Sinner refuse la course aux chiffres «J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme quelqu'un de bien»

ATS

18.5.2026 - 17:07

Si cela ne tenait qu'à lui, Jannik Sinner ne jouerait qu'au tennis et se passerait de toutes les obligations qui vont avec son statut de no 1 mondial. Mais l'Italien n'a pas le choix: il réécrit régulièrement l'histoire de son sport, comme ce dimanche à Rome.

Keystone-SDA

A 24 ans, Sinner a accompli ce qui a toujours échappé à Rafael Nadal et Roger Federer, deux des meilleurs joueurs de l'histoire. Avec son sacre à Rome, le premier d'un Italien au Foro Italico en cinquante ans, il a maintenant remporté les neuf Masters 1000 du calendrier.

Moins de trois ans après son premier titre dans cette catégorie de tournois, les plus importants après ceux du Grand Chelem, quand il avait fallu onze ans, entre 2007 et 2018, à Novak Djokovic, alors âgé de 31 ans, pour réussir le premier carton plein en Masters 1000.

Mais il en faudrait plus pour faire changer le gamin aux boucles rousses du Haut-Adige (nord-est de l'Italie), où l'allemand est la langue du quotidien, qui rêvait plutôt de devenir champion de ski.

«Je ne joue pas au tennis pour les records. Je joue pour m'améliorer, pour m'amuser, pour écrire ma propre histoire, pour mon équipe et pour ma famille», a-t-il coutume de déclarer dans l'une de ces conférences de presse auxquelles il se plie sans grand plaisir mais avec professionnalisme.

Des carottes au changement de côté

«Quand j'étais enfant, jamais je ne me serais cru capable d'arriver à un tel niveau (...) J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme quelqu'un de fair-play, comme quelqu'un de bien, c'est plus important pour moi que tout le reste», a-t-il rappelé cette semaine.

Né le 16 août 2001 à San Candido, Sinner a dû vite quitter ses parents Hanspeter et Siglinde qui travaillent dans un hôtel-restaurant perché au-dessus de la spectaculaire vallée de la Fiscalina.

Direction Bordighera pour rejoindre l'académie de tennis de Riccardo Piatti. L'adolescent longiligne devient no 1 mondial chez les juniors en 2018. En 2019, il s'installe dans le top 100 avec le statut de «révélation de l'année».

Cette année-là, le grand public italien découvre le phénomène qui a remporté son premier titre, un ATP 250 à Sofia, et qui le séduit par sa simplicité, par son éthique de travail et par les... carottes qu'il mange aux changements de côté et qui lui valent toujours d'avoir des supporters qui s'habillent en orange et/ou se déguisent en... carottes.

Il lui faudra attendre 2022 et le début de sa collaboration avec son compatriote Simone Vagnozzi et l'Australien Darren Cahill pour passer un cap en frappant encore plus fort et en asphyxiant ses adversaires.

«Cette force intérieure»

Depuis, il est inarrêtable ou presque: premier Italien à remporter un titre du Grand Chelem depuis Adriano Panatta (1976), premier Italien à devenir no 1 mondial, premier Italien à conquérir le Masters ATP, premier joueur de l'histoire à remporter cinq Masters 1000 consécutifs – désormais six. Le voilà aux commandes d'un palmarès riche de 29 titres, dont quatre en Grand Chelem, sans oublier deux éditions de la Coupe Davis (2023, 2024).

«Il a un talent unique que nous, les entraîneurs, ne pouvons pas enseigner: cette force intérieure qui le pousse à vouloir apprendre de chaque situation, qu'il gagne ou qu'il perde», admire Cahill qui le voit «atteindre son pic à 27 ans».

Si la célébrité lui pèse dans une Italie qui l'adule, Sinner, déjà 63 millions de dollars rien qu'en gains sur le circuit, s'est retrouvé dans une tempête entre 2024 et 2025 pour une affaire de dopage qui a écorné son image. Contrôlé positif à un stéroïde anabolisant, il a d'abord été blanchi, avant d'écoper d'une suspension de trois mois, bien trop clémente pour certains.

Depuis son retour en compétition, il y a tout juste an, il est sur une autre planète: neuf titres, 85 victoires pour huit défaites – dont deux sur abandon.

Au point que son illustre aîné Adriano Panatta le voit compléter sa collection en Grand Chelem dès ce Roland-Garros (24 mai-7 juin) et battre à terme le record de 24 tournois majeurs de Djokovic.

«Le seul record qu'il lui sera très difficile, voire impossible, de battre, c'est de gagner 14 fois Roland Garros comme Nadal», pronostique la légende italienne.