L’ex-commandant libérien Kosiah condamné à 20 ans de réclusion

duge, ats

18.6.2021 - 17:33

Le Tribunal pénal fédéral a condamné vendredi l’ex commandant libérien Alieu Kosiah à 20 ans de réclusion et 15 ans d’expulsion de la Suisse (image prétexte).
ATS

L’ex-commandant libérien Alieu Kosiah a été condamné vendredi par le Tribunal pénal fédéral à 20 ans de réclusion et 15 ans d’expulsion de la Suisse. Le TPF l’a reconnu coupable de violation des lois de la guerre durant le 1er conflit civil au Libéria de 1993 à 1995.

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18.6.2021 - 17:33

Son procès avait eu lieu entre décembre 2020 et février 2021 à Bellinzone. L’énoncé du verdict est tombé plus de quatre mois après la clôture du procès, le premier du genre mené par un tribunal pénal, a souligné le président du TPF Jean-Luc Bacher.

Le TPF s’est aligné sur les conclusions du procureur Andreas Müller, tout en libérant le coupable de quatre des 25 chefs d’accusation. Il ne lui a toutefois reconnu aucune circonstance atténuante. La défense va faire appel, a-t-elle indiqué à Keystone-ATS.

Alieu Kosiah, 46 ans, qui a toujours plaidé non coupable est resté impassible à l’énoncé de la peine. L’homme, établi en Suisse en 1998, a été arrêté le 10 novembre 2014 à Berne au terme d’une enquête pour crimes de guerre par le Ministère public de la Confédération (MPC).

La plainte de sept victimes de l’ex-commandant de la faction armée de l’ULIMO (United Liberation Movement Of Liberia of Democracy) a provoqué son arrestation. Il est actuellement détenu à la prison régionale de Berne.

Cause très atypique

Outre la condamnation à 20 ans de réclusion et l’expulsion de la Suisse, Alieu Kosiah devra verser des indemnités pour tort moral aux sept parties plaignantes pour un total d’environ 53'000 francs. Il devra aussi défrayer les six témoins venus expressément du Libéria pour répondre aux questions de la cour. Les frais de procédure qui s’élèvent à plus de 1,3 million de francs sont mis à la charge de l’accusé à hauteur de 50'000 francs.

Durant la lecture du verdict qui a duré environ trois heures, le président du TPF a passé en revue, dans le détail des horreurs commises durant ce conflit sanglant, tous les chefs d’accusation retenus par le MPC.

Il a tenu à rappeler que «cette cause est très atypique, elle concerne un pays lointain et porte sur des faits qui ont eu lieu durant une guerre civile, des faits anciens». Les délits reprochés à Alieu Kosiah, a précisé le juge Bacher, relèveraient d’un tribunal militaire, s’agissant de violations des droits de la guerre.

Pas d’atténuation de la peine

Alieu Kosiah a été acquitté du recrutement d’un enfant soldat, celui-ci aurait rejoint volontairement les rangs des combattants emmenés par le coupable. Le tribunal l'a également acquitté de la tentative de meurtre d’un civil, de complicité de meurtre d’un civil et de l’ordre de piller une centrale électrique.

Il a en revanche été reconnu coupable de violations des lois de la guerre pour l’utilisation d’un enfant soldat et l’ordre de tuer treize civils et deux soldats capturés, dont les têtes tranchées avaient été exposées à l’aéroport de Monrovia, la capitale du Libéria, ainsi que des meurtres de quatre civils.

Les juges l'ont aussi reconnu coupable du viol d’une femme, du traitement cruel de sept autres civils, d’atteinte à la dignité de la dépouille d’un homme, dont le cœur avait été arraché et qu'il avait mangé avec autres soldats ainsi que d’ordres multiples de traiter cruellement des civils. Il a en outre été reconnu coupable d’avoir ordonné le pillage d’une génératrice et d’un village.

Sans regret

Le président a justifié le fait que la cour n’a pas retenu de circonstances atténuantes en raison du comportement arrogant de cet «ancien criminel de guerre bien connu» qui n’a jamais fait preuve de regrets ni n’a jamais renié la guerre civile.

Il a souligné les traumatismes durables des victimes dont ceux subis par les témoins venus déposer à la barre et dont les récits, accablants pour l’accusé, ont été tenus en tous points pour crédibles par le TPF. «Une atténuation de la peine ne peut se justifier», a conclu le président Bacher, pour qui «le jeune âge de Kosiah au moment des faits ne suffit pas à lui octroyer des circonstances atténuantes.»

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