La pêche au drone

Une véritable menace pour la biodiversité

Relax

6.5.2022 - 20:42

La pêche au drone est très en vogue, mais elle est une menace pour la biodiversité marine.
courtesy of Jason Blackeye/Unsplash

A la mouche, au leurre, à l'arc et au drone! On n'arrête pas le progrès, sauf que cette nouvelle pratique très en vogue permet d'atteindre des espèces marines que la pêche en mer ne parvenait pas à atteindre. Une véritable plaie pour la biodiversité au point que l'Afrique du Sud a décidé de l'interdire. 

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6.5.2022 - 20:42

Mi-avril dernier, l'Afrique du Sud en est venue à bout d'une bataille judiciaire avec les fabricants de drones, qui défendaient la pratique de la pêche à l'aide de ces petits aéronefs sans équipages et pilotés à distance. Le pays de Nelson Mandela n'était pas le seul à user de ce type de prise. En Australie mais aussi aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande, les pêcheurs utilisent des drones depuis 2015, révèle «Courrier International». En consultant des vidéos YouTube, il est aisé de découvrir que la pêche au drone est aussi pratiquée à la Réunion...

En quoi consiste cette pratique? 

Grâce aux drones, on peut prendre de l'altitude et repérer les bancs de poissons à plus grande distance du bord de mer. L'engin s'élève et peut parcourir jusqu'à 850, voire 950 mètres, de distance. Grâce à cette méthode, il est possible de jeter la ligne, et donc l'appât là où il faut, quand il faut, et surtout à des endroits imperceptibles à l'oeil nu puisque le pêcheur se trouve sur le rivage. Pour les poissons légers, le drone peut être capable de soulever la ligne qui a été mordue. Pour les espèces plus imposantes, la ligne peut être détachée de l'engin volant sur simple commande – la canne à pêche pouvant être reliée au bolide volant, tandis que le pêcheur décidera de ramener lui-même à la main sa capture. Les défenseurs de la pêche au drone revendiquent cette pratique pour sa capacité à attraper de plus gros spécimens. En 2016, deux pêcheurs australiens avaient fait le buzz sur les réseaux sociaux avec la capture d'un thon de 20 kilos pêché par drone.

Pourquoi cette nouvelle pratique est-elle un danger? 

Alors que la surpêche touche 21% des populations de poissons débarqués en France d'après les données publiées par l'Ifremer en 2020 – cela concerne notamment le merlan et l'eglefin, la pêche au drone ouvre la voie à des zones que la pêche n'exploitait pas ou peu. A l'automne dernier, sur RFI, le biologiste Bruce Mann indiquait que ces endroits que les pêcheurs n'atteignaient pas avant l'arrivée des drones constituent des zones refuges pour les espèces, où celles-ci se retrouvent pour manger. Dans ce cas de figure, impossible pour les poissons de s'en sortir et de ne pas finir «entre les mailles du filet». Aussi, les bancs de poissons représentent des sources de nourriture pour les espèces plus imposantes comme les requins et les dauphins, qui à leur tour sont menacés par ce type de pêche.

En Afrique du Sud, le gouvernement considérait que la pêche au drone augmentait la pression sur certaines espèces menacées, ce qui a amené son ministère de l'Environnement à en interdire la pratique. Une décision qui avait logiquement déplu aux fabricants de drone, ces derniers n'hésitant pas à mener une action en justice. 

Sachez qu'en France la pêche au drone est difficilement praticable puisque la réglementation interdit de larguer une charge. Qui plus est, on n'a pas le droit de faire voler son bolide au-dessus des fleuves, des plages et des rivières en agglomération. Par ailleurs, il est interdit d'utiliser un drone au-dessus des zones maritimes françaises, que ce soit en Mediterranée, dans la Manche, au-dessus de l'Océan Atlantique ou sur le littoral corse. Un simple coup d'oeil à la carte du site Geoportail permet de mieux comprendre comment la pêche au drone est tout simplement impossible à expérimenter... Et c'est tant mieux! 

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