Nathalie Ducommun: «J’ai aimé bosser avec Darius Rochebin!»

Aurélia Brégnac/AllTheContent

23.9.2020 - 10:41

De la radio à la TV, en passant par la presse écrite, Nathalie Ducommun a déjà exploré de nombreuses facettes du journalisme. Aujourd’hui, c’est l’investigation à laquelle elle consacre toute son énergie dans «Mise au Point» (RTS 1). 

La productrice revient pour nous sur ses premiers mois aux commandes de l’émission ; des mois durant lesquels la crise sanitaire est venue balayer le monde et s’est imposée au-devant de la scène médiatique. De l’immersion au coeur de l’actualité à l’importance de la justesse de l’information, Nathalie Ducommun nous confie les motivations qui la poussent à s’investir toujours davantage.



Vous êtes productrice et animatrice du magazine «Mise au Point» depuis janvier 2020. La crise sanitaire arrivait alors en Europe. Comment cela a-t-il influencé la préparation, le tournage des reportages ou encore le choix des sujets?

Au mois de mars, on a en effet vécu ce grand chamboulement. On a dû réduire le nombre de personnes lors des tournages. Pendant les trois semaines les plus critiques, on a même partagé l’émission «Mise au Point» avec le 19h30. On était dans la même émission pour éviter d’avoir plusieurs équipes sur place. Evidemment, on a dû adopter comme tout le monde de nouveaux gestes, de nouvelles procédures qui sont maintenant bien en place et qui nous permettent de retrouver un fonctionnement à peu près normal.

«On a décidé de s’installer dans un hôpital.»

Editorialement, ça a aussi eu un gros impact. On s’est tout de suite demandé comment on pouvait rendre compte au mieux de cette situation exceptionnelle. On n’avait aucune info sur cette maladie, on a donc décidé de s’installer dans un hôpital. Par forcément dans un établissement qui était en première ligne, car surchargé et difficile d’accès. On a choisi l’hôpital de Nyon qui a accepté de nous accueillir en immersion. Très vite, on est allés avec deux journalistes reporters, délocalisé nos moyens de production, et puis on a fait une série de 6 épisodes d’une dizaine de minutes.

Etant donné le succès de ces reportages, on a ensuite diffusé lors d’une émission spéciale un grand documentaire qui résumait toute l’aventure de 3 mois à vivre au front avec les médecins dans ce petit hôpital.

Quels sont les sujets que vous préparez pour cette rentrée? Il ne sera pas question que de Covid-19?

On a eu une prise de conscience cet été qu’il fallait aussi parler d’autre chose. Certes, la vie s’est un peu arrêtée, mais pas complètement non plus. On doit continuer à faire notre métier, voir ce qui se passe en Suisse romande. On essaie de varier au maximum les sujets en se concentrant sur notre grande spécialité: l’enquête.

On s’est intéressés à l’histoire de ce prêtre pédophile en Valais, aux soupçons de maltraitances au sein d’un EMS, sur le problème de la chasse au lynx, etc.

A «Mise au Point», on a aussi un sujet qui se concentre sur l’actualité de la semaine. Alors, s’il y a une information dominante en lien avec la pandémie, on la traite. A Noël, pour la dernière émission de l’année, on proposera un grand sujet avec toutes les images qu’on a recueillies quand la Suisse était en semi-confinement. Il s’agit de documents historiques, qui sont vraiment importants!

«Oui, c’est une époque qui est difficile mais on a des méthodes.»

Pour ce qui est du Covid en ce moment, on est quand même en train de s’interroger sur cette réticence à tous les gestes barrières, aux masques… Et puis la question du vaccin qui rencontre peu d’adhésion dans la population. Il y a aussi cette application SwissCovid, qui apparaissait tellement importante et qui semble faire un bide.

Il y a en effet beaucoup de méfiance à l’égard des médias depuis la crise…

Oui, il y a beaucoup de méfiance. C’est pour ça qu’il faut faire les choses extrêmement sérieusement. Il ne faut jamais perdre de vue qu’on est à la recherche de la vérité. Oui, c’est une époque qui est difficile mais on a des méthodes. On pense que l’enquête est indispensable pour la démocratie, on n’en démord pas, même si ça ne plaît pas à certaines personnes.

La méfiance du gros complot, c’est assez effrayant… On se demande s’il faut vraiment enquêter sur ces complotistes, savoir pourquoi les gens cèdent à cette facilité de penser. On ne peut pas faire 12 minutes où des gens racontent des choses qui sont pas vérifiées. Mais si c’est un phénomène qui a des conséquences sur notre société, il faut qu’on en parle.

Certains sujets de vos reportages sont plus polémiques, politiques que d’autres. Avez-vous parfois des retours plus «frileux» du public? Y a-t-il des sujets que vous ne souhaitez pas traiter?

Non, on applique une méthodologie éditoriale assez exigeante. Tout peut être sujet s’il fait sens, s’il est concernant, s’il est vérifié… On ne s’interdit rien! Pour les sujets politiques, on essaie, en tant que service public, d’être équilibrés, dosés dans nos traitements. Mais la récupération politique existe parfois.

«Sur les réseaux sociaux, on a été accusés d’être récupérés par la droite extrême...»

Récemment, on a fait un reportage sur l’été un peu «chaud» qu’a connu Neuchâtel, où il y a eu beaucoup d’actes de vol et de violence issus d’une jeune population de migrants d’origine algérienne. On est allé voir qui étaient ces jeunes, on a suivi la police dans son travail. On a dit les choses, qu’il y avait un vrai problème avec cette population mal intégrée, que les moyens manquaient. Sur les réseaux sociaux, on a été accusés d’être récupérés soit par la droite extrême, soit d’avoir défendu les migrants, soit d’être pro police… Si on en est toujours à regarder comment c’est pris, on ne fait plus correctement notre travail.

Dans une interview, vous confiez avoir fait du théâtre et aimer «l’adrénaline» que cette activité implique. La TV, l’animation, le direct, la représentation… c’est une forme de théâtre?

Alors, je ne fais plus de théâtre aujourd’hui. C’était une autre vie, dans ma vie d’étudiante. Mais c’est vrai que l’adrénaline du direct, que j’ai pu faire à la radio, puis maintenant à la TV, ça procure une énergie que je ressentais aussi quand je faisais du théâtre. C’est une espèce de moteur positif. En direct, vous ne pouvez être concentrée que sur le temps T. Plus rien autour n’existe, et c’est ça le point commun.

En revanche, la mission est tout autre. Présenter l’émission, ce n’est pas comme faire du théâtre, on ne joue pas un personnage. On doit être à 200% journaliste. Effectivement, on apprend un texte, mais on est aussi dans l’impro quand on a un invité. On doit savoir écouter, rebondir, toujours avec nos codes de lecture journalistiques. C’est une autre concentration, mais il y a bien cette adrénaline qui me plaît beaucoup!

«Darius est un très, très grand professionnel»

Actualité médiatique récente et marquante, Darius Rochebin a quitté en cette rentrée la RTS pour la chaîne française LCI. C’est la perte d’une grande figure de l’info pour vous aussi?

Darius, j’ai travaillé avec lui pendant 5 ans quotidiennement. J’étais la rédactrice en chef adjointe du journal. C’est un très, très grand professionnel. C’est quelqu’un qui a un humour parfois grinçant que j’apprécie beaucoup. C’est une grande perte pour la RTS et, en même temps, c’est courageux de saisir cette occasion qui est assez unique. Il continue à faire un excellent travail. Je suis très contente pour lui. A la RTS, on est très fiers de voir Darius sur les hautes planches parisiennes. C’est un super intervieweur. J’ai beaucoup aimé bosser avec lui!

Vous l’avez regardé dans sa nouvelle émission?

Bien sûr! On était tous là à regarder la première, à croiser les doigts, à lui envoyer des SMS pour l’encourager!

Le contexte sur cette chaîne française risque d’être un peu plus «violent»…

C’est sûr, c’est très différent. Mais je n’ai pas de doutes qu’il saura se débrouiller avec les politiciens. Il sait comment faire. Le contexte médiatique est plus violent et concurrentiel. Mais son calme est sa marque de fabrique.

Seriez-vous tentée par un changement comme celui-ci?

Je doute qu’on me propose quelque chose à Paris! (Rires) J’ai la chance d’avoir toujours pu suivre mes envies dans mon travail, d’avoir toujours eu des projets hyper motivants. Je n’ai jamais pensé à aller ailleurs. Après, je suis toujours ouverte si un projet est intéressant. Je suis contente de pouvoir tester plein de facettes de ce métier.

Avec cette actualité très dense, avez-vous quand même pu prendre des vacances, ou passer du temps auprès de votre famille?

Ça a été un été un peu bouleversé. On a fait un tournus pour nos émissions de l’été. J’ai quand même pu prendre quelques semaines par-ci par-là avec ma famille, partir me balader au grand air, pas trop loin… C’était un été très différent des autres.

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