Artisans de chez nous

Son chemin jusqu'au bonheur est pavé... de tavillons! 

Valérie Passello

18.1.2023

Après un parcours à la gare et à l'aéroport ainsi que dans une banque à Genève puis dans l'administration, Francine Perret s'est lancée dans une activité plus proche de la nature et de ses valeurs: le tavillonnage. Rencontre avec une passionnée qui aime et respecte cet art ancestral, tout en lui apportant une touche de modernité.

Son chemin jusqu'au bonheur est pavé... de tavillons!

Son chemin jusqu'au bonheur est pavé... de tavillons!

Visite dans l'atelier de Francine Perret, une tavillonneuse qui fabrique ses tavillons d'épicéa à l'aide d'une machine unique.

18.01.2023

Valérie Passello

18.1.2023

Demandez-lui si elle n'a jamais regretté de s'être lancée dans ce métier particulier de tavillonneuse, Francine Perret répond du tac au tac: «Pas une seconde. Mon seul regret est de ne pas avoir commencé plus tôt».

Il faut dire que l'itinéraire de cette amoureuse de la nature n'est pas des plus classiques. Mais si elle est passée, entre autres, par les cases ‹comptabilité, finance› et ‹administratif en institution›, ce n'étaient que des étages à arpenter pour parvenir jusqu'aux toits de sa carrière.

«J'avais besoin de comprendre le monde, alors je suis partie à l'étranger puis j'ai travaillé dans des domaines un peu contre ma nature. J'en ai souffert, mais je devais aller au bout des choses pour faire de vrais choix derrière», explique-t-elle. Francine Perret a renoué avec la nature, sa nature, en 2015 en décidant de travailler le bois.

Se faciliter la tâche, sans la dénaturer

C'est en se liant d'amitié avec Rachel Gusset, alors tavillonneuse dans le Chablais vaudois, que la révélation s'opère: «Elle m'a demandé de lui donner un coup de main et j'ai tout de suite croché», se souvient celle dont l'atelier se trouve dans le hameau de Frenières-sur-Bex.

Le tavillonnage, tout un art
DR

Le tavillonnage est une technique de recouvrement des toits et des façades à base de fines lamelles de bois, appelées «tavillons». Constituées d'épicéa fendu et d'une épaisseur de 5 à 6 mm, elles sont disposées les unes par-dessus les autres de manière régulière, ce qui permet d'assurer l'étanchéité de l'ouvrage, tout en laissant respirer le bois. Les tavillons ne doivent pas être confondus avec les bardeaux, plus épais et généralement en mélèze, dont la technique de pose est différente. 

Comme son amie quittait le métier, Francine Perret n'a pas hésité longtemps: elle lui propose alors de reprendre tout son matériel. À commencer par une machine unique, un prototype créé par Edmond Pasquier, tavillonneur lui aussi. 

Dans l'atelier, la fendeuse s'active avec régularité. Un tronçon de bille d'épicéa est posé sur un disque. Tout est réglé pour que la machine fende le bois de manière à en tirer des tavillons réguliers, au gré de la rotation du disque et de la descente de la lame.

Les lamelles de bois, comme de fines tranches de gâteau, se détachent l'une après l'autre. Francine Perret les regroupe, les égalise à la scie circulaire puis les noue en fagots. Elle ira les entreposer plus loin pour le séchage. 

L'artisane sait que les puristes estiment qu'un tavillon doit être débité à la main. Mais elle remarque: «L'important est que le bois soit fendu et pas coupé, afin que l'eau s'écoule le long des veines. Ce qui est le cas avec la machine. La qualité est identique».

La machine est là pour lui épargner la pénibilité du travail sans nuire à la qualité du produit. Il en va de même avec la pose: elle se sert d'une agrafeuse et pas d'un marteau et de clous. «Avec le temps, j'ai appris à agrafer en mettant plus ou moins de pression dans mon geste. L'outil devient le prolongement de ma main», décrit-elle.

Un matériau naturel et un travail durable

Originaire de la région neuchâteloise, l'écologie a toujours fait partie de la vie de Francine Perret. Ses loisirs sont tournés vers la nature depuis bien longtemps: «Vers 7-8 ans, par exemple, j'ai fait le tour du lac de Neuchâtel à pied avec mon père et mon frère», se souvient notamment cette petite-fille d'agriculteurs. Enfant, non seulement elle aidait ses parents à entretenir le grand jardin familial, mais elle a vite demandé à avoir son propre coin «pour faire pousser son commerce».

Autant dire qu'elle tient à travailler de la manière la plus durable et écoresponsable possible. «Nous utilisons un matériau naturel, il ne faut donc pas le gaspiller. J'essaie d'utiliser toutes les chutes, par exemple en faisant du bois de feu, et je fais tout pour qu'une toiture ou une façade dure longtemps».

Elle relève encore: «Parfois, les clients veulent des tavillons, mais les bardeaux (ndlr: planchettes de mélèze plus épaisses et posées selon une technique différente) sont plus appropriés en fonction de la pente du toit. Je préfère évidemment livrer un travail qui va tenir cinquante ans plutôt que quinze!»

Francine Perret favorise en outre les chantiers dans sa région, pour ne pas avoir à effectuer trop de trajets, toujours dans le souci de préserver l'environnement.

Rare femme dans le métier, elle ignore si ce fait lui a amené de la clientèle ou, au contraire, si cela en a freiné certains. Mais elle a du travail et c'est ce qui importe: «Le bouche à oreilles a toujours fonctionné jusqu'ici», se réjouit-elle. Et si la retraite approche, cette passionnée ne compte pas s'arrêter pour autant: «Je continuerai. Peut-être à un rythme un peu plus lent, mais depuis que je fais ça, je me sens à ma place. C'est vraiment mon truc»!