La pandémie a affecté les salaires dans le monde

sn, ats

2.12.2020 - 13:34

La pandémie a étendu les inégalités de salaires entre travailleurs riches et pauvres dans de nombreux pays (archives).
ATS

La pandémie liée au coronavirus a fait baisser ou progresser plus lentement les salaires mensuels dans le monde, selon les chiffres de janvier à juin. Elle a aussi étendu les inégalités entre salaires élevés et bas, y compris en Suisse, a dit mercredi à Genève l'OIT.

A court terme, la crise devrait faire subir aux salaires une très forte pression vers le bas. Les salaires des femmes et des travailleurs faiblement rémunérés ont eux déjà été affectés «de manière disproportionnée», relève dans son rapport l'Organisation internationale du travail (OIT).

Selon des données sur une trentaine de pays européens, les salaires ont baissé dans deux tiers des pays. Sans subventions, ceux des femmes auraient reculé de 50% de plus que ceux des hommes pendant les trois mois avant l'été. En Suisse, ils ont baissé de près de 6% pour les premières et près de 3% pour les seconds.

Dans un tiers des pays, les salaires moyens ont eux semblé augmenter. «C'est un peu surprenant», a dit à la presse le directeur général de l'OIT Guy Ryder. Mais cette composante est surtout liée aux travailleurs peu rémunérés qui ont perdu leur emploi.

Les données «sont faussées», a affirmé M. Ryder. Elles ne signifient pas forcément que le salaire réel de ceux qui restent employés s'est étendu. Dans les pays qui ont décidé d'aides pour préserver le marché du travail, des baisses de salaires ont été observées plutôt que des coupes massives d'emplois.

Effets des subventions

L'augmentation des inégalités en raison de la crise «menace de laisser derrière elle de la pauvreté ainsi qu'une instabilité», déplore M. Ryder. Il a appelé à des politiques adaptées pour des emplois et des entreprises durables et pour soutenir la demande.

Sans les subventions, la baisse du montant moyen perdu sur les salaires pour l'ensemble des travailleurs dans la trentaine de pays européens aurait atteint plus de 6%. Les aides ont permis d'en compenser 40%. En Suisse, les salaires ont reculé de 3,7%, dont 2,9% en lien avec les réductions de temps de travail.

Impossible de savoir quand les Etats pourront renoncer aux subventions, dit M. Ryder qui appelle à ne pas les retirer trop tôt. «Nous devrions continuer à faire ce qu'il faut», ajoute-t-il. D'autant plus qu'un vaccin ne constitue pas une «solution» aux problèmes économiques et que les conséquences vont durer longtemps.

Parmi les travailleurs, les différences entre les 10% les mieux et les moins bien rémunérés ont augmenté partout pendant la crise. Parmi la trentaine d'Etats européens analysés, elles devraient s'étendre de plus de 21% en moyenne. La Suisse est en sixième place avec une progression de ces inégalités qui est inférieure à 10%.

Demande sur les salaires minimaux

Il existe un salaire minimum dans 90% des Etats membres de l'OIT. Mais celui-ci «ne protège pas tous les travailleurs», déplore M. Ryder. Avant même le début de la pandémie, plus de 260 millions de personnes étaient payées à un niveau inférieur au salaire horaire minimum. Soit parce que la législation n'était pas appliquée, soit parce qu'elles en étaient exclues. Les femmes sont surreprésentées.

Une responsable du rapport de l'OIT demande de mieux se conformer à la réglementation, une couverture plus large d'un nombre plus important de travailleurs, des salaires minimaux adaptés et à lutter contre le travail informel.

Selon des données sur plus de 135 pays sur les quatre dernières années, la croissance des salaires réels dans le monde a varié au total entre 1,6 et un peu plus de 2%. L'augmentation la plus rapide a été observée en Asie/Pacifique et dans l'Est de l'Europe.

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