Nicolas Sarkozy dénonce des «infamies» à la reprise de son procès

st

30.11.2020 - 18:45

Nicolas Sarkozy encourt dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence.
Source : KEYSTONE 

L'ancien président français Nicolas Sarkozy a dénoncé lundi des «infamies» lors de son procès pour corruption, qui a repris une semaine après un faux départ, en présence des 3 prévenus. L'un d'eux, Gilbert Azibert, a échoué à obtenir un renvoi pour raisons de santé.

«M. Nicolas Sarkozy, vous êtes renvoyé devant ce tribunal pour avoir...» Alors que la présidente lit comme d'usage les infractions qui lui sont reprochées, l'ex-chef de l'État, mains jointes devant lui, se tient droit à la barre. Puis il demande à dire quelques mots: «Je ne reconnais aucune de ces infamies avec lesquelles on me poursuit depuis six ans», déclare-t-il.

L'ancien occupant de l'Elysée (2007-2012) se rassoit ensuite près de son avocat Thierry Herzog, qui comparaît à ses côtés, et pour la première fois de l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert, dont la chaise était restée vide la semaine dernière. Dans ce dossier, M. Sarkozy est soupçonné d'avoir, avec Thierry Herzog, tenté de corrompre Gilbert Azibert, alors en poste à la Cour de cassation.

Invoquant sa santé fragile dans le contexte de l'épidémie de coronavirus, M. Azibert, 73 ans, avait sollicité un renvoi. Mais après avoir ordonné une expertise médicale, qui l'a jugé apte à comparaître, le tribunal l'avait sommé jeudi de venir «en personne» à l'audience.

Lundi, la 32e chambre correctionnelle a débuté l'examen de cette affaire avec de rugueux mais décisifs débats procéduraux, la défense contestant notamment la validité des poursuites. L'avocate de Nicolas Sarkozy, Jacqueline Laffont, a commencé à plaider la «nullité de la procédure toute entière», en raison selon elle de «nombreuses dérives» et de «violations répétées, graves» des droits de la défense.

Jamais un ancien chef de l'État n'avait été jugé pour corruption sous la Ve République. Avant Nicolas Sarkozy, 65 ans, un seul ancien président, Jacques Chirac, avait été jugé et condamné en 2011 dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, mais sans avoir jamais comparu devant ses juges, pour des raisons de santé.

Ligne officieuse

Retiré de la politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016 mais toujours très influent chez Les Républicains (parti de droite), Nicolas Sarkozy encourt dix ans de prison et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence, comme ses coprévenus qui sont jugés en sus pour violation du secret professionnel. Ils contestent aussi toute infraction.

Selon l'accusation, Nicolas Sarkozy cherchait à obtenir des informations couvertes par le secret, voire à peser sur une procédure engagée devant la Cour de cassation liée à un dossier – l'affaire Bettencourt – dans laquelle il avait obtenu un non-lieu fin 2013. En contrepartie, il aurait donné un «coup de pouce» à Gilbert Azibert pour un poste de prestige convoité par ce dernier à Monaco, mais qu'il n'a in fine jamais obtenu.

Cette affaire a surgi d'un autre dossier qui concerne depuis des années l'ex-chef de l'État: celui des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, qui lui vaut une quadruple mise en examen.

Dans le cadre de ces investigations, les juges avaient découvert en 2014 l'existence d'une ligne téléphonique officieuse entre l'ancien président et son avocat, Thierry Herzog, ouverte sous le nom de «Paul Bismuth».

Écoutes «illégales»

Les conversations interceptées sur cette ligne secrète sont au coeur du dossier des «écoutes»: elles sont la preuve, pour l'accusation, d'un «pacte de corruption». Une mise sous écoute «illégale», s'insurge la défense, qui estime que le secret des échanges entre un avocat et son client a été violé.

La défense doit aussi s'attaquer à l'affaire «bis», celle des «fadettes»: une enquête préliminaire diligentée pour dénicher l'éventuelle «taupe» qui aurait informé Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog qu'ils étaient écoutés par la justice sur la ligne «Bismuth».

Dans cette enquête parallèle, classée sans suite près de six ans après son ouverture, le parquet national financier (PNF) – qui représente l'accusation à l'audience – a épluché les factures téléphoniques détaillées ("fadettes") de plusieurs ténors du barreau parisien. C'est entorse majeure au secret professionnel et à la vie privée des avocats, selon les conseils des prévenus.

Un autre rendez-vous judiciaire attend Nicolas Sarkozy au printemps: le procès de l'affaire Bygmalion sur ses frais de campagne pour l'élection présidentielle de 2012.

Retour à la page d'accueil

st