamais couru le 100 m plus vite que Florence Griffith Joyner en 1988. Le record du monde du 400 m a été couru par Marita Koch il y a 40 ans, et les 9''58 d'Usain Bolt sur 100 mètres ont aussi déjà 16 ans. Si l'on ne pouvait pas vérifier ces chiffres, on supposerait probablement aussi que l'on court plus vite aujourd'hui qu'à l'époque grâce à un meilleur entraînement. Au tennis, nous avons l'avantage de pouvoir dire: personne n'a jamais joué aussi bien que celui-ci ou celui-là. On peut raconter ce qui plaît et fait vendre.»

Mais vous avez aussi été impressionné par le niveau de la finale de Roland-Garros, gagnée en cinq sets par Alcaraz face à Sinner?

«Absolument! C'était un super divertissement, un match grandiose, pas de doute.»

Avez-vous une préférence entre Sinner et Alcaraz?

«Non. L'un est plus solide et l'autre est peut-être encore un peu meilleur athlète. Alcaraz est un peu plus imprévisible, plus spectaculaire. Mais Sinner n'a justement pas besoin d'utiliser tous les coups du tennis, ce qui est difficile à comprendre pour certaines personnes.»

Pourquoi pas?

«Si tu peux pratiquer un jeu simple et que tu gagnes, il n'y a pas de raison de changer quoi que ce soit. Lorsque j'étais coach de Steffi Graf, un journaliste de la chaîne allemande ARD était venu me voir après une victoire en Grand Chelem et m'avait dit qu'elle avait certes gagné mais qu'il ne voyait aucune évolution dans le jeu de Steffi. Je n'ai rien dit, il m'a regardé, complètement perplexe. Je lui ai expliqué: elle a joué très simplement, en principe seulement en +cross court+. On gagne comme ça aujourd'hui, demain, après-demain, toute l'année. Et quand il y en a une qui joue mieux dans le court croisé, il faut jouer plus souvent le long de la ligne. Si je gagne de manière aussi simple, c'est que je suis vraiment meilleur. C'est comme ça avec Sinner. Il n'a pas besoin de jouer des amortis, mais il peut aussi faire des coups gagnants.»

Les deux pourront-ils un jour battre les records de Djokovic, Nadal et Federer?

«C'est bien trop tôt pour le dire. Il faut aussi rester en bonne santé, très longtemps en bonne santé. Et la question est aussi de savoir qui de nouveau va venir. Il se pourrait tout de même qu'en ce moment même, un Djokovic, un Nadal ou un Roger qui a maintenant 17 ans soit en train de grandir.»