«Mon droit au silence»

Au procès du 13-Novembre, Salah Abdeslam dit le minimum

ATS

30.3.2022 - 20:01

C'était sans doute la journée d'audience la plus attendue au procès des attentats du 13-Novembre, puisque Salah Abdeslam devait être interrogé sur cette nuit de terreur... mais l'espoir a été déçu, mercredi, par le silence du principal accusé qui n'a consenti à dire quelques mots qu'en fin d'audience.

This courtroom sketch shows key defendant Salah Abdeslam, left, and court president Jean-Louis Peries in the special courtroom built for the 2015 attacks trial, Wednesday, Sept. 8, 2021 in Paris. The trial of 20 men accused in the Islamic State group's coordinated attacks on Paris in 2015 that transformed France opened Wednesday in a custom-built complex embedded within a 13th-century courthouse. (Noelle Herrenschmidt via AP)
Ce croquis de salle d'audience montre le principal accusé Salah Abdeslam, à gauche, et le président du tribunal Jean-Louis Peries dans la salle d'audience spéciale construite pour le procès des attentats de 2015, mercredi 8 septembre 2021 à Paris.
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ATS

30.3.2022 - 20:01

«Monsieur le président, Messieurs et Mesdames de la cour. Aujourd'hui, je souhaite faire l'usage de mon droit au silence», annonce le Français de 32 ans, au tout début de l'audience, provoquant des soupirs consternés et déçus dans la salle d'audience, remplie.

«C'est votre droit, mais ce n'était pas du tout prévu», réagit le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Jean-Louis Périès, peinant à cacher sa déception.

Salah Abdeslam, déjà interrogé deux fois sur le fond du dossier, avait laissé entendre en février qu'il avait fait «marche arrière» et renoncé à tuer, le soir du 13 novembre 2015. Il avait alors promis des explications pour «plus tard».

«J'ai fait des efforts», affirme l'accusé, tout vêtu de noir, «j'ai dit des choses» après avoir gardé le silence pendant la quasi-totalité des cinq ans d'enquête.

Le président le pousse, se «permet d'insister», évoque les «conclusions» qui pourraient être tirées de son silence. Il reprend les éléments du dossier: les ultimes préparatifs, le voyage des commandos djihadistes vers Paris, le renoncement à faire exploser sa ceinture qu'il avait évoqué en février.

En vain. Impassible, cheveux bruns coiffés en arrière, barbe brune sous son masque noir, Salah Abdeslam continue à regarder droit devant lui.

«Lâcheté»

Excédé, l'un des avocats généraux, Nicolas Le Bris, dénonce un accusé qui «se prend pour une vedette, fait du teasing et garde le silence, se plaisant à voir les réactions qu'il suscite».

«On a la confirmation avec vous, M. Abdeslam, que la lâcheté est bien la marque de fabrique des terroristes. Il n'y a pas une once de courage chez vous», s'emporte l'avocat général.

Salah Abdeslam est le quatrième accusé à faire usage de son droit au silence depuis que le procès est entré dans la phase des interrogatoires.

Mardi, Mohamed Abrini avait expliqué avoir renoncé à participer aux attentats et affirmé que son ami d'enfance Salah Abdeslam l'avait remplacé au pied levé. Selon Abrini, Salah Abdeslam devait initialement rejoindre la Syrie et n'aurait intégré les commandos qu'en raison de sa défection.

Etait-ce bien le cas? A-t-il ensuite renoncé à se faire exploser ou y a-t-il été contraint par un dysfonctionnement technique de sa ceinture?

Un expert a rappelé à la barre que le gilet explosif de Salah Abdeslam était défectueux. Mais cela ne permet pas de savoir si son porteur a essayé ou non de le déclencher.

«J'avais honte»

Il faudra attendre l'intervention d'une avocate des parties civiles pour, qu'enfin, Salah Abdeslam sorte brièvement de son mutisme.

«On a un petit problème, quand même, vous m'aviez promis une réponse la dernière fois. Alors j'attends ma réponse», explique d'une voix douce Me Claire Josserand-Schmidt, fixant l'accusé droit dans les yeux.

Salah Abdeslam consent à «répondre à quelques questions parce que je vous avais promis».

Il prétend avoir renoncé à se faire exploser «pas par lâcheté, pas par peur, mais parce que je ne voulais pas, c'est tout».

Pourquoi alors, a-t-il dit à ses proches, «ses frères», que sa ceinture n'avait pas fonctionné? «C'est un mensonge?», interroge l'avocate.

«Oui c'est ça, j'avais honte de ne pas avoir été jusqu'au bout. J'avais peur du regard des autres. J'avais 25 ans aussi... J'avais honte, tout simplement», dit-il.

En toute fin d'audience, Salah Abdeslam prend de nouveau la parole... pour «donner une information» sur l'abandon de sa ceinture. «J'ai retiré le bouton poussoir, la pile et un fil» pour éviter «un accident», se justifie-t-il.

«C'est de la perversité. Un coup vous répondez, un coup vous ne répondez pas. C'est vous le maître du jeu», s'indigne Me Didier Seban, un avocat des parties civiles.

Le seul membre encore en vie des commandos djihadistes se mure de nouveau dans le silence.

ATS