Une enquête «massive» loin d'être terminée

ATS

4.1.2022 - 07:41

La traque s'est engagée dès le 6 janvier: une foule d'agents fédéraux s'est attelée à éplucher les réseaux sociaux, analyser les vidéos, vérifier les tuyaux anonymes pour comprendre qui a fait quoi, ce jour-là, dans le temple de la démocratie américaine.

epa08923424 Supporters of US President Donald J. Trump in the Capitol Rotunda after breaching Capitol security in Washington, DC, USA, 06 January 2021. Protesters entered the US Capitol where the Electoral College vote certification for President-elect Joe Biden took place. EPA/JIM LO SCALZO
Chaque jour ou presque, de nouveaux noms s'ajoutent à la liste qui pourrait encore doubler: la police fédérale évoquait initialement 800 participants mais pense désormais qu'au moins 2000 personnes ont été «impliquées dans le siège». (archives)
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4.1.2022 - 07:41

Cet «énorme travail», «massif» représente «l'une des plus grosses enquêtes de l'histoire du FBI», relève Lorenzo Vidino, directeur du «Programme sur l'Extrémisme» de l'Université George Washington.

Ces efforts ont permis, en un an, d'arrêter et d'inculper plus de 725 partisans de Donald Trump qui, après l'avoir écouté dénoncer «une élection volée», étaient entrés dans le siège du Congrès au moment où les élus certifiaient la victoire de Joe Biden.

Chaque jour ou presque, de nouveaux noms s'ajoutent à la liste qui pourrait encore doubler: la police fédérale évoquait initialement 800 participants mais pense désormais qu'au moins 2000 personnes ont été «impliquées dans le siège».

Des hommes blancs

Les accusés sont surtout des hommes (87%), blancs et d'une moyenne d'âge de 39 ans, «plus élevée que l'âge habituel des extrémistes», souligne M. Vidino, dont le centre de recherches compile toutes les poursuites engagées.

Ils sont originaires de tout le pays et ont des profils socio-économiques variés (avocat, paysagiste, agente immobilière...) avec toutefois une surreprésentation des individus ayant une expérience militaire et ayant fait faillite.

Parmi eux, il y a des militants d'extrême droite, des conspirationnistes mais aussi des partisans ordinaires de Donald Trump convaincus par sa croisade post-électorale.

Délits mineurs

La majorité des personnes mises en cause, qui se sont apparemment contentées de déambuler dans le bâtiment, sont poursuivies pour des délits mineurs, comme violation d'une interdiction d'entrée ou troubles à l'ordre public.

Les procureurs semblent déterminés à les juger rapidement dans le cadre d'accords de plaider-coupable: quelque 165 personnes ont déjà conclu de tels accords et une cinquantaine de peines ont été prononcées.

La plupart sont légères: un jeune homme, qui a reconnu avoir volé une bière dans le bureau de la cheffe démocrate Nancy Pelosi, a ainsi écopé de 20 jours de prison, à purger sur les week-ends pour garder son travail.

Mais une peine de trois ans et demi de rétention a été retenue contre Jacob Chansley, 34 ans, devenu avec sa coiffe aux cornes de bison l'un des visages emblématiques de l'assaut. Son avocat Al Watkins déplore ces écarts qui, selon lui, envoient «le mauvais message». «Cela ne paraît pas juste à ceux qui pensent être des prisonniers politiques» et risque de les conforter dans leurs positions, dit-il à l'AFP.

La minorité violente

Les peines les plus lourdes commencent tout juste à tomber et sont réservées aux cas les plus lourds: les quelque 225 personnes accusées d'avoir commis des violences, notamment contre les agents de police du Capitole. Robert Palmer, 54 ans, vient ainsi d'écoper de 5 ans de prison pour avoir lancé des planches et un extincteur, entre autres, sur les policiers.

Dans ce groupe, une quarantaine de personnes sont également poursuivies pour «association de malfaiteurs», ce qui implique d'avoir planifié l'attaque. Ce chef, le plus grave, vise surtout les membres des groupuscules d'extrême-droite Proud Boys, Oath Keepers ou Three Percenters.

Ces accusés, dont certains sont en détention préventive depuis des mois, devraient être jugés par des jurés populaires. Le premier procès pourrait se tenir dès février. Un trentenaire new-yorkais, membre des Proud Boys, vient toutefois de passer un accord avec les procureurs, avec qui il va coopérer, en échange d'une peine allégée.

Personne n'a encore été inculpé pour «sédition» ou «insurrection», des chefs initialement évoqués mais qui sont plus difficiles à prouver.

Pour M. Vidino, les procureurs «sont aussi imaginatifs que possible» dans un cadre légal contraignant. Aux Etats-Unis, rappelle l'expert, les enquêteurs peuvent enquêter sur les groupes extrémistes étrangers mais pas sur les organisations américaines qui ont une idéologie radicale et violente.

Les instigateurs

Reste la question de ceux qui, absents des lieux, ont incité ou orchestré l'assaut. Pour l'instant, les procureurs laissent aux élus du Congrès le soin d'enquêter à leur sujet.

Si les sénateurs républicains ont permis à Donald Trump d'être acquitté à l'issue d'un procès en destitution organisé dès février, l'ancien président n'est pas tiré d'affaire.

Une commission d'enquête a été créée à la Chambre des représentants pour faire la lumière sur son rôle et celui de ses proches. Si elle parvient à compiler des éléments à charge, rien n'interdira aux procureurs de s'en saisir.

Un nouveau volet de cette enquête tentaculaire pourra alors s'ouvrir.

ATS