«Dire qu'on est nulles...» Loïs Boisson, l’exploit qui cache le chantier du tennis français

Nicolas Larchevêque

5.6.2025

Passée en dix jours des profondeurs du classement WTA aux demi-finales de Roland-Garros, où elle a été surclassée jeudi 6-1 6-2 par l'Américaine Coco Gauff, Loïs Boisson a redonné quelques couleurs à un tennis français qui reste malgré tout en «chantier» du côté féminin.

Roland-Garros : le parcours de Loïs Boisson, une «fierté» pour son ancien club

Roland-Garros : le parcours de Loïs Boisson, une «fierté» pour son ancien club

«Une grande fierté» et «des perspectives pour le tennis féminin» : dans l'ancien club de tennis de Loïs Boisson, c'est l'excitation qui règne après son parcours jusqu’en demi-finales de Roland-Garros.

05.06.2025

Agence France-Presse

«Clairement, personne ne s'y attendait», a avoué sans détour l'ex-no 1 mondiale Amélie Mauresmo après la qualification de la 361e mondiale pour les demi-finales, aux dépens de la Russe Mirra Andreeva (6e). «C'est fabuleux de voir cet engouement-là et cette énergie-là sur le court», a poursuivi la directrice de Roland-Garros, lauréate de l'Open d'Australie et de Wimbledon en 2006.

«Malgré tout, il n'y avait quand même qu'une joueuse française dans les 100 premières» mondiales au début de la quinzaine, a rappelé Amélie Mauresmo. Ladite joueuse, Varvara Gracheva, devrait d'ailleurs en sortir en début de semaine prochaine, puisqu'elle a été éliminée dès le premier tour un an après avoir atteint les huitièmes de finale porte d'Auteuil.

Grâce à son parcours à Roland-Garros, Loïs Boisson fera elle le chemin inverse et deviendra la première Française au classement WTA, aux alentours de la 65e place. «Rentrer dans le top 100, c'est un premier palier», a estimé la Dijonnaise de 22 ans après avoir éliminé Andreeva. «Après, c'est dommage qu'en n'étant que 65e, je sois la première» joueuse tricolore dans la hiérarchie mondiale, a-t-elle aussitôt nuancé.

D'autant que de plus petits pays que la France, comme la République tchèque (6 joueuses dans le top 100) ou l'Ukraine (4 représentantes parmi les 100 meilleures) parviennent à placer plus de joueuses au plus haut niveau mondial, voire à remporter des Grands Chelems dans le cas des Tchèques, victorieuses grâce à Marketa Vondrousova et Barbora Krejcikova des deux dernières éditions de Wimbledon.

30% de femmes parmi les licenciés

«Le haut niveau, c'est souvent une histoire de cycles: on a des générations incroyables qui arrivent et qui trustent des résultats fous pendant longtemps», argumentait mi-mai Didier Retière, le nouveau directeur technique national de la Fédération française de tennis (FFT).

«Les filles, elles ont gagné la Fed Cup en 2019 (...) Ce n'était pas il y a si longtemps que ça», a rappelé l'ex-DTN de la Fédération française de rugby lors d'un échange avec la presse. Mais actuellement, «on est dans le creux du cycle et on se pose des questions qu'on devrait se poser quand on est en haut», admettait Didier Retière, prêt à lancer au sein de la FFT une mission spécifique sur le haut niveau féminin.

Là où la France compte cinq joueurs dans le top 50 au classement ATP, les difficultés actuellement rencontrées du côté féminin s'expliquent notamment par un vivier de joueuses plus réduit. «On a encore beaucoup de travail», convenait en décembre le président de la FFT Gilles Moretton.

«Aujourd'hui, on a 30% de femmes qui jouent au tennis» parmi le plus de 1,1 million de licenciés en France, chiffrait auprès de l'AFP le patron de la deuxième fédération sportive du pays, réélu en décembre pour un deuxième mandat de quatre ans. «On doit permettre au plus grand nombre de jouer au tennis. C'est ce qu'on a commencé à faire, je pense qu'on en récoltera les fruits plus tard», pressentait alors Gilles Moretton.

«Dire qu'on est nulles, je ne pense pas»

«Peut-être qu'il n'y a pas beaucoup de Françaises dans le top 100, j'ai juste envie de dire que ce n'est quand même pas un sport évident», tentait de se défendre Elsa Jacquemot (138e) avant le début de Roland-Garros.

«Quand on lit sur les réseaux sociaux que les Françaises, on est nulles, qu'on ne sait pas jouer, et plein d'autres critiques... ce n'est pas évident. On peut faire mieux, c'est sûr, mais dire qu'on est nulles, je ne pense pas quand même», déclarait alors Jacquemot, battue au 3e tour par Loïs Boisson.