Sanctions économiques

Crise en Ukraine: des intérêts russes limités en Suisse

ck

22.2.2022 - 13:45

Alors que l'Union européenne et la Maison Blanche vont annoncer mardi des sanctions contre la Russie, en réaction à la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des régions séparatistes de l'est de l'Ukraine, le Conseil fédéral décidera s'il veut faire de même le cas échéant. L'agence AWP a fait un tour d'horizon de la présence économique russe en Suisse.

Un homme court devant le siège de Gazprombank sur la Zollikerstrasse, photographié à Zurich
Un homme court devant le siège de Gazprombank sur la Zollikerstrasse, photographié à Zurich. Gazprombank (Switzerland), qui dispose d'une adresse à Zurich et d'un représentant installé à Dubaï pour ses activités au Moyen-Orient, a fait part en 2020 d'une perte nette de 3,6 millions de francs et de 214 millions de francs de fonds propres. (archives)
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22.2.2022 - 13:45

- Nord Stream 2

Le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé mardi suspendre l'autorisation du gazoduc controversé Nord Stream 2 reliant la Russie à l'Allemagne, ajoutant que le dossier allait être «réexaminé» par le gouvernement allemand. Un peu plus tôt, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait exigé l'arrêt «immédiat» du projet, qui contourne le territoire ukrainien, le privant de recettes des droits de transit. L'entreprise, aux mains d'une filiale du géant gazier et pétrolier russe Gazprom, est domiciliée dans le canton de Zoug depuis juillet 2015. L'infrastructure doit acheminer l'hydrocarbure à travers la Baltique jusque dans le nord-est de l'Allemagne.

Le projet, achevé mais pas encore mis en service, a été cofinancé par cinq groupes énergétiques européens ( Engie, OMV, Wintershall Dea, Uniper et Shell). Nord Stream 2 se décrit sur son site comme un «projet commercial de gazoduc attaqué pour des raisons politiques» et assure que les «capacités de transit en Ukraine» vont «continuer à jouer leur rôle».

Le pipeline suit le parcours du son homologue Nord Stream, qui a transporté près de 60 milliards de mètres cubes de gaz naturel en 2021 et qui a aussi son siège à Zoug.

- Commerce extérieur

Les échanges avec la Russie restent minimes, selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières. En 2021, les exportations suisses se sont élevées à 3,2 milliards de francs (+15,6%), sur un total de près de 260 milliards. La Russie se situe au niveau de la Corée du Sud ou du Canada. Les importations ont elles atteint 270 millions, en hausse de quasiment un tiers.

«Les échanges actuels de marchandises concernent avant tout des produits pharmaceutiques, des machines, des montres et des métaux précieux», expliquait en novembre dernier Economiesuisse. «Le commerce transfrontalier est important, mais aussi le commerce des services (15e partenaire commercial). En outre, la Suisse est le dixième investisseur direct en Russie».

- Banques

Gazprombank (Switzerland), qui dispose d'une adresse à Zurich et d'un représentant installé à Dubaï pour ses activités au Moyen-Orient, a fait part en 2020 d'une perte nette de 3,6 millions de francs et de 214 millions de francs de fonds propres. Début février, la banque a confirmé l'ouverture d'une procédure pénale contre des employés, faisant suite à une procédure de la Finma conclue en 2018.

Sberbank (Switzerland) est aussi installée dans la capitale financière helvétique. En janvier, la filiale du groupe bancaire moscovite anticipait un bénéfice d'au moins 20 millions de francs au titre de l'exercice 2021. L'établissement revendique quelque 250 entreprises comme clients, des petits négociants de niche aux grands acteurs internationaux, essentiellement actifs dans les matières premières.

Selon le registre du commerce du Canton de Genève, Rosbank a été liquidée et radiée. Elle était spécialisée dans le financement du négoce international.

- Actionnariat

En 2018, le milliardaire Viktor Vekselberg a été inscrit sur une liste rouge américaine suite aux sanctions prononcées contre la Russie, en représailles notamment à l'annexion de la Crimée en 2014. Il a alors revu à la baisse ses parts dans plusieurs entreprises helvétiques, comme Sulzer, Oerlikon et de l'ancien Schmolz+Bickenbach (désormais Swiss Steel). Via son véhicule d'investissement Tiwel, il détient actuellement 48,82% des actions de l'industriel winterthourois Sulzer. Il détient aussi des parts dans la société immobilière Züblin.

L'an dernier, il déclarait à l'antenne russe du magazine Forbes que «plus de 1,5 milliard de dollars» de ses avoirs étaient gelés dans des banques américaines et suisses. Il a récemment gagné devant le Tribunal fédéral qui a estimé que Postfinance a violé la loi lorsqu'elle a fermé le compte privé du milliardaire.

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