Le journaliste américain libéré par la Birmanie affirme ne pas avoir été «maltraité»

AFP

15.11.2021 - 19:18

Le journaliste américain Danny Fenster a affirmé lundi à Doha ne pas avoir été «affamé ou battu» lors de sa détention dans une prison en Birmanie dont il vient d'être libéré, à la veille d'un procès où il risquait la prison à vie pour terrorisme.

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15.11.2021 - 19:18

Visiblement très amaigri après six mois passés en prison, M. Fenster, 37 ans, a déclaré avoir été «arrêté sans raison», lors d'une conférence de presse dans la capitale qatarie, où il effectue une escale avant de se rendre aux Etats-Unis.

«J'ai été arrêté et détenu sans raison... mais physiquement j'étais en bonne santé. Je n'étais ni affamé ni battu», a-t-il dit aux journalistes.

Danny Fenster, rédacteur en chef du magazine Frontier Myanmar, l'un des principaux organes de presse indépendants du pays, avait été arrêté en mai alors qu'il tentait de quitter la Birmanie. Il était détenu depuis à la tristement célèbre prison d'Insein près de Rangoun, aux côtés de nombreux prisonniers politiques.

La semaine dernière, il avait été condamné à 11 ans de prison pour incitation à la dissidence, association illégale et violation de la loi sur les visas.

Il devait comparaître mardi devant un tribunal pour terrorisme et sédition, et encourait pour ces deux nouveaux chefs d'accusation la prison à vie. 

M. Fenster a été gracié «pour des raisons humanitaires» après des négociations avec l'ancien diplomate américain Bill Richardson et deux émissaires japonais, a indiqué dans un communiqué le service de communication du régime birman.

Le bureau de M. Richardson avait auparavant évoqué «des négociations en tête-à-tête» avec le chef du la junte Min Aung Hlaing. 

Des images diffusées par les médias d'Etat birmans montrent Danny Fenster, très amaigri, en short et en tongs aux côtés de M. Richardson. Ce dernier a ensuite posté une photo du journaliste devant un petit avion sur le tarmac de Naypyidaw, la capitale de la Birmanie.

Aux Etats-Unis, sa famille s'est dit soulagée dans un communiqué, remerciant «tous ceux qui ont contribué à sa libération».

«Je suis tellement heureux», a dit Buddy Fenster, le père du journaliste. «C'est très difficile pour un parent de savoir que son enfant va mal et qu'il ne peut rien faire (pour l'aider).»

«Lors de nos conversations téléphoniques, on sentait qu'il n'allait pas bien», a de son côté affirmé Bryan, son frère. Sa libération «est un vrai soulagement», a-t-il ajouté.

Le département d'Etat a également salué l'annonce, réitérant son «appel à la libération des autres prisonniers injustement détenus en Birmanie».

«Il n'avait rien fait de mal»

«C'est une merveilleuse nouvelle pour tous ses amis et sa famille», a déclaré à l'AFP son collègue de Frontier Myanmar, Andrew Nachemson. 

«Il n'aurait jamais dû passer six mois en prison (...) et tous les journalistes locaux qui restent emprisonnés devraient également être libérés immédiatement».

Bill Richardson s'était rendu en Birmanie au début du mois pour une «mission humanitaire privée». Il avait alors déclaré que le département d'État américain lui avait demandé de ne pas évoquer le cas de Fenster lors de sa visite.

«Il est fort probable qu'on ait tout de même poliment expliqué à la junte que garder des citoyens américains en otage était une très mauvaise idée», relève Richard Horsey du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Danny Fenster, qui a passé 176 jours derrière les barreaux, aurait contracté le Covid-19 pendant sa détention, d'après sa famille. Il a perdu de nombreux kilos, selon son avocat Than Zaw Aung.

La Birmanie a sombré dans le chaos depuis le putsch militaire du 1er février qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi et mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Le régime militaire poursuit une sanglante répression contre ses opposants avec plus de 1.200 civils tués et plus de 7.000 en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), une ONG locale qui rapporte des cas de tortures, de viols et d'exécutions extra-judiciaires. 

La presse est muselée par la junte qui tente de renforcer son contrôle de l'information, limitant l'accès à l'internet et annulant les licences des médias. 

Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporting ASEAN, une association de défense des droits. 31 d'entre eux sont toujours en détention.

Assignée à résidence, Aung San Suu Kyi, 76 ans, est jugée, depuis juin à huis clos, pour une multitude d'infractions qui peuvent la conduire en prison pour des décennies.

Fin octobre, Win Htein, un de ses proches collaborateurs âgé de 80 ans, a été condamné à 20 ans de détention pour trahison. 

AFP