FIFA: des peines fermes sont requises

ATS

22.9.2020 - 17:59

L'ancien secrétaire général de la FIFA Jérôme Valcke est le principal accusé dans le procès qui se déroule devant le Tribunal pénal fédéral.
Source: KEYSTONE/CYRIL ZINGARO

Le Ministère public de la Confédération a requis une peine de 36 mois contre Jérôme Valcke mardi devant le Tribunal pénal fédéral. Il ne s'est pas opposé à l'octroi du sursis partiel pour l'ancien secrétaire général de la FIFA et ses deux coaccusés.

Le Procureur fédéral Joël Pahud a demandé à la Cour des affaires pénales de prononcer une peine de 28 mois, avec sursis partiel, contre Nasser Al-Khalaifi, pour incitation à gestion déloyale aggravée. Contre le troisième prévenu, un homme d'affaires grec, la réquisition est de 30 mois, toujours avec sursis partiel, pour instigation à gestion déloyale aggravée et corruption active.

Joël Pahud a estimé que Jérôme Valcke a trahi la confiance très élevée placée en lui par la FIFA. Il a violé des règles qu'il avait lui-même mises en place. En outre, il s'est laissé corrompre trois fois. Des actes dictés par un train de vie de «cigale», selon ses propres termes.

Personnalité-phare

Ces fautes sont graves, a souligné le Parquet. Il a jugé aussi que la collaboration du prévenu a laissé à désirer et que l'exposé de sa situation financière n'est pas convaincant. Mais l'homme a souffert dans sa situation professionnelle et personnelle et il s'agit là d'un facteur atténuant.

Nasser Al-Khelaifi, «personnalité-phare du football», en a foulé aux pieds les règles éthiques élémentaires, a souligné le procureur. Agissant par «appât du gain» pour son groupe Bein Media, il a commis une faute grave. Joël Pahud a aussi relevé son absence de collaboration durant l'instruction et les débats ainsi que son «mépris de la justice».

L'accusation a estimé que le troisième prévenu n'a pas pâti de ses actes et qu'il a poursuivi le développement de ses activités en matière de droits de diffusion. En outre, il ne s'est pas présenté aux débats malgré plusieurs convocations.

Le «chief executive»

«Si les faits ne sont pas contestés, contestez le droit. Si le droit n'est pas contesté, contestez le Ministère public», a lancé Joël Pahud en début de réquisitoire. Il résumait ainsi les tentatives de la défense pour torpiller cette procédure. Le magistrat a souligné que le déroulement des faits était établi en détail, parfois heure par heure, par les milliers de pièces, mails ou appels téléphoniques dépouillés par les enquêteurs.

Le procureur a décrit Jérôme Valcke comme le numéro 2 de la FIFA, juste derrière le président Sepp Blatter. Comme le «chief executive» qui avait 400 personnes sous ses ordres. Il a évoqué une séance où Michel Platini avait mis en cause la vente des droits TV jusqu'en 2030. Jérôme Valcke a alors comparé ses propres compétences en la matière avec celles de l'ancien meneur de jeu de l'équipe de France sur un terrain de foot. «Valcke, numéro 10 des droits TV à la FIFA!«, a ironisé Joël Pahud.

De son côté, la Procureure fédérale assistante Cristina Castellote a évoqué les statuts, le code éthique ainsi que les autres règles internes mis en place par la FIFA après les scandales révélés en 2010. Alors qu'il paraphait ces documents, Jérôme Valcke violait précisément ces principes.

Villa et yacht

Evoquant les contacts entre l'ancien secrétaire général et Nasser Al-Khelaifi, Joël Pahud a décrit la situation gravement obérée de Jérôme Valcke à l'automne 2013. Malgré des revenus de 7 millions de francs en 2012 et les avances réclamées à la FIFA, l'homme était lourdement endetté auprès de sa banque.

Néanmoins, le Français convoitait une luxueuse villa en Sardaigne à 5 millions d'euros et avait payé un accompte de 10%. Dans le même temps, il voulait acheter un nouveau yacht pour près de 3 millions.

Lors de ses contacts avec Nasser Al-Khelaifi, Jérôme Valcke était «à l'agonie», a souligné le procureur. Une situation qu'il avait créée tout seul et en pleine connaissance de cause. Et qui le livrait «pieds et poings liés» au patron de Bein Media.

Selon le Parquet, Nasser Al-Khelaifi, qui préside aussi le Paris-St-Germain, savait, ou devait savoir, qui était son interlocuteur. Leur accord prévoyait qu'en échange de l'attribution des droits TV à Bein la «Villa Bianca» reviendrait au bout de deux ans au Français, «if trust remains» (si la confiance perdure). Mais ce dernier en obtenait immédiatement la jouissance, sans payer de loyer.

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