Elle «voit la Vierge» et en profite pour détrousser ses adeptes

ATS

22.11.2021 - 11:49

Après quasiment vingt ans de procédure, le tribunal correctionnel de Dijon a entamé lundi le procès pour dérives sectaires d'une gourou, qui assure que la Vierge lui apparaît tous les 15 du mois à 00h06.

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22.11.2021 - 11:49

L'accusée dit avoir vu la Vierge Marie pour la première fois dans la nuit du 15 au 16 août 1996 dans une forêt, à 00h06 (photo symbolique).
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«De nombreux témoignages» font apparaître des «dévoiements», a déclaré la présidente du tribunal, Odile Legrand, en entamant la lecture d'un résumé de l'arrêt de renvoi, un épais dossier de sept tomes, réuni sur près de vingt ans par trois juges d'instruction successifs.

«La servante», telle que la prévenue était surnommée, «s'appropriait» des bijoux ou des biens immobiliers et recevait des «sommes importantes» d'adeptes. Elle pratiquait des «punitions et des privations alimentaires», «embrigadait» ses adeptes réduits à un état d'«obéissance absolue», une adepte affirmant même avoir été interdite d'accoucher sous péridurale.

Se disant «esclaves», des membres ont affirmé avoir eu «obligation de recopier des textes religieux» et subi des «pressions et menaces» pour ne pas démissionner.

Les adeptes étaient «placés sous dépendance» et rompaient «tout lien» avec leur famille, poursuit Mme Legrand sous le regard impassible de la prévenue, assise dans un fauteuil roulant et reliée à une bouteille d'oxygène.

Groupe de prière dans le Jura

À ses côtés, comparaît son complice présumé, 75 ans, ancien membre de l'Eglise de scientologie est poursuivi des mêmes chefs. L'accusée dit avoir vu la Vierge Marie pour la première fois dans la nuit du 15 au 16 août 1996 dans une forêt, à 00h06. Elle affirme depuis que cette apparition se reproduit tous les 15 du mois, à la même heure.

En 1999, elle fonde près de Dijon un groupe de prière, «Amour et Miséricorde», aujourd'hui installé à Petit-Noir, dans le Jura.

En 2002, de premières plaintes sont déposées mais un non-lieu est rendu en 2008. D'autres plaintes suivent cependant et une enquête est menée par la Mission interministérielle chargée de la lutte contre les sectes (Miviludes).

Les informations recueillies auprès de la «gourelle», écrit la mission dans un rapport, «attestent de comportements constitutifs de dérives sectaires» et «un processus d'emprise sur ses membres, de rupture avec l'environnement familial et social et de pressions financières».

Une nouvelle information judiciaire est alors ouverte et l'accusée, 67 ans aujourd'hui, est mise en examen en juillet 2014, tout comme M. Delestrac, pour «abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne par dirigeant d'un groupement poursuivant des activités créant, maintenant ou exploitant la sujétion psychologique des participants». Douze parties civiles sont représentées à ce procès qui doit s'achever mardi.

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