"Ça a bouleversé mon monde" - Federer à coeur ouvert

Chris Geiger

10.11.2020

Roger Federer a accordé un long entretien à "becomingx" lors duquel il est revenu sur son enfance en Suisse et sur le décès tragique de son mentor, Peter Carter. Extraits.

Blessé de longue date, Roger Federer (39 ans) a redonné le sourire à ses nombreux fans vendredi dernier en annonçant sur Instagram qu'il était de retour à l'entraînement.

Quatre jours plus tard, le Bâlois a encore fait parler de lui via une longue interview accordée à "becomingx". Lors de cet entretien, le Maestro s'est confié sur ses jeunes années et sur certains moments qui l'ont façonné.

"Je pense que dans le monde où j'ai grandi, en Suisse, l'éducation passe toujours en premier. Le sport n'était pas vraiment un mode de vie", a d'abord relevé l'homme aux vingt titres en Grand Chelem.

Le Rhénan s'est ensuite remémoré le chemin parcouru entre ses rêves de petit garçon et ce record vertigineux qu'il co-détient désormais avec Rafael Nadal.

"Je me souviens avoir joué au badminton, au ping-pong ou au tennis dans le jardin d'un ami. Parfois, je me mettais à genoux et je criais : 'Et le vainqueur de Wimbledon est Roger Federer !' Je rêvais donc déjà de gagner Wimbledon."

Roger Federer a remporté son premier Wimbledon en 2003.
Keystone

Pourtant, rien ne laissait présager, à l'époque, que le Suisse allait remporter les Internationaux de Grande-Bretagne à huit reprises. En témoigne son premier match de tennis.

"J'ai perdu 6-0 6-0 et j'ai déjà entendu des rumeurs selon lesquelles je n'étais peut-être pas aussi bon que mes détracteurs le pensaient. Je me suis donc entraîné dur et j'ai joué davantage de tournois", s'est souvenu le Maître.

Un acharnement qui a fini par payer. Repéré, Roger Federer a ainsi déménagé à 14 ans à Ecublens, au Centre national du tennis, pour continuer son apprentissage du jeu.

"J'ai été placé dans une famille et je ne rentrais chez moi que les week-ends. Les neuf premiers mois, j'ai eu un mal du pays incroyable. Je ne parlais pas la langue et j'ai perdu confiance en moi. J'ai vraiment eu du mal. C'était une période difficile, mais ça a probablement été les deux années les plus influentes de ma vie", a reconnu l'actuel numéro 5 mondial.

Le tournant avec Peter Carter

En pleine progression, le Suisse a ensuite croisé la route de Peter Carter à 16 ans. Une bénédiction pour Roger Federer car cette rencontre avec l'entraîneur australien a tout changé.

"Il a été un mentor très important et je dois le remercier pour mon style de jeu actuel au tennis", a affirmé le Bâlois. Avant de se livrer sur le décès de Carter en 2002, à l'âge de 37 ans, dans un accident de voiture lors de sa lune de miel en Afrique du Sud.

"Ce fut un choc et ça a bouleversé mon monde. Mais sa mort a aussi été un signal d'alarme pour moi. J'ai réalisé que je devais prendre le tennis très au sérieux pour atteindre mon plein potentiel. Je ne voulais pas être un talent gâché. Je n'ai jamais oublié cela et il me manquera pour toujours", a déclaré, ému, l'homme aux 103 titres glanés sur le circuit ATP.

Marc Rosset, Roger Federer, Michel Kratochvil et George Bastl commémorent leur défunt capitaine, Peter Carter, avant un match de Coupe Davis en 2002.
Keystone

Si cette tragédie a paradoxalement permis au Rhénan de prendre son envol, il ne s'attendait toutefois pas à toucher les étoiles. "Quand tu es jeune, l'objectif n'est pas de devenir le numéro 1 mondial ou de gagner 20 titres en Grand Chelem. Du moins, ce n'était pas comme ça pour moi. En Suisse, on ne rêve d'ailleurs pas aussi grand."

Puis de conclure en distillant de précieux conseils aux plus petits. "Si vous avez une passion, gardez-la et croyez en elle. Visez les étoiles, restez positif et passez du temps avec les bonnes personnes. Il suffit de le vouloir."

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