Justice

Procès Steinmetz: deux à cinq ans de prison requis

za, ats

14.1.2021 - 21:51

Jeudi, au quatrième jour du procès du milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz devant le Tribunal correctionnel de Genève, le Ministère public a requis deux à cinq ans de prison à l'encontre des trois coaccusés. «On a tous les éléments de la corruption dans ce dossier», a déclaré le procureur.

Israeli business man and diamond-magnate Beny Steinmetz, right, arrives with his lawyer Marc Bonnant, left, to Geneva's courthouse for his hearing for alleged corruption of Guinean public officials and forgery documents, in Geneva, Switzerland, Monday, January 11, 2021. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)
Jeudi, au quatrième jour du procès du milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz devant le Tribunal correctionnel de Genève. 
KEYSTONE

Selon Yves Bertossa, les documents montrent que le Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) voulait acquérir les droits du Simandou, une région de Guinée qui recèle un des plus importants gisements de fer au monde, et les revendre avant l'extraction des minerais. Or les deux secteurs-clés sont déjà détenus par le géant minier Rio Tinto. BSGR les obtiendra au détriment de la société anglo-australienne peu avant la mort du président Lansana Conté.

«Au moment des faits reprochés, la République de Guinée est un des pays les plus pauvres au monde, avec un président malade et influençable», a rappelé le procureur. D'après l'acte d'accusation, Mamadie Touré, quatrième épouse du président, a reçu quelque 10 millions de dollars de pots-de-vin entre 2006 et 2012, via une société-écran mise en place à cette fin.

«Un florilège de dérobades»

Se qualifiant de «conseiller» de BSGR, M. Steinmetz rejette les accusations de corruption et de faux dans les titres, tout comme sa directrice administrative à Genève et l'intermédiaire français en Guinée. Face à leurs dénégations, le procureur a ironisé: «On a un groupe avec des millions d'actifs, mais sans tête, et qui avance tout seul avec des structures ahurissantes. Sans expérience, il décide de se lancer dans l'extraction minière.»

«On a assisté à un florilège de dérobades pour tenter de justifier les contrats et les témoins», a dénoncé M. Bertossa. Selon lui, seul Beny Steinmetz pouvait engager BSGR pour récupérer les droits miniers. Il était aussi le seul à avoir le pouvoir de céder des actions de BSGR à la société-écran et d'envoyer le Français aux Etats-Unis demander à la veuve du président de détruire les preuves.

Fonds privés

«Les pactes corruptifs sont attestés par la dizaine de contrats conclus avec Mme Touré. Ces contrats disent tellement choses qu'on a voulu les détruire ou dire qu'ils sont mensongers», a poursuivi la procureure Caroline Babel Casutt. Et de relever qu'une copie des contrats a été fournie à la justice par la corrompue, et que l'autre a été trouvée dans le cadre de l'enquête dans l'avion Beny Steinmetz, «le corrupteur».

Sur la base des flux de fonds, la procureure arrive à la conclusion que les montants qui se sont retrouvés sur les comptes de Mamadie Touré appartiennent à M. Steinmetz, «pas à BSGR». Et que de faux documents ont été créés cacher leur origine, notamment par la directrice administrative. Cette «fidèle» employée a été mise dans la confidence dès le début du projet en Guinée, selon Mme Babel Casutt.

Pour le Ministère public, la responsabilité des trois prévenus est pleine et entière. Il a requis leur condamnation à cinq ans de prison et la restitution de 50 millions de francs pour M. Steinmetz, à quatre ans de prison et la restitution de 11 millions de dollars pour l'intermédiaire et à deux ans de prison avec sursis et la restitution de 150'000 dollars pour l'administratrice. Les montants correspondent au profit qu'ils ont tiré de la corruption.

Absence des témoins

Mercredi, les onze témoins convoqués par le tribunal, dont Mamadie Touré, ne se sont pas présentés. Leur absence a incité la défense à plaider de nouveaux incidents jeudi matin, demandant le retrait des déclarations de la veuve du président de la procédure et le report des débats. «Le débat contradictoire n'est plus possible», a souligné l'avocat de M. Steinmetz, Marc Bonnant. La Cour a rejeté les demandes.

Le procès se poursuit vendredi avec les plaidoiries de la défense. Le verdict sera rendu le 22 janvier.

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