L'étincelle Hasél qui fait exploser la jeunesse précaire espagnole

ATS

23.2.2021 - 09:53

Une capuche lui couvre les cheveux, un masque le visage. Seuls les yeux sombres de María sont visibles pendant l'une des violentes manifestations contre l'incarcération du rappeur Pablo Hasél qui secouent Barcelone et d'autres villes d'Espagne depuis mardi dernier.

epa09030262 People throw objects during a protest against the imprisonment of Spanish rapper Pau Rivadulla Duro, A.K.A 'Pablo Hasel' in Barcelona, Catalonia, Spain 22 February 2021. Hasel was given a nine-month-prison sentence late January after the Supreme Court found him guilty of incitement to terrorism and offense against the dignity of the Spanish Crown and State institutions on his lyrics. EPA/Marta Perez
Barricades et poubelles incendiées, saccages de boutiques: depuis l'incarcération mardi du rappeur catalan Pablo Hasél, les rues de Barcelone sont le théâtre d'affrontements entre jeunes manifestants et policiers.
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«Pablo Hasél a été l'étincelle, mais il y a beaucoup plus de choses. Nous n'en pouvons plus des injustices, de la précarité, de la répression et cela nous a fait exploser», a expliqué à l'AFP cette étudiante en histoire de 20 ans, qui a préféré donner un prénom fictif.

Barricades et poubelles incendiées, saccages de boutiques: depuis l'incarcération mardi de ce rappeur catalan, condamné à neuf mois de prison pour des tweets constituant, selon la justice, une «apologie du terrorisme», les rues de Barcelone sont le théâtre d'affrontements entre jeunes manifestants et policiers.



Au-delà de Barcelone, d'autres villes de la région, la Catalogne (nord-est), ont été secouées par des violences, comme Vic où des manifestants s'en sont pris le 16 février au commissariat, blessant onze agents. Au total, 109 manifestants ont été arrêtés dans la région depuis cette date, selon la police locale.

«Lutter pour nos droits»

Avec rage et sans crainte, nombre de jeunes manifestants se sont lancés dans des affrontements directs avec les forces de l'ordre, sautant sur leur véhicule ou les poursuivant. Les policiers ont riposté en chargeant ou en tirant des projectiles en mousse, a priori responsables de la perte d'un oeil chez une jeune manifestante.

«Cela fait vraiment peur de venir [manifester, ndlr] et d'être arrêtée, frappée ou de perdre un oeil. Mais cela fait encore plus peur de rester chez soi et de ne pas lutter pour nos droits», insiste María.

Cette étudiante n'en est pas à sa première manifestation violente. Elle était déjà descendue dans la rue en octobre 2019, quand Barcelone avait vécu des nuits de guérilla urbaine après la condamnation à la prison de neuf dirigeants indépendantistes catalans pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Contrairement à 2019, où la mobilisation s'était logiquement limitée à la Catalogne, l'incarcération de Pablo Hasél a entraîné des actions de protestation également marquées par des violences dans d'autres villes d'Espagne comme Madrid, Valence (est) et Grenade (sud).

Après une mobilisation très politisée, les manifestations ont entraîné ces derniers jours dans leur sillage des casseurs qui ont pillé des boutiques de luxe, des hôtels ou des concessionnaires automobiles.

«Génération perdue»

«Il y a beaucoup de choses derrière, beaucoup de lassitude. Nous voyons que la société s'effondre sur de nombreux plans, écologique, économique, social et notre génération sera celle qui paiera la facture», dit pour sa part Alba, une autre étudiante de 20 ans participant aux manifestations à Barcelone, dont le physique frêle et la voix douce contrastent avec une détermination à toute épreuve forgée par plusieurs années de militantisme écologiste.

«Nous luttons, car nous refusons d'être une génération perdue», clame-t-elle.

Ce sont les mêmes arguments qui reviennent dans la bouche de ces jeunes manifestants: taux de chômage des jeunes record au niveau de l'Union européenne (40,2%), précarité, enchaînement de stages, loyers qui grimpent en flèche en particulier à Madrid et à Barcelone.

Les perspectives sont encore assombries par la pandémie de Covid-19, les jeunes étant souvent montrés du doigt et rendus responsables de l'augmentation du nombre des cas.

A Barcelone, les images des flammes ont provoqué l'émoi d'une partie de ses habitants qui, souvent, sont sortis de chez eux pour dénoncer les violences ou ont jeté de l'eau de leur balcon pour tenter d'éteindre le feu.

«La violence est une question complexe», reconnaît Xavi Pérez, un salarié de l'hôtellerie actuellement au chômage partiel qui a participé à la manifestation barcelonaise samedi. «On ne peut pas défendre la violence. Mais, d'un autre côté, il est vrai que les manifestations uniquement pacifistes ne nous ont menés nulle part. Nous devons faire un peu plus», conclut-il.

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ATS