Des milliers de parents préfèrent retirer leurs enfants de l'école

ATS

28.9.2021 - 07:41

«Maltraitance psychologique»: Shkelqim Kameni, père de deux enfants, ne mâche pas ses mots face aux strictes mesures anti-Covid des écoles autrichiennes. Elles ont poussé des milliers de parents à désinscrire leur progéniture cette année.

ATS

28.9.2021 - 07:41

epa08652067 Pupils wearing protective face masks queue up at the playing field on their first day at school outside an elementary school in Vienna, Austria, 07 September 2020. School children return to their classrooms after the summer holidays under coronavirus Covid-19 measures. EPA/CHRISTIAN BRUNA
Ce nouveau phénomène, provoqué par le protocole très strict des mesures anti-Covid à l'école, préoccupe le ministre de l'Education, surtout pour les plus jeunes qui se retrouvent ainsi privés du contact social de la classe. (image d'illustration)
KEYSTONE

Des tests trois fois par semaine, dont au moins un PCR, le port du masque dans les couloirs: les élèves sont soumis à un protocole sévère.

«Si le résultat (du test de dépistage) est positif, toute la classe est au courant et l'enfant exposé aux moqueries des autres», s'alarme M. Kameni, 28 ans, rencontré par l'AFP à l'occasion d'une récente manifestation anti-vaccins à Vienne.

Originaire de Salzbourg (ouest), il fait partie de ceux qui ont décidé d'opter pour l'école à la maison. Plus de 7500 élèves sont dans ce cas depuis la rentrée de septembre. Une part certes faible des 700'000 scolarisés en Autriche, mais trois fois plus élevée qu'en 2019/20, selon les statistiques du ministère de l'Education.

Signe de l'inquiétude, le sujet occupe les médias depuis déjà plusieurs semaines et les autorités ont commencé à revoir les règles pour mieux accompagner les familles qui ont quitté le système classique.

«Pression»

«Chaque jour, je suis contactée par au moins dix parents», raconte une mère de trois enfants, responsable d'un groupe Facebook sur la scolarisation à domicile.

La plupart du temps, il s'agit de personnes anxieuses devant les restrictions sanitaires à l'école, explique-t-elle sous couvert d'anonymat. «Ils ne savent pas ce qui les attend. C'est beaucoup de travail», prévient-elle, tout en saluant les atouts et la flexibilité d'une telle éducation, à même de prendre en compte les talents individuels de chacun.

L'actrice autrichienne Eva Herzig, connue pour son rôle passé dans une série télévisée policière, a, elle aussi, décidé de franchir le pas, avec l'aide d'autres parents et d'enseignants. «Tellement de mères me racontent que les professeurs mettent la pression sur les élèves pour qu'ils se fassent vacciner», a-t-elle déploré dans les médias. «J'ai dû poser des limites» pour «protéger» mes enfants, justifie-t-elle.

À la différence d'autres pays européens comme l'Allemagne où la déscolarisation est illégale depuis 1919, il suffit en Autriche d'informer les autorités par écrit. Mais ce nouveau phénomène préoccupe le ministre de l'Education, surtout pour les plus jeunes qui se retrouvent ainsi privés du contact social de la classe. «J'espère que ce n'est qu'une vague qui va et vient», souligne Heinz Fassmann, dans une récente déclaration à l'AFP.

En attendant, il est envisagé de soumettre les parents concernés à un entretien et les élèves à deux examens par an, au lieu d'un en fin d'année actuellement.

«Pas pris au sérieux»

Selon Evelyn Kometter, de la Fédération nationale des parents d'élèves, le gouvernement devrait soutenir davantage ceux qui choisissent de se désinscrire et «ont l'impression que leurs arguments ne sont pas pris au sérieux». «Leur nombre croissant devrait alerter la société», estime-t-elle.

Dans un lycée professionnel de Vienne, l'école à domicile ne fait pas rêver les élèves, ravis d'être de retour après de longues semaines de fermeture l'an dernier pour cause de coronavirus. «Suivre les cours à distance était épuisant», confie Felix Deimler, 19 ans, qui suit une formation en génie électrique.

Un autre élève, Marko Guculj, qui étudie la plomberie, profite de la visite dans son établissement d'une équipe mobile de vaccination pour recevoir une première injection.

Car sans ce précieux sésame, impossible de fréquenter restaurants, concerts ou musées en Autriche, à moins de présenter un certificat de guérison ou un test négatif. «Je ressens une pression (pour me faire vacciner)», dit le jeune de 16 ans, impatient de «retrouver des libertés» perdues.

ATS