Emoi en France 2 mineurs mis en examen pour le viol à caractère antisémite d'une ado de 12 ans

AFP

19.6.2024

Le viol en réunion d'une jeune adolescente de 12 ans accompagné de violences antisémites provoque une vague d'indignation en France ce mercredi.

Les faits ont été dénoncés par la jeune fille samedi soir (image d'illustration).
Les faits ont été dénoncés par la jeune fille samedi soir (image d'illustration).
KEYSTONE

AFP

19.6.2024

La jeune victime a déclaré aux enquêteurs que l'un des adolescents mis en cause lui avait «posé des questions concernant sa religion juive», lui demandant pourquoi elle n'en parlait pas et lui posant des questions sur Israël, détaille une source policière. Il l'a aussi traitée de «sale juive».

Face à l'émoi suscité par cette affaire, le président de la République Emmanuel Macron a demandé au cours du Conseil des ministres, qu'"un temps d'échanges" soit organisé dans les prochains jours dans les écoles sur le racisme et l'antisémitisme.

Les deux adolescents de 13 ans ont été placés sous mandat de dépôt. Un troisième suspect de 12 ans a été placé sous le statut de témoin assisté pour viol et mis en examen pour les autres infractions visées par l'enquête et fait l'objet d'une mesure éducative provisoire, selon le parquet de Nanterre.

«Des pénétrations tout en proférant des menaces de mort»

Selon les premières déclarations de la victime, l'un des agresseurs a filmé la scène, qui s'est déroulée dans un local désaffecté. Un autre adolescent l'a menacée de mort si elle rapportait les faits à la police.

Les faits ont été dénoncés par la jeune fille samedi soir. Selon une source policière, la mineure a expliqué avoir été abordée par trois adolescents et entraînée dans un hangar alors qu'elle se trouvait dans un parc proche de son domicile avec un ami.

Les suspects l'ont frappée et «lui ont imposé des pénétrations anales et vaginales, une fellation, tout en lui proférant des menaces de mort et des propos antisémites», a précisé cette même source. Son ami est parvenu à identifier deux des agresseurs.

Marine Le Pen s'en prend à «l'extrême gauche»

«Sordide», «abject»: en pleine campagne électorale, cette affaire suscite de nombreuses réactions de part et d'autre de l'échiquier politique.

Régulièrement accusé par des opposants politiques de propos ambigus sur l'antisémitisme, le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X «le racisme antisémite».

A l'opposé du spectre politique, le président du Rassemblement national Jordan Bardella a appelé à «combattre cet antisémitisme qui s'abat sur la France depuis le 7 octobre» et les attaques sanglantes menées par le Hamas en Israël.

Marine Le Pen s'en est elle prise frontalement à «l'extrême gauche» et à sa supposée «stigmatisation des juifs depuis des mois à travers l'instrumentalisation du conflit israélo-palestinien».

Flambée des actes antisémites

L'association SOS Racisme a apporté «tout son soutien à la victime et à sa famille» dans cette «affaire sordide», rappelant l'augmentation «inquiétante» des actes antisémites depuis le 7 octobre.

Mercredi matin, le collectif Nous Vivrons, né au lendemain de l'attaque sanglante du Hamas, a appelé à manifester ce même jour à 18H30 à Paris. «Ce viol antisémite s’inscrit dans le prolongement d’un climat hostile aux Juifs, notamment alimenté par des déclarations politiques irresponsables, visant à souffler sur les braises et à attiser la haine des Juifs depuis plusieurs mois», a accusé le collectif.

Dans la communauté juive, les faits dénoncés par la jeune fille ont provoqué une vive émotion.

Le président du Consistoire central, Elie Korchia, a exprimé sur X son «soutien à cette jeune victime, de confession juive, qui a subi un viol et des agressions insupportables», déplorant «un crime sexuel sordide et ignoble qui nous émeut profondément».

«Nul ne saurait être dédouané face à ce déferlement antisémite sans précédent», a commenté sur X le grand rabbin de France Haïm Korsia, se disant «horrifié».

Sur le même réseau social, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a dit son «immense émotion face au viol tragique de cette jeune fille», prévenant qu'il suivra «avec vigilance tous les développements de cette affaire extrêmement inquiétante».

«Le viol est un outil de destruction au service de la haine et lorsque des enfants violent des enfants, c'est aussi la société toute entière qui doit se poser la question de sa responsabilité face à la violence, l'antisémitisme et la misogynie à l'oeuvre dans notre pays», a réagi la Fondation des femmes.

«C'est un acte abject, on ne peut pas penser que ça existe encore», a déclaré à l'AFP Jacques Kossowski, maire LR de Courbevoie. «Ce que j'espère c'est que la justice puisse condamner fermement ces agresseurs, quel que soit leur âge», a poursuivi l'édile.

Les actes antisémites ont flambé en France au premier trimestre 2024, selon des chiffres du gouvernement, qui a fait état de «366 faits antisémites» recensés entre janvier et mars, en hausse de 300% par rapport aux trois premiers mois de l'année 2023.

En janvier, le Crif avait rapporté une forte augmentation des actes antisémites en France, qui ont été multipliés par quatre en un an, passant de 436 en 2022 à 1.676 en 2023, avec une «explosion» après le 7 octobre.