«Nous nous adaptons» À Kiev, la vie presque normale après un an de guerre

ATS

15.2.2023 - 09:27

Devant un bistrot huppé, des hérissons antichar gisent sur le trottoir. Sur une aire de jeu touchée par un missile, de jeunes arbres poussent. Un an après l'invasion russe, Kiev garde la tête haute malgré les frappes régulières de missiles.

Un coursier passe à bicyclette devant un graffiti sur un mur représentant un soldat ukrainien lançant un missile antichar avec une banderole indiquant « Juste une cible » dans le centre-ville de Kiyv (Kiev), Ukraine, le 23 janvier 2023, au milieu de l'invasion russe.
Un coursier passe à bicyclette devant un graffiti sur un mur représentant un soldat ukrainien lançant un missile antichar avec une banderole indiquant « Juste une cible » dans le centre-ville de Kiyv (Kiev), Ukraine, le 23 janvier 2023, au milieu de l'invasion russe.
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ATS

15.2.2023 - 09:27

Les premiers bombardements russes à l'aube du 24 février 2022 avaient plongé la capitale de l'Ukraine dans la stupéfaction et provoqué l'exode d'une majorité de ses quelque 3 millions d'habitants.

Un an plus tard, les hostilités se concentrant dans l'est du pays, beaucoup d'habitants sont de retour et la vie semble presque redevenue normale, contrastant fortement avec ce que vivent les habitants dans les villes et villages près du front où la guerre fait rage. A Kiev, toujours sous couvre-feu de 23h00 à 05h00, écoles, hôpitaux et de nombreux commerces sont ouverts et les transports en commun fonctionnent.

Le week-end, les habitants sont nombreux à se promener dans les rues du centre-ville ou les parcs. Et ce, en dépit de vagues de frappes russes régulières de missiles ou de drones déclenchées depuis l'automne, qui visent en particulier des sites d'infrastructure énergétique, provoquant des coupures massives de courant.

La dernière attaque date de vendredi. Les sirènes d'alerte ont retenti à cinq reprises dans la capitale. Dix missiles russes ont été abattus par la défense anti-aérienne. Des éclats ont causé quelques dommages matériels, mais cette fois sans faire de victime. Pendant la durée des alertes, les habitants descendent dans des abris souterrains. Dans le métro, familles avec enfants et animaux, retraités, élèves et enseignants attendent patiemment la fin du signal.

«Nous nous adaptons à tout»

Dans le centre historique de la ville, le bistrot-pâtisserie italien Bassano n'a fermé que pendant les premières semaines de l'invasion, quand les troupes russes étaient aux portes de la capitale avant de se retirer. L'établissement a longuement côtoyé un checkpoint dont les hérissons antichar sont toujours devant ses vitrines.

«Il est impossible de briser l'esprit des Ukrainiens», estime le propriétaire Oleksiï Kamardine, 35 ans, qui possède aussi un restaurant. «Nous nous adaptons à tout et très vite». Pour Oleksiï et sa famille, la guerre a commencé en 2014, quand l'occupation par les forces russes et prorusses de leur ville natale de Donetsk (est) les a forcés à déménager à Kiev.

Lorsque la Russie a attaqué la capitale, Oleksiï a décidé de rester pour la «défendre» et a fait notamment du volontariat. Depuis qu'il a rouvert, il a remarqué que pendant les alertes ou les frappes, ses clients se jetaient sur les croissants sucrés et les desserts.

«Les ventes des choses sucrées augmentent fortement quand les gens sont stressés», explique le restaurateur, dont les deux établissements ont vu leurs revenus chuter de 70% depuis le début de l'invasion et tournent «à zéro bénéfices». «Bien sûr, on en a marre et on veut que ça finisse. Mais soyons réalistes, tout ne finira pas vite. Et j'y suis prêt», assure-t-il.

«Soulèvement national»

Selon lui, la solidarité des premiers mois de la guerre se fissure parfois et les divergences sont de retour entre les Ukrainiens, entre ceux qui ont fui à l'étranger et ceux qui sont restés, ou bien ceux qui vivent dans l'ouest du pays plutôt épargné et ceux qui demeurent près du front.

Mais «malgré nos divergences internes, le fait que les gens soient prêts à se battre redonne de la force», souligne M. Kamardine. Selon les sondages, la vaste majorité des Ukrainiens font preuve d'une grande résilience un an après le début de l'invasion. Plus de 95% des habitants sont confiants dans la victoire de leur pays et 69% se disent prêts à tolérer des difficultés actuelles «tant qu'il le faudra», selon un sondage réalisé en décembre par l'institut KMIS à Kiev.

Même la perception de la situation économique s'est améliorée. Aujourd'hui, 60% de la population jugent les conditions de vie en Ukraine «plutôt satisfaisantes», contre seulement 34% fin 2021, selon l'étude, qui l'explique par «la consolidation» de la société et un «soulèvement national» face à la guerre. A Kiev, des routines se sont installées pour s'adapter à la nouvelle réalité.

«La fatigue n'existe pas»

Face aux coupures de courant – en moyenne d'une durée quotidienne de deux heures, selon les quartiers – , on s'achète des ampoules à batterie, des rubans réflecteurs et des groupes électrogènes dont le bruit est souvent audible depuis la rue. Beaucoup ont fait des stocks d'eau, de nourriture et de bonbonnes de gaz pour pouvoir cuisiner quand l'électricité fait défaut.

Les cicatrices de la guerre sont aussi rapidement effacées. Dans un parc historique du centre-ville, une aire de jeu pour enfants touchée par un missile russe en octobre ne présente plus aucune trace de destruction. Le cratère de l'impact a vite été comblé et de jeunes arbres ont été plantés sur le site.

Serguiï Pazioura, un éboueur de 27 ans, a participé à cet effort au début de l'invasion. Il n'enlevait plus les ordures ménagères mais les débris des bombardements russes. Si certains s'interrogent sur la possibilité d'une nouvelle offensive russe contre Kiev, Serguiï exclut de partir. «Nous nous battrons pour cette ville», proclame-t-il.

Aujourd'hui, il trouve les citadins mieux organisés mais aussi «plus tristes» car «nos gens meurent tous les jours» sur le front. Mais «la fatigue n'existe pas», assure le jeune homme. «Nous devons travailler pour notre victoire et nous nous reposerons plus tard».

ATS