Elections législatives

A Malte, des législatives sur fond de guerre et de corruption

ATS

26.3.2022 - 18:31

Les Maltais ont voté samedi lors des élections législatives. Celles-ci devraient aboutir à la reconduction du gouvernement sortant, fort de sa bonne gestion de la pandémie de Covid-19 et malgré le spectre de la corruption qui reste vivace.

Robert Abela est le grand favori des législatives à Malte (archives).
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26.3.2022 - 18:31

Dans un pays encore sous le choc de l'assassinat d'une journaliste d'investigation, le Premier ministre travailliste Robert Abela est le grand favori de ce scrutin, après neuf ans au pouvoir. Il a fait campagne sur sa gestion de la crise sanitaire et le bilan économique de son parti.

Mais le petit archipel méditerranéen a vu cette campagne assombrie par les inquiétudes liées à la guerre en Ukraine. Et l'image du parti travailliste reste associée aux accusations de corruption révélées par la journaliste Daphne Caruana Galizia, dont l'assassinat en octobre 2017 avait choqué le pays et le monde.

Critiqué pour ses tentatives d'influencer l'enquête, Joseph Muscat a quitté son poste de Premier ministre (travailliste) début 2020. Son successeur a pris des mesures pour renforcer l'Etat de droit et la liberté de la presse, encore insuffisantes pour les militants anti-corruption et la famille de Mme Caruana Galizia.

Lors d'un dernier meeting jeudi, M. Abela a exhorté ses partisans à lui «faire confiance» afin qu'il «puisse continuer à changer les choses». Le leader du parti nationaliste, Bernard Grech, a lui mis en garde lors d'un rassemblement dans la capitale La Valette: «Notre démocratie est en jeu». Les deux hommes ont voté dans leurs fiefs respectifs de Marsascala et Mosta.

Selon les chiffres officiels, le taux de participation était de 40% à la mi-journée, près de 12 points de moins qu'aux dernières législatives de 2017. La participation finale dépasse généralement les 90% à Malte.

Paradis fiscal

Située au large de la Sicile, Malte est le pays le plus petit et le plus densément peuplé de l'Union européenne, avec environ 516'000 habitants pour 316 km2. L'ancienne colonie britannique, où le catholicisme est religion d'Etat, a bâti une économie florissante reposant essentiellement sur le tourisme, les sociétés offshore et les jeux en ligne, mais fait face aux accusations la présentant comme un paradis fiscal.

Malte a été placée l'an dernier par le Groupe d'action financière (GAFI) sur une «liste grise» de pays sous surveillance accrue en raison de leur exposition au blanchiment d'argent et au financement du terrorisme, et est critiquée pour son système de «passeports dorés» accordant la citoyenneté à de riches investisseurs qui, souvent, ne s'y rendent jamais.

Sous la pression politique, M. Abela a suspendu ce programme pour les Russes et les Bélarusses après l'invasion de l'Ukraine. Mais le Parlement européen a demandé ce mois-ci la suppression de tous les programmes de ce type dans l'UE.

«Pas fière»

Pour de nombreux électeurs, la croissance économique reste la principale préoccupation. Après une chute libre de l'économie provoquée par la crise sanitaire, la croissance a dépassé les 9% l'année dernière, revigorée par l'appui du gouvernement aux particuliers et aux entreprises.

«Depuis que les travaillistes sont en place, ils ont toujours travaillé pour le peuple», estimait Josephine Canilleri, 71 ans, dans la ville de Mosta avant le scrutin.

D'autres, comme Joanne O'Donnell, 37 ans, jugent que «le parti travailliste doit quitter le gouvernement». «Aux yeux des gens (à l'étranger), Malte est passée d'un paradis à cet endroit où Daphne a été assassinée», déplorait-elle lors d'un rassemblement du parti nationaliste à La Valette. «Je ne suis pas fière de ça».

«On ne respire pas»

Autre enjeu majeur sur l'archipel: l'environnement. Les habitants se plaignant régulièrement du manque d'espaces verts suite à l'explosion des constructions ces dernières années. Les gratte-ciel modernes se multiplient entre les vieux bâtiments en pierre et les routes sont souvent encombrées par la circulation.

«Il y a des camions partout, on ne respire pas. Il y a de la poussière, du béton – pas d'arbres, pas de vert, zéro», se plaint Vincent Borg, 68 ans, en prenant son petit-déjeuner à Mosta.

Le parti travailliste et le parti nationaliste ont tous deux promis davantage d'efforts pour protéger les espaces verts. Quant au parti écologiste, l'ADPD, il n'est pas parvenu à s'imposer dans le système bipartite qui régit Malte depuis des décennies.

Les bureaux de vote ferment à 22h00. Les premiers résultats sont attendus dimanche midi.

ATS