Un condamné à mort épargné in extremis après une forte mobilisation

ATS

18.11.2021 - 22:15

La mobilisation de millions de personnes a payé: les autorités de l'Etat américain d'Oklahoma ont renoncé jeudi à exécuter Julius Jones, un Afro-Américain de 41 ans condamné à la peine capitale pour un meurtre dont il s'est toujours dit innocent.

People hold a rally in the parking lot of Evangelistic Baptist Church of Christ, across from the Pardon and Parole Board in support of Julius Jones during his clemency hearing in Oklahoma City, Okla., on Monday, Nov. 1, 2021. On Monday, the board recommended Gov. Kevin Stitt spare the life of death row inmate Jones, whose murder conviction for the 1999 killing of an Edmond businessman has drawn national attention. (Doug Hoke/The Oklahoman via AP)
A l'approche de son exécution, des stars, des champions de sport mais aussi six millions et demi de signataires d'une pétition sur internet avaient demandé au gouverneur d'intervenir.
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ATS

18.11.2021 - 22:15

A moins de quatre heures de l'injection d'un cocktail létal controversé, le gouverneur républicain Kevin Stitt a commué sa peine en détention à perpétuité. «Julius Jones ne pourra pas demander de nouvelles commutations, de grâce ou de remise en liberté conditionnelle jusqu'à la fin de sa vie», a-t-il toutefois précisé dans un décret mis en ligne sur le site internet de l'Etat.

«Nous remercions le gouverneur d'avoir empêché une erreur irréparable», a commenté l'avocate du condamné Amanda Bass dans un communiqué, tout en notant avoir «espéré» qu'il suive «entièrement les recommandations du bureau des grâces».

Ce bureau, soulignant les doutes sur la culpabilité de Julius Jones, avait recommandé à deux reprises de commuer sa peine en prison à vie et de l'autoriser à déposer une demande de remise en liberté anticipée.

«Je suis tellement reconnaissante à tous ceux qui se sont exprimés et ont aidé à sauver Julius. Merci au bureau des grâces et au gouverneur Stitt», a tweeté la star de télé-réalité Kim Kardashian, l'une des figures de la mobilisation en faveur du condamné.

Failles dans le dossier

Julius Jones a été condamné en 2002 à la peine capitale pour le meurtre d'un homme d'affaires blanc, qu'il a toujours nié. Il assure avoir été piégé par l'auteur du crime, avoir été mal défendu par ses premiers avocats et avoir fait l'objet de discrimination lors du procès. Ses recours en justice ont tous été rejetés et la famille de la victime, notamment sa fille, reste convaincue de sa culpabilité.

Les failles dans le dossier ont fait l'objet d'une série documentaire et d'un podcast et fait basculer en sa faveur une partie de l'opinion.

A l'approche de la date fixée pour son exécution, des stars, des champions de sport et l'ambassadeur de l'Union européenne (UE) aux Etats-Unis, mais aussi six millions et demi de signataires d'une pétition sur internet, avaient demandé au gouverneur d'intervenir.

Le gouverneur a finalement annoncé sa décision in extremis «après avoir prié et examiné les documents présentés par toutes les parties», selon un communiqué.

Vomissements

Au-delà des doutes sur sa culpabilité, l'exécution suscitait des interrogations, car Julius Jones devait recevoir un cocktail létal de trois substances soupçonnées de causer d'atroces souffrances.

L'Oklahoma a renoué le 28 octobre avec les exécutions, après six ans de pause, en faisant usage de ce protocole controversé. Un Afro-Américain de 60 ans a été secoué par des vomissements et des convulsions après la première injection, ont rapporté les journalistes témoins de la scène.

Les services pénitentiaires ont assuré qu'il n'y avait «pas eu de complication», mais plusieurs voix ont dénoncé une violation de la Constitution américaine, qui interdit les «peines cruelles».

Longue agonie

Le protocole contesté combine un sédatif, le midazolam, et un anesthésiant, censés empêcher la douleur avant l'injection de chlorure de potassium à dose létale. Il avait été utilisé en 2014 pour exécuter Clayton Lockett, mais le condamné avait agonisé pendant 43 minutes dans d'apparentes souffrances.

En 2015, un autre condamné s'était plaint que son «corps brûlait» avant de s'éteindre, les bourreaux ayant utilisé un produit non-conforme. La même erreur avait failli être reproduite en septembre 2015 et une exécution avait été reportée in extremis.

A la suite de ces ratés, un grand jury avait ouvert une enquête et les autorités avaient accepté de suspendre l'application de la peine capitale. En 2020, elles ont finalisé un nouveau protocole et ont fixé en 2021 plusieurs dates d'exécution. Cinq exécutions restent prévues en Oklahoma d'ici mars.

ATS