323 détenus déplacés en une nuit vers une prison neuve

ATS

10.11.2021 - 09:05

Toute la nuit, un ballet de cars a traversé Mulhouse, transférant en toute discrétion plus de 300 détenus de la vieille prison décrépie du centre-ville vers le nouveau centre pénitentiaire flambant neuf en périphérie de la ville. Cette opération a mobilisé quelque 350 policiers et gendarmes.

ATS

10.11.2021 - 09:05

Quelque 350 policiers et gendarmes français ont été mobilisés dans la nuit de mardi à mercredi pour assurer le transfert de 323 détenus de la prison obsolète de Mulhouse au centre pénitentiaire flambant neuf de Lutterbach. Aucun incident n'a été signalé lors de cette opération (photo prétexte).
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Sous bonne escorte, les premiers bus ont franchi le lourd portail rouge de la maison d'arrêt de Mulhouse mardi peu avant 21h00 tandis que les éclats de voix de détenus parvenaient jusqu'à l'extérieur de l'enceinte. Derrière les barreaux, des silhouettes se distinguaient, attendant leur tour pour partir à dix kilomètres de là.

«L'objectif que nous nous sommes fixé est que mercredi, la maison d'arrêt de Mulhouse soit fermée officiellement et que, parallèlement, le centre pénitentiaire de Lutterbach soit mis en service», a expliqué Hubert Moreau, directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est.

Sécuriser le transfert

Cette lourde opération de transfert de 323 détenus aura mobilisé 250 fonctionnaires pénitentiaires et quelque 350 policiers et gendarmes. Ces derniers ont travaillé toute la nuit pour sécuriser les points de passage, a expliqué sur place le préfet du Haut-Rhin Louis Laugier.

Un tel transfert n'avait pas eu lieu depuis plusieurs années, le centre pénitentiaire de Lutterbach étant la première prison à ouvrir sous le quinquennat d'Emmanuel Macron. Cette ouverture s'inscrit dans le cadre d'un plan qui prévoit la création de 15'000 places supplémentaires d'ici à 2027.

«Les détenus ont voulu un peu marquer le coup avant que l'opération ne commence, on a vu des mèches enflammées jetées par les cellules et du tapage sur les portes et les fenêtres», a indiqué Hubert Moreau. «Stressé», l'un d'eux a été hospitalisé après s'être blessé, a-t-il ajouté.

Site pilote

Non loin du centre historique de la ville, l'imposante maison d'arrêt de Mulhouse, construite en 1865, n'était plus que vétusté. Son taux d'occupation avait atteint jusqu'à 170%. A une dizaine de kilomètres de là, la ville laisse place aux champs et les cars transportant les détenus ont pénétré dans l'enceinte du nouveau centre pénitentiaire qui s'étend sur 30'500 m2.

Bâti en 18 mois, loin de toute autre construction et pour un budget de plus de 100 millions d'euros, le centre pénitentiaire de Lutterbach est achevé depuis juin, mais a d'abord fonctionné «à blanc». «On a testé l'établissement à grandeur réelle, en procédant à des simulations. On a simulé des mouvements collectifs, des refus de réintégration (en cellule), des prises d'otages, des tentatives d'évasion», a expliqué M. Moreau.

Jusqu'à 520 détenus

Les affaires personnelles des détenus les attendaient déjà à leur arrivée dans leurs cellules aux murs blancs et pastel de Lutterbach. S'il ne comptera dans un premier temps que les 323 détenus en provenance de Mulhouse, ce centre pénitentiaire pourra en accueillir jusqu'à 520, dont 40 femmes et 20 mineurs dans des «quartiers» distincts. «L'objectif n'est pas d'avoir une montée en charge extrêmement rapide de l'établissement», a souligné Hubert Moreau.

L'une des spécificités de cette prison qui se veut un «pilote» pour les constructions à venir est la présence de deux «quartiers de confiance» qui accueilleront 80 détenus avec des espaces de vie communs et l'absence de barreaux aux fenêtres.

Souci de la réinsertion

«Cet établissement met à disposition des équipements modernes, adaptés à une détention tournée vers la réinsertion des détenus», s'est félicité le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti dans un entretien accordé à L'Alsace.

Il s'inscrit «dans la logique que je défends depuis toujours, à savoir une prison permettant de maintenir hors de la société des personnes que la justice a écartées, sans oublier que si la prison a vocation à punir, elle doit aussi travailler à réinsérer cette population amenée à ressortir un jour», a-t-il enchaîné.

ATS