Coronavirus: l'isolement rapproche les voisins sur le réseau Nextdoor

AFP

29.3.2020 - 07:41

Le réseau social ultra local Nextdoor, qui met en relation les habitants d'un même quartier, déborde soudain d'offres pour s'entraider entre voisins, des courses à faire pour les personnes âgées aux chiens à promener.

Nextdoor.com a vu son nombre de membres actifs au quotidien bondir de 80% en un mois, alors que plus de la moitié des Américains sont appelés à rester chez eux, avec des mesures de confinement plus ou moins strictes selon les Etats, pour freiner la propagation de la pandémie de coronavirus.

Comme en Chine, puis en Europe, les foyers confinés se sont tournés vers les plateformes numériques pour garder le contact et se divertir. Les appels vidéo ont ainsi explosé sur les messageries.

Nextdoor permet de son côté de rester en contact avec ceux que l'on ne croise plus dans la rue ou dans l'ascenseur.

«On s'aperçoit que la proximité est plus importante que tout en ce moment», dit à l'AFP Sarah Friar, la directrice exécutive du réseau. «Nous avons besoin des personnes qui vivent près de chez nous».

Lancée fin 2011, la société basée à San Francisco couvre désormais 260.000 quartiers dans 11 pays, dont l'Australie, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, l'Espagne...

- Parcs à chiens -

«J'avais l'habitude que mes voisins me donnent des citrons (de leur jardin), mais maintenant je peux me reposer sur eux pour les courses», raconte Paulina Borsook.

A 66 ans, cette Américaine qui habite dans la baie de Monterey, au sud de la Silicon Valley, préfère sortir le moins possible.

«Je suis vraiment touchée par l'esprit de communauté, les gens qui s'aident, qui font les courses les uns pour les autres», ajoute-t-elle.

Sur la plateforme gratuite, les utilisateurs partagent des tuyaux -- quels restaurants proposent des plats à emporter -- ou les dernières informations locales -- quelle aire de jeux est désormais interdite d'accès, par exemple.

Avec ce qu'il faut de colère ou d'agacement contre les mesures jugées trop strictes ou les habitants considérés comme irrespectueux.

«Je suis furieuse et dégoûtée que le petit parc à chiens de Hearst ait été fermé», s'indigne par exemple une utilisatrice de Berkeley, un ville de la baie de San Francisco.

«C'est INCROYABLE le nombre de groupes en train de boire et de regarder le coucher du soleil», commente un habitant du même quartier, à propos d'un parc. «Je n'ai jamais vu la zone aussi bondée. C'est pour ça qu'on va tomber malade!»

D'autres lancent des initiatives pour apporter un peu de réconfort, comme placer des dessins d'arcs-en-ciel ou des ours en peluche aux fenêtres, tournés vers la rue, pour amuser les enfants.

«Je vais remettre mes lumières de Noël demain pour mettre un peu de baume au coeur», annonce un message sur un groupe de Santa Cruz, sur la côte californienne. «Faites comme moi!»

- «Dans le même bateau» -

Nextdoor promeut l'entraide, les collectes de nourriture pour les associations et le soutien aux commerces locaux, durement affectés par les mesures de sécurité.

Sur la page d'accueil, une carte interactive permet aux membres d'indiquer où ils habitent et les tâches qu'ils peuvent remplir.

Nextdoor est aussi utilisé par les mairies et organisations gouvernementales pour communiquer des informations très locales.

Sans compter les contributions des utilisateurs.

«Les gens postent des anecdotes ou des choses utiles à savoir que je ne reçois nulle part ailleurs», remarque Paulina Borsook.

«Et si vous écrivez quelque chose qui n'a aucun sens, les autres réagissent. Il y a vraiment un côté, +on est dans le même bateau+».

Le réseau surveille les tentatives de désinformation ou d'arnaques -- une tâche plus facile que sur d'autres plateformes, car le système d'inscription vérifie que les utilisateurs sont qui ils disent être, et habitent bien dans le quartier indiqué.

«Quand les gens publient des messages, c'est sous leur propre nom, cela les responsabilise», commente Sarah Friar.

Comme Facebook et Twitter, Nextdoor souffre de la perte de recettes publicitaires dues à la crise économique liée au coronavirus.

«D'un autre côté, des entreprises que nous ne connaissions pas s'intéressent à nous désormais», précise la dirigeante.

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