Activistes jugés en appel à Renens

ATS

22.9.2020 - 19:37

Une petite centaine de personnes, dont le Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet (au centre), ont accueilli les militants climatiques mardi matin au tribunal à Renens.
Source: KEYSTONE/LAURENT GILLIERON

Les militants climatiques acquittés en janvier par la justice lausannoise sont passés mardi devant la Cour d'appel à Renens. Avec leurs avocats, ils ont défendu leur action de désobéissance civile, s'opposant à la vision «purement juridique» du procureur général.

Ce procès en appel, dont le verdict sera lu jeudi à 10h00, a été marqué par l'entrée en scène du Ministère public vaudois, en la personne du procureur général Eric Cottier. Absent en janvier dernier, le Parquet est intervenu pour corriger un jugement de première instance qualifié «d'erreur.»

Selon Eric Cottier, cette erreur a été d'acquitter les douze activistes qui, en novembre 2018, avaient illégalement occupé la succursale du Credit Suisse à Lausanne. Ils y étaient entrés déguisés en Roger Federer, l'ambassadeur de la banque, pour dénoncer les investissements du géant bancaire dans les énergies fossiles.

Très critique envers le juge de première instance, Eric Cottier lui a notamment reproché de s'être laissé amadouer par «la sympathie» qu'inspirent ces jeunes militants. «On est ici pour faire du droit, pas des sentiments», a déclaré le procureur général.

Parlant d'un procès à l'enjeu «purement juridique», il a estimé que l'action des membres de Lausanne Action Climat n'avait pas été «indispensable» à la sauvegarde de l'environnement et qu'ils n'avaient pas agi en situation de «danger imminent.»

Ecartant ainsi l'état de nécessité, qui a valu l'acquittement des prévenus en janvier, Eric Cottier a exigé une condamnation. Il a demandé à la Cour de retenir les sanctions prévues dans l'ordonnance pénale, à savoir des peines de jours-amende avec sursis.

Civilisation menacée

En face, les avocats de la défense ont critiqué la vision «anachronique» du procureur général. Ils ont soutenu que le droit devait s'adapter à une situation aussi «exceptionnelle» et «grave» que le réchauffement climatique.

Pour Me Charles Munoz, les trois juges de la Cour d'appel ont «une occasion unique de tourner la tête du bon côté» en reconnaissant la légitimité de l'action des jeunes militants.

Dans leur plaidoirie à douze voix, les avocats de la défense ont longuement dépeint l'urgence climatique en se basant sur les rapports et les avis des scientifiques. «Notre civilisation est menacée dans son existence», a résumé Me Marie-Pomme Moinat.

Face à cette urgence, la désobéissance civile est «un moteur puissant» et «un aiguillon nécessaire» pour faire évoluer la société, a indiqué Me Irène Wettstein, citant les exemples historiques de Rosa Parks ou Gandhi.

Envoyer un message

La défense a aussi souligné que cette fameuse partie de tennis dans les locaux de Credit Suisse avait porté ses fruits. Sous pression, la banque a dû sortir de «sa zone de confort» et abandonner «sa position hautaine» en commençant à faire des propositions, a relevé Me Olivier Boschetti.

Il a ajouté que l'action avait permis «une prise de conscience» au sein de la population, notamment sur la pollution engendrée par le monde de la finance.

En clôture de plaidoirie, Me Christian Bettex a demandé aux juges de «ne pas ignorer le droit, mais de l'interpréter» alors que l'humanité vit «une période charnière.» L'ancien bâtonnier a dit à la Cour de protéger les jeunes militants plutôt que Credit Suisse, et d'envoyer «un message d'une grande force» au monde de la finance, mais aussi aux autorités politiques.

Respect du domicile

Les onze prévenus – le 12e était absent mardi en raison d'une quarantaine liée au Covid – ont rappelé en matinée qu'ils avaient opté pour cette occupation du Credit Suisse «après avoir épuisé tous les moyens légaux.» Interrogés sur une éventuelle action politique, ils ont dit qu'ils avaient écarté cette voie, jugée «trop lente» face à l'urgence climatique.

Les militants, des étudiants pour la plupart, ont également fait part de leur «angoisse» du futur. Plusieurs d'entre eux ont par exemple expliqué qu'ils ne voulaient pas devenir parents. «Je ne veux pas prendre cette responsabilité morale», a confié un prévenu.

A noter aussi que le Credit Suisse, qui avait demandé à être dispensé en janvier, est brièvement intervenu mardi pour dire qu'il maintenait sa plainte. La banque demande «juste le respect de son domicile», a déclaré son avocate Me Miriam Mazou. Elle a ajouté que l'établissement avait pris plusieurs mesures ces dernières années pour améliorer son empreinte sur le climat.

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