Cet «ahuehuete» plaisait déjà à Napoléon

Carola Frentzen, dpa

18.8.2019

A titre de révérence, les Madrilènes le désignent comme le «grand-père» parmi les milliers d’arbres du parc du Retiro. Depuis des siècles, un cyprès chauve du Mexique garde ce qui est probablement le plus bel espace vert de la capitale espagnole. Il se dit même que Napoléon appréciait cet arbre.

Certains arbres ont vécu beaucoup de choses. Depuis des décennies voire des siècles, ils sont les témoins silencieux des événements mondiaux, mais aussi du passage des empereurs, des rois et des présidents – et ils sont toujours debout, profondément enracinés avec leur couronne verte, bercés par le cours de l’histoire et inaltérés. L’«ahuehuete» du parc du Retiro, à Madrid, en est un exemple. Les experts l’appellent «l’abuelo de los árboles». Cette allitération espagnole mélodieuse signifie quelque chose comme «le grand-père parmi les arbres». Selon des estimations, ce cyprès chauve mexicain pourrait avoir plus de 380 ans, ce qui en ferait le plus vieil arbre de la ville.

Lorsque l’on entre dans le parc prisé surplombant le musée du Prado depuis la rue Alfonso XII, il est presque impossible de manquer l’arbre dénommé «Taxodium mucronatum». Quasiment seul sur la gauche du Parterre, l’imposant cyprès se dresse à 25 mètres de hauteur. D’après les derniers calculs, la circonférence du tronc est de près de 6,5 m à sa base. Ce dernier est entouré par une clôture en métal à pointes depuis 1991.

«Le but est d’empêcher les gens de s’en approcher de trop près pour l’étreindre ou pour accrocher des choses aux branches – cela durcirait le sol et empêcherait ainsi la respiration normale de ses racines», explique Javier de La Puente Vinuesa, ingénieur forestier et président de l’association «Les amis du parc du Retiro». L’arbre a la forme d’un chandelier: de nombreuses branches épaisses sont déployées vers le ciel. «C’est un spécimen unique dans le parc et à Madrid», indique l’expert. Ce n’est pas pour rien que l’«ahuehuete» figure depuis 1992 sur la liste des arbres uniques et donc particulièrement protégés de la région.

Un jardin botanique achevé en 1640

Quelques mètres plus loin, un panneau raconte l’histoire de cette rareté botanique madrilène. «Sa plantation date de 1633», lit-on. Ensuite, on apprend que l’arbre a été planté sous la domination du comte-duc d’Olivares, un noble à la cour de Philippe IV. Entre 1632 et 1640, en l’honneur du roi, le duc a fait transformer les jardins en un site baroque pittoresque avec un lac artificiel. Cette datation est néanmoins constamment contestée, explique Javier de La Puente Vinuesa.

Selon les experts, il est plus probable que les graines aient été importées vers 1780 par l’une des expéditions botaniques espagnoles en Amérique centrale. Il n’empêche que le cyprès, qui se pare d’une couleur brune en hiver, ne serait plus tout jeune et aurait près de 250 ans.

Au cours de sa campagne dans la péninsule ibérique (1807-1814), Napoléon a stationné ses troupes dans le parc du Retiro («refuge»), le poumon vert de Madrid: «C’était en effet le point culminant de Madrid, entouré de murailles et doté d’un palais qui pouvait également servir de caserne», explique Ignacio Bazarra, secrétaire général de l’association «Les amis du parc du Retiro».

Un foyer pour une famille de petits-ducs scops

A l’époque, aucune plante n’était à l’abri face aux Français, qui abattaient arbre après arbre pour renforcer la puissance des soldats au combat. Mais l’«ahuehuete» a été épargné. Un canon d’artillerie aurait même été installé entre ses branches. Spécialiste du parc, Ignacio Bazarra ne peut se prononcer avec exactitude quant à la véracité de cette anecdote. Entretemps, ce superbe site s’est refait une santé: aujourd’hui, les habitants et les touristes déambulent sur des sentiers pittoresques couverts par 19 000 arbres et profitent de leur ombre pour se rafraîchir sous la chaleur estivale espagnole.

L’«ahuehuete» est peut-être vieux, mais il incarne également le renouveau de la vie. Ses branches protectrices sont devenues le foyer d’une famille de petits-ducs scops, la plus petite espèce de hibou en Europe. «Récemment, nous avons pu sauver un petit qui était tombé de l’arbre et qui ne parvenait pas à retourner dans son nid», raconte Ignacio Bazarra. Les oiseaux devraient pouvoir rester là pendant un certain temps, puisqu’en tant que cyprès chauve mexicain, le spécimen madrilène n’en est qu’à ses premiers balbutiements.

Néanmoins, son habitat n’est pas idéal car cette espèce d’arbre vit normalement dans des environnements subtropicaux et riches en eau, comme le mondialement célèbre «Árbol del Tule» («arbre de Tule») dans l’Etat mexicain d’Oaxaca: avec son tronc de plus de 14 mètres de diamètre, il est considéré comme le géant incontesté parmi les cyprès chauves.

A Madrid, Javier de La Puente Vinuesa cite comme autres désavantages les fortes variations de température entre l’été et l’hiver et la proximité de la route qui s’accompagne de pollution. Néanmoins, l’«ahuehuete» est en parfaite santé et en très bon état, selon l’expert forestier. «Cet arbre pourrait vivre plus de 1000 ans, voire 2000, il est dans la fleur de l’âge – et ce n’est pas une légende.»

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