Il y a 130 ans, Jack l'Éventreur entamait son épopée sanglante

gusi

1.9.2018 - 11:00

Ce dessin montre le moment où la police a découvert le corps de la première victime de Jack l'Éventreur, en 1888.
Getty Images

Nous sommes le dernier jour du mois d'août 1888. Il est près de quatre heures du matin. À Londres, un cocher fait une macabre découverte. Le corps de Mary Ann Nichols gît, la gorge tranchée, dans une ruelle du quartier pauvre de Whitechapel. Sa robe est relevée et son ventre entaillé. C'est le début de la sanglante série de meurtres de Jack l'Éventreur.

Là où les hipsters dégustent aujourd'hui leur café filtre avec un toast à l'avocat et des œufs pochés, où les touristes admirent des œuvres d'art urbain et où les écoles de mode exposent leurs créations, régnait autrefois la loi du plus fort. Il y a 130 ans, ceux qui voulaient survivre dans le quartier londonien de l'East End devaient louer leurs services en tant que travailleur journalier au marché ou au port ou se livrer à la prostitution.

Les quartiers de Whitechapel et de Spitalfields sont alors des quartiers d'immigrés particulièrement malfamés où, depuis des siècles, des Allemands, des huguenots, des Irlandais et des réfugiés juifs, chassés par les pogroms d'Europe de l'Est, trouvent un premier refuge — souvent dans des asiles gérés par l'Armée du Salut, distribuant gratuitement des repas chauds.

Un labyrinthe de cours et de ruelles étroites avec de nombreuses auberges et petits ateliers au sein duquel Jack l'Éventreur peut commettre ses crimes sans être dérangé. S'il y avait de nombreux suspects à l'époque, pour l'instant, aucun des cinq meurtres qui lui sont imputés n'a pu être résolu.

Sa deuxième victime, Annie Chapman, sera découverte un peu plus d'une semaine après son premier crime. Le tueur lui a retiré une partie de ses viscères, ce qui représente une mutilation supplémentaire.

Elizabeth Stride est l'une des cinq victimes officielles de Jack l'Éventreur. Elle a croisé la route du meurtrier dans la Derner Street le 30 septembre 1888. Aujourd'hui, on pense que le criminel a été dérangé dans son œuvre. Comparé à celui des autres victimes du tueur, le corps d'Elizabeth Stride ne présentait presque aucune mutilation.
Getty Images

Trois semaines plus tard, Jack l'Éventreur commettra deux meurtres en une seule nuit: Elizabeth Stride à une heure du matin — le meurtrier semble avoir été surpris — et Catherine Eddowes, à qui il retirera le rein gauche et l'utérus, 45 minutes plus tard.

Des policiers supplémentaires se mettent alors à patrouiller dans les rues et des fonctionnaires civils se mêlent aux ivrognes et aux sans-abri. Cependant, rien n'y fait: le 10 novembre, le tueur met enfin un terme à son épopée macabre avec le meurtre de Mary Kelly, qui sera retrouvée dans le lit d'un logement miteux, une partie de ses organes posés sur la table à côté d'elle.

Une enquête infructueuse

La police avance à tâtons. Les techniques d'investigation criminelle modernes ne seront inventées et appliquées que bien des années plus tard. Les policiers effaceront même des pistes possibles, dont une inscription laissée sur mur, peut-être l'œuvre du meurtrier.

Il y a 130 ans, la police ne disposait que de peu de moyens. On était encore bien loin de la criminalistique moderne. Ainsi, on ne peut prouver la culpabilité d'un suspect au moyen de ses empreintes digitales que depuis les années 30. Quant à l'analyse ADN, elle n'existe que depuis les années 80.
Bild: Getty Images

La presse prendra un malin plaisir à révéler tous les détails sordides et condamnera le travail d'enquête réalisé par la police — notamment pour se venger du fait que Scotland Yard ne divulgue aucune information.

Le modus operandi du tueur est clair: la plupart de ses victimes sont âgées d'une bonne trentaine d'années ou ont plus de 40 ans, ce sont toutes d'anciennes prostituées ou des femmes travaillant encore dans le secteur. Le meurtrier commet ses crimes le week-end ou les jours fériés, tranche la gorge de ses victimes et les mutile de façon grotesque.

Des passants l'ont peut-être même déjà vu: ainsi, sa quatrième victime, Catherine Eddowes, a été vue en compagnie d'un homme dix minutes avant la découverte de son cadavre. Dans le «Times», un témoin le décrira comme un «homme au teint clair d'un trentaine d'années, mesurant 1,75 mètre et portant une petite moustache blonde, un foulard rouge et un chapeau pointu».

Des centaines de lettres de revendication

La police et les médias recevront des centaines de lettres de revendication, dont une signée «Jack l'Éventreur», qui a donné son nom au célèbre tueur en série. Si son authenticité est désormais mise en doute, elle stimulera l'imagination de nombreux journalistes, parasites et détectives amateurs de l'époque — jusqu'à aujourd'hui.

La police et les médias recevront de nombreuses lettres de revendication, dont une signée «Jack l'Éventreur».
Getty Images

Les suspects ne manquent pas: parmi eux, d'anciens amants, des criminels ayant une bonne connaissance des lieux, des bouchers, des médecins ou des sages-femmes, soupçonnés en raison de leurs connaissances anatomiques, des francs-maçons, des immigrés, le petit-fils ou le médecin personnel de la reine Victoria, des charlatans et des magiciens ou encore un groupe d'anarchistes se trouvant prétendument sous l'influence d'un génie russe diabolique, également soupçonné d'espionnage pour le compte du gouvernement britannique. Rien n'y fait — le meurtrier ne sera jamais attrapé.

Une incarnation du mal qui fascine

En 1888, le monstre de l'East End fait les gros titres de la presse internationale. En l'espace de quelques mois, le tueur en série fera l'objet d'un premier roman et ses crimes seront repris par les mondes de la littérature, du cinéma et du théâtre. Alors qu'en 1904, c'est Jack l'Éventreur qui assassinera la «Lulu» de Frank Wedekind, en 1918, le peintre George Grosz n'hésitera pas à poser en tant que Jack l'Éventreur dans un autoportrait.

Aujourd'hui, le quartier londonien de l'East End est devenu le quartier des hipsters. Il y a 130 ans, régnait ici la loi du plus fort. Ceux qui voulaient survivre devaient louer leurs services en tant que travailleur journalier ou se livrer à la prostitution.
Getty Images

Aujourd'hui, cette incarnation du mal continue de fasciner, que ce soit les médecins légistes ou encore l'auteure de romans policiers Patricia Cornwell, qui a tenté de prouver que le tueur n'était autre que l'artiste Walter Sickert — mais n'a pas convaincu grand monde. Presque tous les jours, des conteurs accompagnent des groupes de touristes en provenance du monde entier dans les rues de Whitechapel, sur les traces du mystérieux tueur en série londonien.

«Golden State Killer»: 13 accusations de meurtres

Bruno Zwahlen: le meurtre de Kehrsatz

Retour à la page d'accueil